Conjoncture

Inflation en vue

Les prix des matières premières et de l’énergie tirent vers le haut. S’agit-il d’une tendance conjoncturelle, et donc passagère, ou au contraire de tendances lourdes ?


Malgré les incertitudes, l’observation de l’évolution de la réalité économique mondiale permet d’apporter quelques éléments de réponse. En 2021, le taux de croissance mondiale attendu est de 6%, avec un retour à 4,9%, en 2022, d’après les prévisions de la Banque Mondiale. Les marchés des matières premières et de l’énergie connaissent actuellement de fortes pressions, mais devraient se stabiliser avec la reconstitution des stocks et la régularisation du taux de croissance post-Covid. Depuis 2019, les chaines logistiques ont aussi été fortement perturbées par les ruptures de stocks dans des secteurs clés, la raréfaction des conteneurs, l’obligation de mise en conformité des navires aux normes écologiques, et donc l’accroissement des coûts de fret.

Ce sont là des éléments conjoncturels inhérents à la crise sanitaire qui paraissent passagers. Cependant, le financement à flot des plans nationaux anti-pandémies par les banques centrales dans le monde, qui s’est traduit notamment par le soutien massif de la demande, aura certainement un effet inflationniste durable. D’autres tendances plus durables se dessinent à travers notamment des projets de relocalisation et surtout de lutte contre le réchauffement climatique, avec l’adoption par les entreprises d’un mode de production plus respectueux de l’environnement naturel et par les consommateurs d’un mode de consommation plus sain et mieux équilibré, aussi bien pour la santé humaine que pour la préservation des ressources et des écosystèmes naturels.

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Les sondages en Europe confirment l’adhésion, de plus en plus massive, à un nouveau mode de vie et à l’acceptation de sacrifices en termes de hausse des prix, en contrepartie d’une meilleure qualité de vie et d’un meilleur équilibre respectueux de la nature. Néanmoins, les mouvements sociaux rappellent que les coûts inhérents à l’adaptation écologique ne doivent pas être supportés uniquement par les citoyens-consommateurs, mais aussi par les détenteurs de capitaux et des moyens de production. Et c’est là qu’intervient l’Etat, en tant qu’acteur stratégique de régulation dans le partage équitable de la hausse des coûts, indispensable à l’amélioration des conditions de vie et à la protection de la nature.

Nous serions donc face à un cycle long, type Kondratieff, où l’innovation joue un rôle central, à travers l’intelligence artificielle, le verdissement de l’économie mais aussi des villes, en général, la digitalisation comme accélérateur d’adaptation (…). Dans ce cycle, l’Etat néo-keynésien serait incontournable pour éviter les dérapages et mieux impulser les changements indispensables. Marchés financiers, coûts de production et réseaux de distribution devraient être bien encadrés. L’économie-monde impose une surveillance de l’inflation en interne et au niveau international.

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En lançant son nouveau mode de développement, le Maroc peut assurer une synchronisation des politiques publiques, avec un traitement accompagnateur prioritaire et efficace des politiques sociales, en particulier la généralisation de la protection sociale, le renforcement quantitatif et qualitatif du secteur public de la santé et du secteur public de l’éducation, comme garantie fondamentale de l’égalité des chances et arme stratégique de lutte contre les inégalités sociales. L’inflation n’est pas automatiquement un phénomène négatif. Elle peut même jouer un rôle positif, en situation de croissance durable et inclusive.

 
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