Interview

Farid Mezouar : « Le MASI a quasiment retrouvé son niveau de fin 2017 »

Contre toute attente, et après une année 2018 fort morose, le marché boursier casablancais a bouclé l’année 2019 dans une meilleure posture. Reprise ou simple soubresaut ? L’analyse du directeur exécutif de FL Markets, Farid Mezouar.


Challenge : Quelle appréciation faites-vous du comportement du marché boursier durant l’année 2019 ?

Farid Mezouar : Le MASI a clôturé 2019 avec des gains annuels de 7,11%, rompant ainsi avec la tendance baissière de 2018 (-8,3%) et retrouvant quasiment son niveau de fin 2017. Aussi, le rebond du MASI entre le 12 juin et le 31 décembre 2019, a atteint 11%, confirmant le caractère assez structurel de la reprise du marché boursier. Il s’agit globalement d’une tendance logique, car les investisseurs résidents n’ont pas beaucoup de choix en termes d’investissement, surtout dans un contexte où l’image de l’investissement immobilier n’était pas au zénith. Aussi, l’écosystème du marché boursier a poursuivi sa modernisation et son amélioration. Enfin, l’equity story est attractive avec plusieurs groupes cotés qui sont désormais bien implantés en Afrique subsaharienne, sans oublier les niveaux élevés de rentabilité pour certaines grandes capitalisations.

Challenge : Comment expliquez-vous ce retournement de situation ?

Tout d’abord, comme le montre l’historique de la Bourse de Casablanca, les IPO ont bien joué leur rôle de catalyseur. Ainsi, le 19 juin 2019, sur les 3 dernières séances qui ont suivi l’annonce de l’OPV de Maroc Telecom et de l’aménagement des pondérations pour les OPCVM, le MASI avait bondi de 4,6%, ce qui avait fait passer la performance 2019 Ytd en territoire positif à près de 1%. Ensuite, les investisseurs ont pris progressivement conscience du caractère quasi-structurel des taux bas surtout depuis le record de levée du Trésor en termes de taux en euro. De même, le newsflow a été positivement animé avec les OPCI, le nouveau règlement général de la Bourse ainsi que la nouvelle réglementation de l’AMMC, notamment au niveau de la communication financière.

Peut-on expliquer cette performance par la baisse des taux sur le marché obligataire qui a fait réagir les investisseurs ?

Effectivement car si Bank Al-Maghrib n’a pas baissé son taux directeur, les taux obligataires ont reculé de plusieurs dizaines de pbs. Ainsi, à l’arrivée, le taux d’intérêt de 10 ans souverain n’est plus que de près de 2,7% contre un D/Y de 4%, en moyenne. Une telle donne a amené les institutionnels à reconsidérer leur allocation d’actifs surtout quand on s’aperçoit que cette baisse est assez structurelle. D’ailleurs, au niveau international, les records de Wall Street et du CAC 40, sont liés en grande partie à la baisse des taux US et au maintien de leur niveau nul en zone euro. Toutefois, parfois au Maroc, la transmission entre le marché obligataire et la Bourse, prend assez de temps car la mécanique est davantage basée sur un horizon de moyen-terme.

Est-ce à dire que les investisseurs ont gagné à la fois en confiance et en visibilité sur le marché boursier et que cela va se poursuivre en 2020 ?

Oui car en 2020, les taux d’intérêt bas devraient persister ce qui est favorable au marché actions. De plus, cette année, BAM pourrait faire un geste au niveau du taux directeur surtout si la croissance demeure poussive. Au passage, BAM anticipe pour les activités non-agricoles, une croissance de 3,5% en 2020 et de 3,7% en 2021 contre 3,3% en 2019. De même, le MASI devrait bénéficier en 2020 des effets positifs de la nouvelle communication financière (indicateurs trimestriels et document de référence) qui vont alimenter le newsflow. Enfin, après une quasi-stagnation des bénéfices semestriels, la masse bénéficiaire de 2019, devrait être en hausse surtout que les résultats des banques à fin septembre ont été bons, ce qui est de bon augure.

La Bourse de Casablanca a entamé une année 2020 sous de bons auspices, avec l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation de l’Autorité marocaine du marché des capitaux. Quelles pourraient être les retombées cette année avec cette nouvelle réglementation ?

La communication financière est désormais plus fluide, notamment grâce à la fréquence trimestrielle des publications ainsi qu’à l’établissement des documents de référence. En effet, désormais, les analystes et les gérants peuvent affiner leurs prévisions de manière plus pertinente et plus régulière. Aussi, la mise à jour des documents de référence, est de nature à faciliter la compréhension de l’activité des émetteurs de la part de tous les acteurs du marché boursier. In fine, si les Brokers et les banques d’affaires jouent le jeu, une telle dynamique peut faire converger à terme la Bourse de Casablanca avec les marchés développés via une plus grande réactivité des investisseurs, ainsi qu’une meilleure liquidité.

Sur 75 sociétés cotées, seulement une quinzaine sont des PME. Pourquoi la bourse a du mal à attirer cette catégorie d’entreprises qui constitue l’essentiel du tissu économique ?

L’institution de la Bourse de Casablanca a fait un grand pas envers les PME via le programme Elite. Aussi, la success story de Dari Couspate aurait dû attirer d’autres PME prometteuses. Dans ce contexte, le manque d’attractivité de la Bourse envers les PME, peut s’expliquer à mon avis par trois principaux éléments. Tout d’abord, les banques qui gardent toujours la main au niveau de l’intermédiation, orientent certainement les bonnes PME davantage vers le crédit que vers la cotation. Ensuite, les fonds de private equity qui intègrent le tour de table des PME, ne semblent pas raffoler des sorties via la Bourse, de crainte d’avoir à gérer des parcours en dents de scie. Enfin, la culture insuffisante du risque en Bourse, n’encourage pas les conseillers des PME en moins bonne santé financière, à les pousser à chercher des fonds sur le marché des capitaux.

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