Tribune

Euromed : Quel avenir ?

Le Processus de Barcelone soufflera bientôt ses vingt-cinq bougies. Un quart de siècle qui fut une période-charnière mêlant l’incertitude à l’optimisme. L’épilogue d’un siècle, d’un millénaire est un passage délicat à négocier.


C’est la fin d’une époque où l’on croyait la configuration et les paramètres du monde de demain définitivement établis. Mais nous nous sommes vite rendus à l’évidence que la mondialisation ne correspondait pas tout à fait à la mirobolante perspective miroitée par les grands de ce monde, en tant que remède miracle à tous les maux de notre civilisation humaine.

Longtemps plombée par les clivages politico-idéologiques et les réflexes protectionnistes, notre société-monde sait désormais qu’elle ne peut évoluer que dans la diversité, car, bien que virtuellement connecté, le monde est loin d’être un village planétaire. La quête de l’universel comme idéal humain ne change rien au fait que le monde est d’abord constitué de communautés culturelles, de groupements humains, de régions, d’aires géographiques et de continents.

Bien avant le lancement du processus de Barcelone en 1995 et la naissance de l’UpM au Sommet de Paris en 2008, dont il est membre fondateur, le Maroc plaidait la cause de la Mare nostrum en tant que creuset des plus éclatantes civilisations bâties par l’homme et un espace incontournable qu’il convient de préserver et de valoriser, alors que le centre de gravité du monde se déplace vers d’autres latitudes.

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Africain fier des multiples affluents qui ont forgé sa personnalité, le Marocain se sent aussi très méditerranéen. La Méditerranée est toujours présente dans le débat public et au sein du milieu académique. Le choix de la ville de Fès, où s’est établie l’université Euromed, n’était d’ailleurs pas fortuit.

A seulement 14 kilomètres du continent européen, le Maroc ne cesse de souligner le gap grandissant qui continue à se creuser entre les deux rives de la Méditerranée. Il dénonce depuis longtemps la désolante transformation du berceau de l’humanité en cimetières liquide où viennent s’échouer des projets de vie inachevés, un labyrinthe où s’égarent des âmes en perdition fuyant la pauvreté, la sécheresse ou les conflits, et qui tombent souvent dans l’escarcelle des passeurs sans vergogne.

Parallèlement à sa coopération bilatérale avec les pays de l’Union Européenne pour une gestion concertée de la problématique migratoire, le Maroc considère le Processus de Barcelone et l’Union qu’il a permis de mettre en place, comme un cadre de proximité propice à un échange productif susceptible de faire entendre aux 43 membres de l’UpM les préoccupations des pays méditerranéens directement touchés par les flux migratoires entre les deux continents. Il est clair que le fait migratoire ne peut être approché que dans le prolongement de ses causes profondes qui convergent systématiquement vers le déficit socio-économique endémique des pays du Sud.

Maintenant, l’heure est au bilan. 25 ans de dialogue étaient largement suffisants pour mettre en place une coopération méditerranéenne différenciée. Nous savons aujourd’hui que les divergences de perspectives politiques peuvent aisément s’accommoder de la mise en chantier de projets consensuels d’intérêt régional et a géométries variables, à même de stimuler le développement socio-économique des pays membres.

En célébrant l’arrivée à maturité de notre Union, nous devons avoir présent à l’esprit que nous entamons une phase de consolidation pendant laquelle nous aurons à lancer des projets concrets, consensuels et qui soient solidaires et profitables à la fois. Nous devons aussi aider au retour de la paix sur la scène libyenne conformément à la volonté du peuple libyen. Nous serons également appelés à dépasser les malentendus d’ordre bilatéral avec comme horizon le parachèvement de la construction de l’Union du Maghreb Arabe. L’entrée en action de l’UMA imprimerait un tout autre rythme a l’interaction transméditerranéenne.

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En se mettant à plusieurs, les pays du Maghreb seront en mesure de traiter selon une vision tournée vers l’avenir avec leurs partenaires nord-méditerranéens. En attendant, la solidarité africaine promue par le Maroc est une expérience réussie qui pourrait représenter un véritable atout pour la relance de l’intégration maghrébine. L’UMA pourrait alors se positionner comme un levier méditerranéen stratégique à même de promouvoir une prospérité euro-africaine partagée.

Osons le croire, nos partenaires du nord auront tout à gagner à avoir à leurs portes des voisins stables et qui se développent de manière digne et durable.

Par Habib El Malki, Président de la Chambre des représentants.

Habib El Malki, président de la Chambre des représentants

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