Portrait

Expert-comptable, entrepreneur, acteur associatif

Sa vie était tracée. De garçon d’épicier à épicier, ce fils de Tafraout El Mouloud a «gagné le gros lot». De coup du destin en «réussite éclatante», et contre toute attente, Mohamed Soloh a défié les statistiques pour sortir de son douar natal, et devenir un modèle de réussite pour les jeunes de sa région.


L’Enfer et les Cieux ont «conspiré en sa faveur» ! C’est la conclusion qu’inspirent les nombreux hasards qui ont «guidé» la réussite de Mohamed Soloh. La réussite de cet enfant d’un douar des environs de Tiznit, est un «modèle» de «success story». «Nous avons grandi dans la nature. Les autres enfants jouaient avec des serpents en bois, alors que pour nous c’était avec de vrais serpents, de vraies souris» lance-t-il, dans un éclat de rire franc.
C’est une enfance dans les montagnes, les monts et les vallées du Sud Berbère. Entre pays de l’argan, du safran et des senteurs de thym sauvage. L’avenir était bouché dans ces régions reculées. «Il n’y avait rien à faire. D’ailleurs, quelles activités peut-on avoir à 40° à l’ombre, dans une région aussi reculée. Nos classes étaient des rangées. Quatre niveaux apprenaient en même temps le programme, l’enseignant expliquant à tour de rôle. Avant la rentrée, nous avions besoin d’une semaine pour remettre l’école en état. En outre, il nous fallait, entre camarades, se cotiser pour acheter la peinture nécessaire. Au début de ma scolarité, nous étions au départ 40 élèves. Seuls 3 d’entre nous sont arrivés au stade du collège, et je suis le seul à avoir décroché le bac», développe Mohamed.
C’est réellement un homme qui s’est «fait lui-même». Un self made man, qui a réussi par les études. «Lorsque nous avons commencé notre scolarité, nous avions appris d’abord l’arabe classique, alors que nous ne parlions que tachelhit. Puis nous avons découvert la darija, l’arabe des villes, et enfin le français, la langue des études supérieures. Ce n’est qu’ensuite que l’anglais est devenu la réelle langue de «l’ouverture» sur le Monde», développe-t-il. Menu, les traits typés, il a des airs «vifs» de mongol, qui réfléchit aussi vite que le vent.

Une enfance «naturelle»
Mais une enfance au «grand air» qui forme la jeunesse. Très tôt, Mohamed a donc «côtoyé» la mort, qui frappait autour de lui : «Avant de venir à la ville, j’ai été examiné deux fois par un médecin. La première fois, pour les vaccins, la deuxième, j’y suis allé moi-même. Un ami d’enfance, un voisin, presque un frère est décédé par manque de soins», confie-t-il, ému. La vie tient, au final, à bien peu de choses et la «chance» est de son côté. Cela se vérifiera très rapidement.
«J’ai arrêté les études à 13 ans, pour travailler comme garçon d’épicerie. Mais j’ai repris pour accompagner un cousin. Lorsque j’ai dû choisir une filière, je me suis décidé pour l’option ES, par souci d’économies. J’y ai découvert la comptabilité par hasard. Et ce n’est qu’avec le Bac que j’ai postulé à l’ISCAE. Nous devions envoyer un pli recommandé qui coûte 26 DH. Pour moi, c’était une somme !» se remémore-t-il. Mohamed envoie alors sa candidature, comme on envoie une «bouteille à la mer», presque un «ticket de loterie» dont on ne sait même pas, si un jour il rapportera un «gain» quelconque.
Et la «bonne nouvelle» tombe par hasard, une fois encore: «Mon douar était éloigné, donc j’avais donné l’adresse d’un ami habitant en ville. C’est lui qui a finalement reçu ma lettre d’admission et qui a contacté mon frère, de passage dans la même ville. Sans cette succession de «coups de chance» je n’aurais jamais eu mon inscription», explique-t-il. Mohamed quitte alors le Souss pour Casablanca, et s’inscrit à l’ISCAE où il a été admis. Cela étant, depuis ses 13 ans, il travaille chaque été comme garçon d’épicerie: «cela me permettait de gagner 1000 DH. De quoi payer mes fournitures scolaires de l’année», avance-t-il, fièrement.

Home run gagnant
Véritablement, c’est quelqu’un qui a «réussi par lui-même» mais qui en même temps, reconnait «devoir de la reconnaissance». «A ce jour, mon père ne comprend toujours pas ce que je fais. En outre, il était contre les études. Ce qui n’a pas empêché que dans le douar et jusque dans les environs, on me prend comme «exemple» de jeune qui a réussi par les études. Ce qui à mon époque, était véritablement un «miracle». Mais «merci à la France» car beaucoup de jeunes de mon village y sont allés», développe-t-il, au détour d’une réflexion sur sa région.
Lorsqu’il décroche son diplôme en Finance à l’ISCAE en 2002, Mohamed se lance naturellement dans cette discipline. Il entame son activité professionnelle d’abord, dans le secteur automobile. Ce sera au sein de la grande entreprise Autohall, pour être précis. Deux années plus tard, il change de cap et il intègre les Peintures Atlas. 2006 sera l’année de la préparation, puisqu’il entre à la Banque Centrale Populaire. Il sera chargé d’études, pour ensuite intégrer le cycle d’expertise comptable de l’ISCAE. Après un stage au Cabinet Saïdi Hdid Consultant, Mohamed prend enfin son envol et s’installe à son compte.
Aujourd’hui, il est expert-comptable. Parallèlement à son parcours professionnel, il s’investit dans l’associatif. Ce n’est pas un hasard, si justement, il militera pour la scolarisation des enfants dans les régions reculées. Une manière pour lui de promouvoir l’égalité des chances pour les autres. La consécration arrive plus tard, lorsqu’il entre en politique, comme on entre dans les «ordres». Il est promu par ses pairs et «monte» à la direction nationale du PAM. Au final, le hasard aura joué en sa faveur. Mais comme chacun le sait, le hasard « c’est Dieu, lorsqu’il ne veut pas signer».

BIO EXPRESS

1979 : naissance à Tafraout El Mouloud
1998 : Bac ES
2002 : diplôme de finances de l’ISCAE entrée à Auto Hall
2005 : intègre BHF (Peintures Atlas)
2006 : chargé d’études à la BCP
2009 : intègre le cycle d’expertise comptable de l’ISCAE
2012 : Expert-comptable DNEC
2014 : Membre du conseil régional d’expertise comptable Casa Sud

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