Sport

FIFA : la fin d’un système

L’histoire de l’humanité est pleine d’empires flamboyants qui s’écroulent dans un fracas de poussière. Poussière qui enterre le passé et voile l’avenir. Et justement, l’avenir paraît bien compromis pour l’un des plus grands conglomérats de la civilisation moderne, entité qui, même si elle ne disparaîtra pas totalement, risque bien de ne plus du tout ressembler à ce qu’elle est aujourd’hui et à ce qu’on a, jusque-là, connu.


Blatter acculé à la sortie et la FIFA secouée par la plus grave crise de son histoire.

L’institution, c’est la FIFA, toute puissante direction du football, qui paraissait, il y a encore moins d’un an, intouchable, inamovible et inexpugnable. Entourés de toute l’aura que peut procurer le football, sport universel qui passionne toute la planète, les dirigeants de la FIFA étaient perçus comme des extra-terrestres, des surhommes à l’abri de toutes les vilénies et bassesses humaines. Or, voici que les preuves de la corruption la plus basse pleuvent de toutes parts sur les activités de ces messieurs, les rendant passibles de poursuites judiciaires.
Les images de comparses employés par la FIFA, sortant menottés de leur luxueux hôtel où ils séjournaient à Zurich, à la veille d’un congrès, sont encore fortes dans toutes les mémoires. Clou du spectacle, le 11 juillet dernier, lors d’une conférence de presse, Blatter s’est vu aspergé d’une pluie de faux billets de dollars, qui a laissé le sphinx du football tout désemparé. Blatter, l’homme qui, avec 40 ans de présence à la FIFA, décidait de tout au sein de la maison du football, est désormais touché au cœur et malgré quelques rodomontades qu’il lâche de ci et de là, on sent que le septuagénaire est arrivé au bout du chemin. Il partira le 26 février 2016, alors qu’il a été réélu il y a moins de dix mois, et le 26 octobre 2015 a été fixé comme jour de ladite limite des candidatures à sa succession.

Comment en est-on arrivé là ?

Un peu de rappel historique nous fera le plus grand bien. Et cette vérité historique montre, et sans chauvinisme aucun, que le Royaume du Maroc a, lui le premier, amorcé la déchéance de la FIFA. Comprenons-nous bien, ce n’est pas le «Qatargate» qui pousse Blatter vers la sortie, mais depuis 1986 et sans le vouloir, même sans le savoir, le Maroc avait déjà ébranlé profondément la structure de la FIFA. Comment cela ? Tout simplement en se portant candidat pour organiser une Coupe du monde.
Le Mondial du foot, bien le plus précieux de la FIFA, était une petite aventure très tranquille et très profitable sur lequel deux géants du foot mondial avaient mis la patte sans aucun désir de partager avec les autres. Ces deux géants, c’étaient l’Europe et l’Amérique Latine qui, tous les 4 ans, organisaient, à tour de rôle, la Coupe du monde de football. En se présentant le plus innocemment possible, pour s’asseoir à la table des grands, le Maroc allait déclencher une onde de choc qui allait, à terme, renverser la manière d’agir de la FIFA. Le Maroc candidat en 86, ce n’était plus simplement le vœu d’un seul pays, mais celui de toute l’Afrique et de tous les pays du tiers-monde qui, soudain, s’écrièrent «et pourquoi pas nous ?».
Il est bon de rappeler aussi que la première campagne menée par feu Abdellatif Semlali a été épique. En 1986, le Maroc était donc candidat pour la Coupe du monde 94, évènement – on l’apprendra par la suite – qu’Havelange avait déjà promis aux USA. C’est toujours 8 années avant qu’est désigné le pays devant organiser une Coupe du monde. C’est donc le 4 juillet 1988 que les votants de la FIFA se réunirent pour choisir entre le Maroc et les USA. Le Maroc s’en sortit avec les honneurs, glanant 7 voix sur les 20, 10 allant aux USA.
Et comme l’appétit vient en mangeant, le Maroc décida de faire rebelote pour 1998. Là encore, Havelange fit la moue, cette édition-là, il l’avait promise à la France de Jacques Chirac.

Il lui a fallu composer avec tout l’univers !

Or, fort du soutien de nombreux pays, le Maroc s’entêta pour être sévèrement battu par la France : 14 voix contre 6. Cela se passait en 1992 à Zurich, et ce jour-là, Semlali rua dans les brancards et lança dans les salons feutrés au visage d’Havelange et de ses pairs : «Messieurs, vous êtes tous des corrompus et un jour vous allez payer pour ça».
Aujourd’hui, ce n’est pas la malédiction de Semlali qui s’accomplit, mais bien les conséquences du coup de force marocain qui a atteint son paroxysme. La Coupe du monde était attribuée dans un univers glacé où n’étaient admis que les amis, mais voilà que le Maroc est venu secouer cette dictature, provoquant une véritable dérive des continents. Désormais, la FIFA ne pouvait plus ignorer que le monde du ballon rond n’était pas uniquement en Europe ou en Amérique du Sud.
Voilà la révolution qu’a apportée le Maroc dans la quiétude de la FIFA. Cela est allé jusqu’à enlever au Comité exécutif une de ses principales prérogatives : celle de désigner le pays pour la Coupe du monde. C’est maintenant, le rôle qu’assumera l’Assemblée générale de la FIFA avec ses 214 membres et non plus les 24 du seul Comité exécutif. Ce sera pour 2018, quand il s’agira d’élire le pays organisant le Mondial 2026. Qui sera alors Président de la FIFA ? Platini ? Rien n’est moins sûr (voir encadré). Et la FIFA elle-même, quel aspect aura-t-elle ? Minée, lézardée, jetée en pâture à l’opinion publique, la FIFA va connaître dans les prochains mois une véritable curée dont l’hallali final risque d’être sanglant! Et le Maroc aura été, en toute bonne foi, le grain de sable dans la mécanique qui, 30 ans après 1986, a grippé toute la machine.

 
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