Portrait

Ingénieur, manager, promoteur de l’aéronautique au Maroc

Il a emprunté la «voie Royale». Ce pur produit du système public marocain a poursuivi ses études d’ingénieur en France. La même entreprise dans laquelle il a fait carrière, l’a bombardé DG de sa filiale marocaine, et aujourd’hui il travaille entre la France et le Maroc. Par Noréddine El Abbassi


Les clefs de la réussite, passent presque toujours, par ce qu’on appelle les «voies Royales». Ce sera le choix de Karim Cheikh, qui, faut-il le rappeler, devait en avoir les capacités. Va donc pour l’ingénierie, qui le mènera à bon port. Ce natif d’Oujda, est issu d’une famille dite «classique mais très soudée à l’image de beaucoup de familles marocaines», comme il se plait à la qualifier. Une autre condition subsidiaire pour la «voie Royale», conjuguée à la poursuite des études supérieures dans une bonne Université Française. Il y adjoindra l’avantage d’une carrière professionnelle qui débutera dans une entreprise française, ancrée dans le développement et la recherche.
Karim est né en 1964 dans la capitale de l’Oriental. La famille ne compte pas moins de 7 enfants dont le père, commerçant, très pris par le travail, délègue la responsabilité de la gestion familiale à une mère, au sujet de laquelle Karim ne tarit pas d’éloges: «c’est elle qui surveillait notre éducation à tous; ce qui n’était point une mince affaire. Sans exagérer, ma mère avait des «talents de chef d’entreprise». Il est vrai que les plus âgés parmi nous, prenaient soin de leurs cadets, dans une ambiance de responsabilité des uns vis à vis des autres. En fait, nous avions un esprit de famille très développé et nous l’avons toujours malgré les occupations de chacun», évoque-t-il au détour de la conversation. Karim précisera plus tard que : «Nous n’étions pas du tout surveillés tout au long de l’année, mais les bulletins scolaires étaient passés à la loupe. Et dire que notre mère, qui nous surveillait était elle-même analphabète». Lors de la conversation, on devine un «fort en thèmes», qui, très tôt, a préféré les sciences dures et l’école, aux terrains de jeux. Ce qui ne l’empêche pas de décrire son enfance de période «heureuse»: «Nous avions une enfance on ne peut plus classique, avec les mêmes loisirs et les mêmes occupations des camarades de notre génération, des autres régions du pays. Peut-être une nuance dans ma fréquentation assidue du Centre Culturel Français d’Oujda. D’ailleurs, cela «a joué contre moi» puisque j’étais meilleur en français qu’en arabe,» explique-t-il.
Durant l’été, la famille se rendait à Saïdia, lorsque la plage était fréquentée uniquement par les habitants de la région. Avant le «boom» et son développement en véritable pôle touristique de la région. Mais les vacances se font en famille, et au Maroc exclusivement. «Jusqu’à mes 18 ans, le plus loin où que je sois allé, c’était à Fès. Ce n’est que lorsque je suis parti pour la France que j’ai élargi mes horizons. Si passer l’été au Maroc était une obligation, c’était aussi l’occasion de voyager et de découvrir le pays», explique-t-il.

Départ pour la France
Nous sommes en 1982 lorsque Karim décroche son bac scientifique, Sciences Maths comme on l’appelait à cette époque. Mais Karim est un pur produit de l’école publique marocaine, avant le naufrage de cette dernière, et lorsqu’elle bénéficiait du concours de nombreux enseignants compétents, notamment français pour des cours de sciences et de langues. La vie est un long fleuve tranquille, et la transition se fait sans accrocs. Il est admis à l’Université de Technologie de Compiègne, à une quarantaine de kilomètres de Paris. Comme on se l’imagine, Karim passe la semaine à l’école, et les week-ends auprès  de certains membres de la famille et autres amis, installés en France. La qualité du système éducatif aidant, il passe de classe en classe, dans un cursus fluide. Lorsqu’arrive 1987, il obtient un diplôme d’ingénieur d’Etat. «Voie Royale» une fois encore, puisqu’il décide de poursuivre avec un Diplôme d’Etudes Approfondies (DEA), passage obligé pour le doctorat. Deux années après, en 1989, il décide de se lancer dans la vie professionnelle.
Premiers pas dans l’entreprise. Karim débute dans un bureau d’études parisien, qui emploie une vingtaine d’ingénieurs. Karim approfondit ses connaissances et en quelque sorte apprend le métier. Il y passe sept années, et en 1996, il rejoint les rangs de CETIM, un centre de technologies industrielles et de recherche, avec une mission de service public de transfert de technologies et des activités marchandes pour l’industrie. Là, Karim débute comme chef de service en essais et métrologie. Prémonitoire cette première affectation, et proche de ses futures responsabilités. Lorsqu’arrive l’année 2000, Karim change d’orientation quand il est nommé délégué régional pour la Normandie, basé à Rouen. C’est également l’année du virage, puisqu’il prépare un Master of Business Administration à l’Institut Français de Gestion de Paris. Ce qui veut dire que CETIM investit en lui. La même année, il se marie. Les signes sont positifs. Il doit mener à bien les missions qui lui sont confiées, puisqu’il rentre au siège trois années plus tard. A ce moment, on lui confie le rôle de chef de pôle d’activités. Il a alors sous son autorité une cinquantaine d’ingénieurs et techniciens. Commence alors une période de voyages entre le Maroc et la France.

Un pont entre son pays d’adoption et d’origine
A ce moment, il pilote le transfert de technologies entre les deux pays. CETIM lui confie de nombreuses missions entre Casablanca, Rabat et Paris. Les choses semblent aller pour le mieux, et ont beaucoup facilité le choix d’une implantation hors de France lorsque l’entreprise se décide à ouvrir sa première filiale. C’est le Maroc qui est choisi.
C’est naturellement Karim qui en a la charge. 2006 sera l’année d’ouverture de la filiale casablancaise: «nous étions 4 personnes et avions investi 17 millions de dirhams dans le projet. Aujourd’hui, nous sommes une centaine et l’investissement porte sur quelque 150 millions de dirhams. C’est dire l’importance que nous avons pris», expose-t-il.
Sur le plan personnel, Karim essaie de maintenir une activité sportive dans un agenda très rempli, et dans un premier temps s’initie même au cheval et au golf. Mais sa passion pour le football demeure. «Au sein de l’entreprise, nous avions même une équipe», explique-t-il dans un rire. Ses responsabilités l’amènent à voyager fréquemment: «Il est nécessaire d’avoir des loisirs, sans lesquels, on ne peut tenir le coup», analyse-t-il. Depuis, Karim Cheikh opère comme Directeur Général de CETIM au Maroc, et partage son temps entre son pays et le siège de son entreprise en France. Le premier de ses quatre enfants voit le jour en 2005, et un autre projet prend de l’ampleur. «Depuis 2008, je suis Secrétaire Général du GIMAS, la fédération de la CGEM qui regroupe les industries aéronautiques», explique-t-il. L’entreprise, elle, continue de tester et contrôler les pièces et étudier leur conformité selon les normes internationales. Qui mieux qu’un Marocain, qui a commencé sa carrière dans les essais et les contrôles, pouvait faire ce travail?

Bio Express

1964 : naissance à Oujda
1982 : Bac Sciences maths
1987 : ingénieur de l’Université de  Technologie à Compiègne
1989 : DEA en Matériaux ingénieur en bureau d’études
1996 : rejoint le CETIM
2006 : DG et ouverture de CETIM Maroc

 
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