Culture

Harvard à portée de clic

La tendance est à la dématérialisation. Surfant sur cette vague, des enseignants de grandes universités américaines dispensent leurs cours via internet. De nombreux Marocains suivent ainsi des cours de Stanford, Duke et de l’Université de Washington sans même quitter leur salon. PAR NOREDINE EL ABBASSI 



Q
ui n’a jamais rêvé d’obtenir un  diplôme d’Harvard? Crise et durcissement des conditions d’accès au marché de l’emploi aidant, la formation est, plus que jamais,  une source d’inquiétude pour les salariés. On essaie donc à tout prix de booster sa carrière par la formation continue. Dans  ce contexte, internet a changé la donne.  Depuis quelque temps déjà, il est possible d’obtenir des diplômes d’universités via le net. Mais depuis peu, des grandes  universités américaines reconnues se sont mises à l’heure de la formation en ligne. Qu’il s’agisse de Stanford, de l’université de Washington ou même Harvard, des  établissements mythiques proposent aux étudiants qui le désirent de suivre leurs cours en ligne. Gratuitement et sans sélection  à l’entrée, pour peu que l’on dispose d’une boîte email.

Déjà, le site Coursera sanctionne ses formations par un certificat  de suivi et de réussite. On dénombre déjà plusieurs success-stories, comme celle du jeune Kazakh, Askhat Murzabayey, qui a suivi le cours d’apprentissage automatique  de Stanford University. Il travaille, aujourd’hui, pour twitter à Almaty, comme le rapporte le magazine américain Forbes.  Le Maroc aussi compte ses success-stories, dont celle de Samira Chehlafi , par exemple. Cette étudiante en informatique  à l’INSEA d’Oujda a suivi des cours de programmation, de management et de création de start-up et a lancé la sienne dans la foulée. Des jeunes, et moins jeunes,  marocains sont enthousiastes à l’idée de profiter, à moindre coût, d’une formation d’excellence. Partout dans le Royaume,  des rencontres entre étudiants -“Meetup”- s’organisent dans les grandes villes telles que Rabat ou Tanger. Une révolution pour l’enseignement. Mais quelle est réellement  la perception que les étudiants, et surtout, les employeurs ont de la formation en ligne?

Des diplômes de prestige qui  ne sont pas valorisés par les employeurs

 “Au Maroc, on persiste à favoriser les diplômes plutôt que les capacités personnelles. Je   ne me fais donc pas d’illusions. La formation en ligne est juste un plus en culture générale. Elle ne me donnera pas plus de chances pour  obtenir un emploi. Cependant, je continue, ne serait-ce que pour développer mon champ d’expertise”, explique Oussama Chougrani,  étudiant en informatique à l’EMSI de Rabat. Il suit les cours en ligne depuis deux années, mais reste sceptique quant à leur “valeur marchande” à la sortie d’école.  Mais Noureddine, inscrit sur ces sites d’apprentissage communautaire, est plus optimiste: “personne n’offre de certifi cats de  l’université de Washington.

Il faut travailler dur pour les mériter! Il suffit de s’inscrire pour se rendre compte qu’il y a un véritable  suivi de la formation, avec des devoirs écrits  à rendre chaque semaine, sanctionnés par  une note. Ensuite, il y a l’examen final, qui n’est pas une simple formalité. Et, en aucun  cas, un cadeau.” Mais Philippe Montant, PDG du site de recrutement en ligne, reste sceptique: “les universités doivent rester  prudentes avant de délivrer un diplôme. Elles n’auront de crédibilité que s’il y a un  réel contrôle d’assimilation des programmes  étudiés.” Ce que Mohamed Ouerrak, expert en ressources humaines, confirme: “les employeurs restent attachés aux diplômes délivrés après une présence effective  et continue, et non à distance.” Pour l’un comme pour l’autre, les diplômes obtenus par correspondance doivent coller  à l’image classique de l’enseignement. 

Amine Bentahila, conseiller en investissements financiers, fait partie de ceux qui sont passés par la case de la formation par  correspondance: “pour obtenir les diplômes d’expertise comptable, nous passions les examens sur table à l’ISCAE. Nous avions même  des enseignants du Conservatoire des Arts et Métiers de France, qui se déplaçaient au Maroc pour dispenser leurs cours.”  

L’informatique favorisé par l’enseignement en ligne 

Le modèle des cours en ligne n’est donc pas encore pris au sérieux par les employeurs.  Mais, peut-être, ce n’est pas ce que tous les étudiants recherchent. Pour les interrogés, les cours en ligne permettent avant tout d’acquérir, gratuitement,  des connaissances, par ailleurs, difficilement accessibles pour le commun des mortels. Mais des barrières persistent.  Ainsi, la langue d’enseignement est l’anglais, idiome encore faiblement diffusé au Maroc. Autre barrière, les cours gardent une forte dominante pour les sciences  de l’ingénieur et pour l’informatique. 
Quoique, pour ce dernier domaine, les employeurs sont plus tolérants. Apparemment,  et ce dans le monde entier, on juge un informaticien selon sa maîtrise des langages de programmation et sa capacité à coder, et non en fonction de  son diplôme. C’est l’un des rares domaines où, devant un écran d’ordinateur, l’autodidacte et le polytechnicien partent  avec les mêmes chances de réussite. C’est peut-être cela qui explique le succès de ces formations dans des régions reculées,  où l’on ne trouve pas d’écoles d’ingénieur, comme c’est le cas à Errachidia. Mais pour d’autres, c’est également un moyen de rester  “up to date”, de se former en continu,  et cela, même si l’on est diplômé. C’est probablement le cas de Khalid Belkhalfi , enseignant en informatique de 46 ans à  Marrakech, que l’on retrouve inscrit dans le cours d’argumentation de Coursera, en partenariat avec l’université de Duke.

Sur ce site, des étudiants en sciences  politiques, comme des informaticiens sont inscrits. C’est que dans les faits, le savoir se démocratise. Même si le problème du  modèle économique de ces cours, gratuits, se pose encore. Cela étant, on ne peut que saluer l’intérêt des Marocains pour ce nouvel espace d’apprentissage. “Personne ne dira jamais que se former en ligne est une  mauvaise chose, loin de là. Un employeur préférera un salarié qui cherche à apprendre et à se perfectionner, plutôt qu’un autre qui se repose sur ses acquis”, conclut Montant. Pour Ouerrak: “le vrai examen  se fait en entreprise!”. Reste à savoir si l’on aura, un jour, accès aux cours des grandes écoles marocaines en ligne. Rien n’est
moins sûr ! ■  

 

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