Gouvernance

Gouvernance : Maroc VS Corée du Sud

Certains pays, comme la Corée du Sud, dont le niveau de revenu par tête était faible durant les années 1960, ont pu amorcer un processus accéléré de rattrapage économique grâce à la bonne gouvernance. Un récent rapport de la Direction des études et des prévisions  financières (DEPF), a fait le benchmark de ce dragon asiatique avec le Maroc. 


C’est connu.  Il existe un lien positif et significatif entre la gouvernance et le développement économique. Ce que confirment  plusieurs travaux menés par des institutions internationales. Selon une récente étude de la Direction des études et des prévisions  financières (DEPF) du ministère des Finances, des avancées ont été réalisées mais beaucoup de chemin reste à faire. « Les réformes multidimensionnelles menées par le Royaume au cours des deux dernières décennies, impulsées par la réforme constitutionnelle de 2011, lui ont permis d’enregistrer des avancées appréciables en la matière, l’érigeant en modèle pour sa région. Ces avancées aussi encourageantes soient-elles ne devraient pas pour autant perdre de vue un certain nombre de défis importants à relever par le Maroc pour mobiliser pleinement le potentiel de son développement institutionnel », indique ce rapport qui s’intitule «Gouvernance, qualité institutionnelle et développement économique : quels enseignements pour le Maroc ?». D’après Ahlam Er-Rahmani et Mounia Bettah, auteures de cette étude, « une amélioration de la gouvernance de 1% s’accompagne d’une hausse de 1,13 point du niveau de revenu par habitant. C’est ainsi que le rapport qui  s’appuie sur des modèles économétriques, intégrant un échantillon de 94 pays dont le Maroc, met en évidence la relation entre la qualité institutionnelle et la performance économique. Il en ressort que certains pays, comme la Corée du Sud, dont le niveau de revenu par tête était faible durant les années 1960, ont pu amorcer un processus accéléré de rattrapage économique grâce justement à l’édification d’institutions modernes et performantes. Où en est le Maroc par rapport à ce pays asiatique ? Selon les deux experts de la DEPF, depuis 1998, la Corée du Sud, pays faisant partie des «dragons asiatiques», a rétabli un saut qualitatif spectaculaire. Douzième puissance économique mondiale, elle affiche une croissance économique soutenue et enregistre des excédents importants au titre de sa balance de paiements. Elle constitue un modèle de développement édifiant, dont l’origine remonte aux années 1960. La réorientation stratégique opérée par ce pays à partir des années 1960, lui a permis d’inscrire entre 1972 et 1979, la croissance de son économie sur un sentier ascendant et auto-entretenu. L’économie coréenne a pu surmonter les défis des années 1980, la crise des années 1990 et demeurer structurellement compétitive dans les années 2000, grâce à ses gains de productivité, à la puissance de ses groupes (Samsung, LG, Hyundai, SK), à son effort en matière de recherche-développement et ses investissements massifs dans l’éducation et l’enseignement supérieur.  « Dans les années 60, le PIB réel par habitant de ce pays (944 $ US) était comparable à celui du Maroc (815 US$), de l’Indonésie (690 $ US) et à celui des pays les moins avancés d’Afrique et d’Asie. Actuellement, la Corée du Sud a multiplié son PIB par habitant par 27 atteignant 25 458 US$ en 2016, se rapprochant du niveau des pays de l’Union Européenne (35 787 $ US en moyenne), comme la France (42 013 $ US) et l’Espagne (31 532 $ US), Hong- Kong (36 725 $ US) et des pays riches en ressources naturelles, notamment, les Emirats Arabes Unies (40 864 $ US) et le Koweït (35 250 $ US). « Au niveau institutionnel, la Corée du Sud est parvenue à améliorer sa position en termes de gouvernance, entre 2009 et 2016, en rejoignant le groupe de référence des pays à niveau de gouvernance élevé. En effet, ce leader asiatique figure parmi les pays où le bon fonctionnement des institutions est assuré à travers l’application et le respect des règles formelles, relatives notamment à l’efficacité du fonctionnement de l’administration publique et de la justice, ainsi qu’à la cohésion et la mobilité sociales et la sécurité des transactions et des contrats », soulignent-ils.  Et de préciser par ailleurs, que la Corée du Sud fait partie des pays caractérisés par un fort sentiment d’appartenance nationale (comme le Chili, la Chine, l’Indonésie et le Brésil) et garantissant une meilleure couverture du territoire par les services publics, un faible niveau de corruption et du travail informel, une normalisation de l’information sur la qualité des biens et services et une efficacité de l’administration fiscale (placée au même niveau que le Japon et devancée par les pays de l’Union Européenne, les Etats-Unis d’Amérique, l’Australie, le Canada et Singapour).

In fine, selon le rapport, «des efforts considérables devraient être déployés par le Maroc pour atteindre les performances de la Corée du Sud, surtout pour ce qui est de la coordination des acteurs au niveau du marché financier, la liberté de fonctionnement du marché des B&S, la sécurité des personnes et des biens, l’égalité de traitement par l’Etat, la mobilité sociale et les solidarités, le fonctionnement des Administrations Publiques et le contrôle de la corruption».

Challengenews
Le meilleur de Challenge sélectionné par la rédaction :
 

Article précédent

Al Boraq: le Maroc dans le Top-10 de la vitesse

Article suivant

Réda Loumany, Territory Managing partner de PwC au Maroc : l’homme de la situation