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Finance islamique : Les banques affûtent leurs armes

 

La loi instituant ce nouveau secteur financier devrait bientôt voir le jour. Les établissements financiers de la place s’activent déjà. par Roland Amoussou

Depuis la validation du projet de loi sur la finance participative (islamique) par la deuxième Chambre du Parlement, il y a quelques jours, les banques marocaines ont commencé à s’activer. Ainsi, plusieurs banques de la place ont commencé à faire connaitre leur intention pour ce nouveau secteur financier qui devrait voir le jour d’ici peu, après la validation très attendue de la Chambre des Représentants et la promulgation de la loi. Même si depuis plusieurs mois certaines banques marocaines à l’instar de BMCE Bank, Attijariwafa Bank ou encore Banque Populaire n’ont cessé de montrer leur intérêt pour ce nouveau secteur, d’autres banques comme le Crédit du Maroc, BMCI ou Société Générale restent encore muettes sur la situation. Contacté par Challenge, Baldoméro Valverde, le président du directoire du Crédit du Maroc a confié que son groupe nourrit beaucoup d’intérêt pour les produits de la finance islamique. « Nous envisageons plusieurs scénarios. Nous allons mettre en place notre stratégie sur ce secteur en fonction des textes et du cadre définitif qui sera institué par la promulgation de la loi », souligne Baldoméro Valverde. Le président du directoire du Crédit du Maroc explique à Challenge que son institution est déjà à pied d’oeuvre. « Tout dépend du cadre qui sera mis en place. Nous avons privilégié trois scénarios. Le premier : nous allons créer une filiale dédiée à la finance islamique. Le deuxième: Crédit du Maroc va signer un partenariat avec un acteur de ce secteur. Et le dernier: nous pouvons proposer des produits de la finance islamique directement dans nos agences. On travaille sur ces trois scénarios pour en choisir un seul au moment opportun. Mais, il est encore prématuré d’en choisir un de façon définitive, tant que la loi n’est pas promulguée », nous précise Baldoméro Valverde.

Un potentiel énorme à développer

Concernant les autres banques de la place, BMCE Bank, l’un des plus grands groupes financiers du Royaume, a récemment annoncé qu’elle va mettre en place une filiale dédiée. La création de cette filiale devrait se faire via une joint-venture avec une institution financière islamique du Moyen Orient, dont le groupe financier marocain tait le nom, en attendant la promulgation de la loi. Pour le Groupe Banque Populaire, les préparations sont également avancées. En témoigne le partenariat signé en juillet dernier avec Guidance Financial Group, une filiale du fonds souverain Qatar’s Barwa. Contacté par Challenge, la Banque Centrale Populaire a souhaité ne pas s’exprimer sur le sujet, attendant également à son tour, la promulgation de la loi. Pour rappel, Attijariwafa Bank, premier groupe bancaire du Royaume et même au-delà des frontières marocaines, est pionnière dans le secteur avec le lancement en 2010 de sa filiale Dar Assafa, dédiée au secteur de la finance islamique. Attijariwafa Bank devrait saisir l’occasion, une fois la loi officielle, pour étoffer son offre et lancer la concurrence sur ce nouveau secteur. En tous cas, tous les experts de la finance islamique s’accordent à dire que le Royaume regorge d’un potentiel énorme et que ce secteur devrait connaître un développement exponentiel. En effet, les actifs financiers islamiques devraient peser entre 5,2 et 8,6 milliards de dollars au Maroc en 2018, selon un rapport réalisé par Thomsom Reuters, l’un des leaders mondiaux de l’information financière, en collaboration avec l’Institut islamique de recherche et de formation (IIRF), qui relève du groupe de la Banque islamique de développement, et le Conseil général des banques et institutions financières islamiques (CGBIFI).

Manque de formations diplômantes dans ce domaine

 Toutefois, ce rapport intitulé « The Islamic Finance country reports » et dont l’édition de cette année est consacrée au Maroc, ne s’est pas contenté d’énumérer seulement les points forts du Royaume dans ce secteur financier particulier. Ainsi, les auteurs du document pointent du doigt la méconnaissance des produits et services de la finance islamique par la population, le manque de compétences spécialisées et la rareté des formations diplômantes proposées par les universités marocaines dans ce domaine.
Le Royaume devrait rapidement corriger ses points faibles pour mieux profiter de cette niche. Car, la finance islamique a pris une ascendance très particulière ces cinq dernières années, notamment compte tenu des effets de la crise économique et financière mondiale, qui a montré les limites du système financier international. Lors de la 10ème édition du Forum mondial sur cette finance islamique, qui s’est achevée la semaine dernière à Dubaï (Émirats Arabes Unis), les participants ont estimé que les actifs de ce secteur pourraient représenter 3000 milliards de dollars à l’échelle mondiale d’ici 2020 contre 1800 milliards de dollars actuellement. Ce qui justifie d’ailleurs, l’intérêt croissant de certains pays africains à l’instar du Sénégal, de la Gambie ou de l’Afrique du sud, qui a récemment émis un sukuk pour 500 millions de dollars. Les experts, lors de ce forum mondial, ont souligné que les « sukuks constituent une solution idéale pour diversifier ses investissements, que l’on soit un entrepreneur ou un établissement financier ».

 

 
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