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Finance internationale : les raisons profondes du départ de Tidjane Thiam de la tête du Crédit Suisse

Son départ de la Direction du Crédit Suisse, en février dernier, avait pris tout le monde de court. Tidjane Thiam, le seul grand patron noir d’un groupe financier européen de premier plan, qui avait aidé le Créduit Suisse à retrouver sa rentabilité, avait finalement décidé de quitter le navire, après avoir été victime de plusieurs incidents qui n’étaient pas en lien direct avec son rôle. Les détails.


Selon New York Times, il s’agissait plus d’une expulsion que d’un départ volontaire. Le journal américain, dans l’une de ses récentes publications, revient, en effet, sur les raisons profondes de ce départ de Tidjane Thiam de la tête du Crédit Suisse et fait remarquer que depuis sa prise de fonction, il a toujours été vu comme un étranger au sein même de l’organisation. « En novembre dernier, Urs Rohner, le Président du conseil d’administration du Crédit Suisse, fêtait ses 60 ans dans un restaurant de Zurich. Parmi les nombreux amis, membres de sa famille et associés présents, un seul invité, selon les hôtes, était Noir: Tidjane Thiam, le Directeur général de la banque », relate le New York Times, ajoutant que cette soirée allait devenir la goutte d’eau qui a fait déborder le vase pour Tidjane Thiam.

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« Sous les yeux de M. Thiam, un danseur Noir déguisé en concierge est monté sur scène et s’est mis à balayer le sol en musique. M. Thiam s’est excusé et a quitté la pièce. Sa partenaire et un autre couple à sa table, dont le Directeur général du groupe pharmaceutique britannique GSK, l’ont suivi. Lorsqu’ils sont revenus peu après, une autre surprise les attendait. Plusieurs amis de M. Rohner interprétaient leur propre numéro musical pour lequel ils s’étaient affublés de perruques afro », poursuit le journal, soulignant que pour Tidjane Thiam, aujourd’hui âgé de 58 ans, cette fête était bien à l’image de multiples incidents douloureux qui ont marqué ses cinq années à la tête du Crédit Suisse. On apprend que la plupart des incidents dérivaient de tensions liées au fait qu’il était noir dans une industrie, et une ville, à prédominance blanche, et qu’il a été obligé de se battre sans cesse pour être accepté et respecté, aussi bien au sein de la banque que plus largement en Suisse. « Lors d’une assemblée d’actionnaires, son origine et son expérience ont été dénigrées comme relevant du tiers-monde. Un de ses subordonnés a acheté la maison voisine de la sienne, plus haute et possédant une vue plongeante sur les fenêtres de M. Thiam. La presse de Zurich lui reprochait de ne pas avoir l’air assez suisse », souligne le New York Times, notant que le nombre de directeurs généraux noirs au plus haut niveau du secteur bancaire est maintenant retombé à zéro.

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«En février, le Conseil d’administration du Crédit Suisse,a forcé M. Thiam à démissionner en raison d’un embarrassant scandale d’espionnage qui a éclaté sous sa direction. Quand le numéro 2 de M. Thiam a avoué avoir ordonné à des enquêteurs d’espionner des employés, le Directeur général s’est trouvé peu d’alliés, et aucun levier pour survivre dans l’entreprise. Son éviction a attiré remarquablement peu d’attention en dehors de Zurich », précise le journal américain.  « A chaque seconde, j’ai fait du mieux que j’ai pu. Je suis qui je suis. Je ne peux pas changer qui je suis. Reprocher à quelqu’un d’être qui il est, c’est l’essence de l’injustice », a déploré Tidjane Thiam, lors de la conférence de presse qu’il avait organisée juste après son éviction. Rappelons que Tidjane Thiam est né en Côte d’Ivoire au sein d’une famille de l’élite politique dont un membre avait mené, avec succès, le pays vers l’indépendance vis-à-vis de la France en 1960, devenant son premier président. Lauréat de l’École Polytechnique de Paris, rappelons qu’il a, entre autres, travaillé à la Banque mondiale, puis au bureau parisien de la société de conseil McKinsey, avant de retourner, en 1994, en Côte d’Ivoire pour s’engager dans le secteur public ( Il a notamment été Ministre du Plan et du Développement). Mais après un coup d’Etat, il décida alors de rejoindre l’Europe où il va prendre le contrôle des opérations européennes de l’assureur britannique Aviva et, en 2009, il a été nommé directeur général des services financiers de la firme britannique Prudential, devenant le premier africain noir à diriger l’une des 100 plus grandes sociétés de la Bourse de Londres.

 
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