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France-Afrique : profondes séquelles coloniales

L’Afrique demeure souvent perçue dans un prisme trouvant ses racines dans la période coloniale. Les séquelles de cette période sont enracinées dans le passé avec un prolongement dans la réalité internationale actuelle. Le dernier « Hors-Série » de « La Vie/Le Monde Afrique » (2020), ayant pour titre « L’Atlas des Afrique », illustre bien cet « enfermement idéologique » qui confirme l’hégémonie d’une pensée unique.


« Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme Africain n’est pas assez entré dans l’Histoire ». Cette phrase ne date pas de la période coloniale où les préjugés racistes étaient exprimés directement, sans fioriture. Cette phrase est celle de Nicolas Sarkozy, prononcée dans un discours à Dakar, le 27 juillet 2007, donc au début de ce 3ème millénaire. Il est possible de remonter plus loin et de retrouver la même perception chez des auteurs qui ont pourtant illuminé l’Europe. C’est notamment le cas de Victor Hugo : «  Quelle terre que cette Afrique ! L’Asie a son histoire, l’Australie elle-même a son histoire ; l’Afrique n’a pas d’histoire ». C’est aussi le cas du grand philosophe Hegel qui, dans « Discours sur l’Afrique, 1879 », avait recours à des expressions foncièrement racistes : « Ce qui détermine le caractère des nègres est l’absence de frein. Leur condition n’est susceptible d’aucun développement, d’aucune éducation (…). Elle n’a donc pas, à proprement parler, une histoire ». Cette vision-là se reproduit aujourd’hui, sous nos yeux. Ainsi, le Monde du 11 août 2020 a pour grand titre en première page : «  Niger : le terrorisme frappe de nouveau la France ». Où la France est-elle frappée ? En Afrique, dans une région toujours perçue comme « chasse gardée » ou « arrière-cour ».

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Dans le dernier « Hors-Série/La Vie – Le Monde Afrique », et dès l’avant-propos, signé par Chantal Cabé et Marilyne Baumard, il est question de « rétablir quelques vérités ». Mais dès la première phrase de cet avant-propos, il est possible de constater que, si l’intention est bonne, la traduction en acte concret sera assez difficile. En effet, on peut y lire : « Fantasmée ou rêvée, l’Afrique hante nos imaginaires ». Difficile de déraciner des préjugés profondément ancrés. L’Afrique continue, avant tout, à être traitée comme un objet de curiosité, un « sujet » toujours mineur, incapable de s’exprimer et de se raconter lui-même, dans son propre langage. Les outils d’observation, de description, d’analyse ne sont pas nés et forgés en Afrique. La prétention universaliste dans la pensée unique efface la singularité africaine. Certes, on reconnait de plus en plus l’existence d’un passé avant la période de l’esclavage. Mais c’est là un travail de recherche réservé souvent aux anthropologues et aux ethnologues, pas aux historiens. Pendant longtemps, la recherche historique s’est limitée aux traces écrites.

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L’européocentrisme demeure un obstacle à la compréhension des autres peuples, des autres civilisations. C’est aussi un véritable obstacle au développement d’un dialogue culturel mondial où toutes les différences sont reconnues et acceptées. Est-il possible de connaître une réalité sans « briser les anciennes lunettes coloniales » ? Lunettes foncièrement racistes ou teintées de paternalisme colonial. Malgré l’absence de rupture de fond, ce nouveau « Hors-Série » consacré à l’Afrique, riche en cartes et en données, mérite d’être bien lu, avec un regard critique, sans y opposer d’autres préjugés…

 
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