Portrait

La Globe trotteuse qui a posé ses valises au Maroc

C’est une working woman, mais pas comme les autres. Quoique née au Maroc,  elle est  réellement «un produit du Canada», Kawtar Naïm est cette femme d’affaires qui a commencé à travailler très jeune, avant même sa majorité, pour que, une fois adulte, elle  devienne une figure de l’entreprenariat, entre le Maroc et le Québec. 


La valeur n’attend point le nombre des années, dit l’adage. Ce qui, pour Kawtar Naïm, saute aux yeux dès la première rencontre, et que l’entretient qui suit confirme. C’est un «petit bout de femme», mais débordante d’énergie, telle une «pile atomique». D’apparence extérieure, elle semble frêle, mais à l’intérieur se cache une «force tranquille», qu’on ne soupçonne guère. Elle a un style résolument «Nord Américain», et une démarche «proactive», qui va vers les opportunités, symbole d’un esprit d’entreprise inné: «j’ai toujours été ainsi. Depuis toute jeune, lorsque je m’intéresse à un domaine, je m’y lance entièrement et à corps perdu. Curieuse par tempérament et par passion, j’ai souvent fait beaucoup de choses, en très peu de temps», explique-t-elle, avec une spontanéité naturelle.
Kawtar, est née à Casablanca en 1987. Elle est la quatrième d’une fratrie de 8 enfants et dont le père est d’abord Directeur d’école. «Mon père est plutôt «traditionnel». Actuellement, il se charge, entre autres, d’ouvrir des mosquées à Montréal, et en dirige une. Il organise également des conférences et pour ce faire, fait appel à différents intervenants extérieurs. Par ailleurs, il est très impliqué dans la communauté locale et consacre beaucoup de son temps à des actions sociales. Notamment pour la défense des femmes battues, et l’aide aux enfants autistes, par exemple», développe-t-elle. Ma famille ne s’est installée au Canada qu’après que mon père a fait un premier séjour et décidé ensuite de s’y installer définitivement, avec toute sa famille. «Nous avons obtenu la citoyenneté très rapidement, et nous étions la première génération de migrants africains dans le pays», précise-t-elle.
Mais ce n’est pas facile d’être un immigré dans le pays du Grand Nord. A tel point point que Kawtar relate une anecdote: « Alors qu’au retour d’un voyage, nous passions la douane à l’aéroport un douanier qui nous a reconnus, nous a arrêtés. C’est un asiatique, qui avait été camarade de classe de l’une de mes soeurs. Il lui rappela justement qu’elle et lui avaient été les deux seuls migrants du lycée. C’était à l’époque où l’immigration était encore à ses débuts. Tout au moins, depuis nos contrées et l’ on se reconnaissait entre nous», se plait-elle à relater, dans un éclat de rire. Cependant, même si elle est complètement intégrée, on lui fait sentir sa différence: «par votre couleur de peau, par votre accent, vous savez que vous n’êtes pas comme nos autres amis», ajoute-t-elle.

Une enfance d’entrepreneur
A l’école, elle travaille dur et s’investit dans différents domaines. Elle joue au basket et suit des cours de musculation: «Ma mère ne comprenait pas! Je suis petite et je joue au basket. Mais je me faufilais et j’étais toujours à l’attaque», tient-elle à préciser, dans l’un de ses nombreux éclats de rires. Elle participe également à l’organisation du bal de fin d’année et comme assistante régisseur au théâtre de l’école. Prémonitoire sa première entrée dans le monde des affaires. Kawtar a 14 ans lorsqu’elle s’investit dans la Junior Entreprise de l’école. Ce sera sa première expérience, avec le branding. Compétence qu’elle fructifiera jusqu’à ce jour.
Mais à cette même époque, Kawtar commence à travailler. Ce sera dans une affaire de tatouages au henné, que tient un marocain de confession juive. «C’est la plus belle expérience de ma vie. Dès l’année suivante, le patron m’a nommée responsable du magasin. Nous avions beaucoup de travail, et étions souvent occupés jusqu’à minuit. Après quoi, c’était avec plaisir que nous nous attablions à une terrasse et profitions du bon temps de la saison. C’était certes une activité touristique saisonnière, mais j’ai énormément appris», se remémore-t-elle, reconnaissante à postériori. Dans son récit, elle oscille entre des manières de «femme forte» et celles de jeune femme «pétillante» de joie de vivre. Un optimisme qui ne s’est jamais éteint.
Egalement passionnée pour les voyages, très tôt, dès ses 15 ans, elle commence à parcourir le Monde. Elle se rend d’abord aux USA voisins où vit sa soeur avec son époux. Ensuite ce sera à Cuba, en compagnie de quelques amis. «J’avais 16 ans lorsque je suis allée à Cuba. C’était un petit coin de paradis à l’époque, avant que cela ne devienne plus artificiel. Nous étions conquis par cette île et en parlions à tous bouts de champ et à tout un chacun. Nous devions être très convaincants, puisque pratiquement, tout notre entourage s’y rendra au moins une fois», explique-t-elle, toujours empreinte de cette «énergie positive» qui émane d’elle.

Business Woman
Nous sommes en 2008, lorsque Kawtar sort du College: «Les études au Canada suivent un système américain. Il y a le High School, puis le College, ce n’est qu’après qu’on va à l’Université. Mais les études sont payantes et j’ai dû travailler pour payer ma scolarité. C’était d’abord dans l’évènementiel, et puis dans la Finance, comme courtier d’assurances», explique-t-elle. Elle est encore jeune, et déjà donne des formations en assurances.
Kawtar multiplie les expériences après le Collège. Tour à tour, elle travaille dans une agence marketing, et ses clients sont alors l’Hôpital pour enfants de Montréal, ou encore Standard Life. L’aventure dure cinq années, avant qu’elle ne décide de se lancer à son propre compte. Nouveau challenge, cette fois, ce sera une chaîne de magasins de mode: «nous avons ouvert 3 magasins en deux années. Avec la crise, c’était réellement un challenge d’oser investir dans un environnement plus que difficile, mais la leçon a été profitable. On apprend plus en temps de crise qu’en temps de prospérité», avance-t-elle, comme une «battante» qui ne se laisse pas abattre.
Arrive 2014, l’année du virage. Alors qu’elle a vendu ses parts dans sa chaîne de magasins, Kawtar intègre la Banque: «on me faisait participer à différents lancements et les patrons avaient très bien compris que je ne suis pas du genre à rester dans un bureau. Donc j’avais des fonctions transverses dans différents services». Un jour, de retour de voyage, et sur un coup de tête, elle décide de partir pour un tour du monde. Elle s’envole pour l’Europe, passe quelques temps en France, au Portugal et en Espagne, puis se rend au Maroc pour être proche de sa grand-mère, souffrante. Ensuite, tout va très vite. Elle lance la marque Lightspeed au Maroc, marque de logiciels pour le retail qui cherche à s’implanter en Afrique. Kawtar lance sa propre entreprise de branding, Marka, et multiplie les opérations de conseil pour des enseignes de restauration, telles que Bocca Chica. Depuis, elle s’intègre progressivement au Maroc. «Il est clair que c’est très différent du Quebec. Mais je suis une étrangère là bas, et une fois ici, du coup, je me considère comme une citoyenne du monde», conclut-elle. Et à raison!

BIO EXPRESS

1987: naissance à Casablanca
2008: College Ahuntsic Montréal Autoentrepreneuse
Courtier d’assurances
Conseillère en marques
2010: Université du Québec à Montréal en maketing, finance, droit et politique
2012: Fonde la chaîne de magasins Kooka
2016: Fonde Marka

ZOOM

Marka est une entreprise de conseil et de stratégie de marques, «Branding». Fondée en 2016 par Kawtar Naïm, elle commercialise le logiciel de gestion d’enseignes Lightspeed, réalise des études de marchés et du développement de concepts pour enseignes locales.

 
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