Politique

Il y a 60 ans… naissait l’UNFP

La mouvance Tihadie est sortie des entrailles de l’Istiqlal. Retour sur un événement qui a structuré la vie politique pendant 60 ans. 


Dès l’indépendance, le mouvement national se scindait en deux. D’un côté une orientation libérale, acceptant la suprématie du palais, de l’autre une orientation étatiste pour créer une économie nationale et attachée à la légitimité populaire.

Cette deuxième mouvance a guidé le gouvernement Abdellah Ibrahim, qui a sorti le Maroc de la zone Franc, créé la BMCE, la CDG, la Samir, la Banque Populaire et bien d’autres institutions, en très peu de temps. Mais cette mouvance a été victime d’un vrai coup d’Etat avec le soutien du groupe Balafrej (c’est-à-dire l’Istiqlal actuel). La scission était inévitable et elle fut rapidement consommée.

Autour de Mehdi Ben Barka, Bouabid, Fkih Basri, Abdellah Ibrahim, l’Union Nationale des Forces Populaires a été constituée. Elle a reçu le soutien de la résistance, de l’unique centrale syndicale de l’époque l’UMT, mais aussi d’anciens chouris, comme Abdelhadi Boutaleb, qui met son journal, Arrai El Aam, « l’opinion publique » au service du nouveau parti, créé le 25 janvier 1959.

Très vite, dès les élections municipales de 1960, cette formation apparaît dominatrice dans les milieux urbains. Le syndicat, très fort à l’époque, facilite le recrutement. L’aura de la résistance et l’engagement des premiers jeunes cadres marocains, permettent d’assurer un encadrement de très haut niveau, autour des valeurs anti-impérialistes et socialisantes en vogue à l’époque.

Mais le consensus est de courte durée. Dès le deuxième congrès en 1962, un schisme apparaît. Le rapport idéologique présenté par Mehdi Ben Barka sous le titre «option révolutionnaire» est rejeté par l’aile syndicale et Abdellah Ibrahim, parce qu’il menait à la confrontation avec le Palais. Il a fallu tout le poids de Cheikh El Islam, Moulay Belarbi El Alaoui, président du congrès, pour éviter l’éclatement en retirant l’opuscule de Ben Barka.

Mais les affres de la discorde allaient continuer. La répression, le procès de 1963, n’ont fait qu’approfondir les divergences, paralysant le parti. Ce n’est qu’en 1967, suite à l’arrestation de Mahjoub Ben Seddik, Secrétaire général de l’UMT, qu’une vague réconciliation s’opère. Cinq ans après, c’est la scission officielle qui va mener à la création de l’USFP. Le sigle UNFP perdure, mais périclite, parce qu’il refuse le processus démocratique.

L’USFP subira les répressions, les falsifications des élections et finira par accepter l’alternance consensuelle qui a permis à la construction démocratique de s’engager. Cela s’est fait au travers de plusieurs scissions ayant donné naissance au PADS, fidélité à la démocratie et le congrès Ittihadi, tous marginalisés par l’évolution.

Cette mouvance fait partie de l’histoire aujourd’hui. Mais elle a façonné la vie politique pendant plus d’un demi-siècle en tant que porte-parole des forces populaires et de la jeunesse.

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