Energie

Gazoduc Maghreb-Europe. Pourquoi l’Algérie se mettrait dans une mauvaise position en cas de non renouvellement du contrat avec le Maroc

Dernièrement, le sujet du gazoduc Maghreb-Europe n’a pas fini de faire couler l’encre. Il s’agit avant tout d’une nouvelle péripétie dans le long périple de la crise existante entre le Maroc et l’Algérie. Le Maroc s’est dit « favorable » au maintien du gazoduc Maghreb-Europe, qui relie l’Algérie à l’Espagne, en passant par le Maroc, et dont le contrat expire fin octobre prochain.


En effet, jeudi dernier, la directrice générale de l’Office national marocain des hydrocarbures et des mines, Amina Benkhadra, avait exprimé la volonté du Maroc de maintenir cette voie d’exportation. Elle a, entre autres, précisé que : « Cette volonté, nous l’avons exprimée verbalement et par écrit, publiquement et dans les discussions privées, toujours avec la même clarté et la même constance ».

Si de ce côté-ci, de la rive, on ne voit pas pourquoi l’on se priverait d’un droit de passage juteux qui plus est, légitime, de l’autre côté à l’Est de l’Eden on enrage d’un éventuel deal qui se voudrait gagnant même si l’on y trouve son compte. Le GME également appelé gazoduc Pedro Duran Farell est un gazoduc international qui part du gisement algérien Hassi R’mel et rejoint Cordoue en Espagne en traversant le nord du Maroc et le détroit de Gibraltar. Il a été construit par « l’Espagne afin de permettre au gaz algérien de rejoindre l’Europe à travers le Maroc, dans des conditions de sécurité optimales », avait précisé la DG de l’ONHYM.

Inutile de rappeler que même si aucune de ces deux parties n’en faisait usage, le Maroc en deviendrait souverain d’une partie (les 540 km qui traversent son territoire) de ce long GME de 1300 km, d’une capacité de 13,5 milliards de m3 par an. Le GME, en service pendant les 25 dernières années, reliant l’Algérie à l’Espagne via le Maroc « est un formidable outil de coopération gagnant-gagnant et un exemple de projet régional structurant et mutuellement bénéfique », avait tenu à souligner Amina Benkhadra.

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De leur part, les médias et réseaux sociaux algériens n’ont pas arrêté d’affirmer que l’Algérie ne reconduira pas le contrat du gazoduc qui expire fin octobre. Ce dimanche, le quotidien algérien « Echourouk News » a relayé que le Maroc dont les besoins s’élèvent à 1 milliard de m3, devra désormais le payer au prix du marché s’il désire s’approvisionner en gaz algérien, des prix qui ont augmenté de 600% alors que le Maroc tirait profit du gazoduc à raison de 800 millions de m3 et plus de 50 millions de dollars par an. Néanmoins, il est crucial et indispensable de rappeler des éléments importants dans cette Saga.

Anas Abdoun, consultant analyste en risque géopolitique dans le secteur des énergies hydrocarbures a tenu à nous livrer des détails précis sur cette affaire. Il rappelle qu’aujourd’hui, existent deux gazoducs en question. Tout d’abord , un gazoduc qui passe par le Maroc, il s’agit du gazoduc Maghreb-Europe. Ce dernier possède une capacité de transport de 13,5 milliards m3. Le second gazoduc passe directement par l’Algérie à destination de l’Espagne.

Ce dernier relie les installations algériennes de Béni Saf jusqu’au port d’Almería en Espagne en passant sous la mer Méditerranée. Il s’agit du Medgaz qui fait 8 milliards de m3. Cependant, réside une différence entre les deux gazoducs. La capacité du Medgaz ne peut pas remplacer totalement la capacité du gazoduc Maghreb-Europe. Aussi, par le passé, le marché espagnol était alimenté par les deux gazoduc. Il était donc à plus de 20 milliards de m3 de capacité et donc de transport de gaz naturel vers l’Europe. En cas de rupture du gazoduc Maghreb-Europe, la capacité se limiterait à seulement 8 milliards m3.

Aussi, ajoute le consultant, « si on part du principe que l’Algérie a construit un deuxième gazoduc pour fermer celui qui passe par le Maroc, elle perdrait toujours en capacité de transport et en revenus potentiels. L’idée que la fermeture du gazoduc traversant le Maroc ne dérange pas l’Algérie est totalement fausse. Aujourd’hui l’Algérie fait valoir un discours qui souligne qu’elle peut parfaitement se contenter du gazoduc qui passe directement par son territoire. Si cette déclaration n’est pas fausse, elle a cependant une raison particulière. La vraie raison derrière cette déclaration est que l’Algérie a perdu d’énormes parts de marché. En effet, le pays était leader sur le gaz naturel en Espagne, l’Espagne importait environ 60-65% de son gaz naturel d’Algérie et ces derniers mois ils ces parts sont tombés à 30-35% ».

« L’Espagne importe aujourd’hui plus de chez les États-Unis. Comme l’Algérie a perdu leurs parts du marché, ils exportent moins et donc ont besoin d’un gazoduc moins performant. Techniquement, l’Algérie peut se contenter de son gazoduc au vu de sa perte d’influence et du recul au niveau du marché européen. Malgré cet élément, fermer le gazoduc qui passe par le Maroc la priverait d’une reconfiguration du marché. En cas d’un nouveau rebond et par exemple de l’apparition d’une législation européenne qui interdirait l’importation du gaz de schiste américain ou d’une baisse de performance des producteurs américains, l’Algérie au lieu de se repositionner comme leader à nouveau avec plus de 20 milliards de m3 se contenterait de 8 milliards de m3 et donc logistiquement elle serait limitée à être influente sur le marché européen.

Il est clairement question aujourd’hui de séquelles du conflit politique existant. Fermer le gazoduc traversant le Maroc n’est clairement pas favorable aux intérêts économiques de l’Algérie d’autant plus que ce gazoduc ne coûte pas très cher. Maintenant, ils peuvent le faire parce que toutes les décisions qui viennent d’Alger sont toutes irrationnelles », note Anas Abdoun.

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Les relations entre Rabat et Alger sont tendues depuis des décennies en raison du soutien de l’Algérie au Front Polisario. Début août, S.M. le Roi Mohammed VI avait invité, dans un discours, le président algérien « à faire prévaloir la sagesse » et « œuvrer à l’unisson au développement des rapports » entre les deux pays. S.M. le Roi avait également réitéré son appel à rouvrir les frontières entre les deux pays, fermées depuis l’été 1994 à l’initiative de l’Algérie.

 
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