Economie

Hausse des droits de douane sur les produits d’importation : ce qu’en pensent les opérateurs

Le Projet de Loi de Finances rectificative prévoit une hausse des droits de douanes de 30% à 40% sur certains produits finis importés, dans l’objectif d’encourager la production nationale. Plusieurs secteurs sont concernés. Voici ce qu’en disent certains opérateurs.


Pour encourager la production locale en ces temps de crise économique, à cause de la pandémie du coronavirus, le Maroc prend des mesures spécifiques. Parmi ces mesures figurent la hausse de 30% à 40% du droit commun sur l’importation de produits finis. Il s’agit d’une disposition, prévue par le Projet de Loi de finances rectificative adopté par la Chambre des Représentants le 13 jullet, qui vise à inciter les opérateurs à davantage recourir aux produits fabriqués localement plutôt qu’à importer systématiquement. Selon les données disponibles, 125 produits, qui constituent une assiette taxable de 54 milliards de DH, sont concernés par cette hausse. De l’agroalimentaire à l’industrie pharmaceutique en passant par le textile & cuir, nombre de secteurs seront touchés. Globalement, de nombreux opérateurs accueillent bien cette mesure et soutiennent que c’est ce qu’il convient de faire en ces temps de crise.

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« Notre secteur est concerné. D’ailleurs, nous avons été consultés par la CGEM et l’ASMEX et la Fédération de la Chimie et parachimie. Il est clair qu’il y aura un impact sur le business », explique Hamid Abassi, Directeur général du groupe Santis, filiale spécialisée dans la valorisation des matières premières aromatiques et ingrédients naturels du groupe Natura Invest. « Cette hausse est une bonne chose. C’est comme ce qui a été fait pour encourager la production locale des céréales. Il faut stopper l’importation abusive. Pour notre part, concernant les produits que nous achetons à l’étranger, si nous n’avons pas d’alternative au niveau local, nous serons obligés de continuer à importer, et donc bien sûr, cela va impacter notre chiffre d’affaires et beaucoup d’autres choses », analyse-t-il. Même son de cloche du côté de Mohamed Tazi, industriel et expert du secteur textile & habillement. « C’est une bonne chose dans la mesure où l’industrie marocaine a été chahutée. C’est très important de faire une distinction entre produits finis et protéger la valeur ajoutée marocaine, qui à la base de toute la valeur ajoutée économique, sociale… Mais comme le Maroc n’étant pas un grand producteur de matières premières, il faut donc continuer à rendre la matière première accessible au maximum aux producteurs », soutient-il.

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« Bien sûr, il y a un impact sur le secteur, mais aujourd’hui avec ce qui se passe, on voit bien certains pays parlent de relocalisation et bien d’autres. Chacun a sa stratégie, et je pense que le Maroc protège aujourd’hui tout ce qui peut être produit localement, comme le font depuis un moment les Etats-Unis avec Donald Trump. Les Chinois, les Turcs l’ont fait il y a une dizaine d’années. La pandémie du Covid-19 donne un bon prétexte et pour une fois, il y a un concorda entre les opérateurs privés et les pouvoirs publics sur cette question. L’Etat a besoin de recettes et les droits de douane constituent une très importante manne pour les finances publiques du Maroc. C’est tant mieux d’ailleurs. Je rappelle ici que cette hausse est une doléance des opérateurs depuis plusieurs années pour protéger le marché local, et c’est aujourd’hui une bonne chose qu’elle ait enfin trouvé un écho favorable auprès des pouvoirs publics », poursuit Mohamed Tazi, ajoutant que le relèvement de 30% à 40% des droits de douane est permis par les accords qui lient le Maroc à l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Toutefois, les opérateurs redoutent une montée en puissance de la contrebande face à cette nouvelle donne et appellent d’ores et déjà le gouvernement à redoubler de vigilance par rapport à cela. Pour rappel, au rang des produits concernés par cette hausse des droits de douane figurent (dans les produits alimentaires) le café, le cacao, les épices, les jus, les boissons non alcooliques et eaux minérales, pâtisseries et préparations à base de céréales, les fruits frais ou secs. Dans les articles de textile et cuir, on note entre autres, les vêtements confectionnés et articles de bonneterie, chaussures, linges et autres articles textiles confectionnés, tissus spéciaux, velours, dentelles et broderies.

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Dans les articles domestiques, on note les réfrigérateurs, lave-vaisselles et autres articles domestiques, quincaillerie de ménage et articles d’économie domestique, cuisinières et appareils de chauffage. Au rang des produits sanitaires, il y a les médicaments et autres produits pharmaceutiques, articles de literie et appareils d’éclairage… En ce qui concerne les équipements industriels, il y a les moteurs à pistons, les autres moteurs et leurs parties, les appareils pour la production du froid à usage industriel et bien d’autres produits dans de nombreux autres secteurs.

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