Tribune et Débats

Intelligence sécuritaire et renseignement. Le Maroc brille dans la cour des grands [Par Mehdi Hijaouy]

Depuis les attentats américains du 11 septembre 2001, tous les Etats ont dû rapiécer leurs dispositifs sécuritaires, principalement en matière de Renseignement.


Dans le temps, l’efficience de l’« Intelligence Community » des Etats-Unis d’Amérique – classée parmi les organisations sécuritaires de Renseignement les plus performantes mondialement – avait été complétement remise en cause. Un vrai fiasco qui, qualifié de faillite des Services secrets, tirait sa source, singulièrement, d’un mauvais partage d’informations au sein de cette Communauté du Renseignement, selon certains analystes alors que d’autres n’ont pas manqué d’attribuer à ce cuisant échec une défaillance liée, comme diraient les anglosaxons, à l’HUMINT (Human Intelligence), c’est-à-dire au Renseignement d’origine humaine (ROHUM). Chose indiscutable qui avait, d’ailleurs, incité la plupart des pays, y compris les USA, à procéder à une réforme immédiate de leurs Services, ainsi qu’à une plus grande ouverture à la coopération sécuritaire transnationale.

Et par la suite, des événements, touchant à la vie privée des individus ou encore à la souveraineté étatique, sont venus démasquer, impitoyablement, ce côté furtif et clandestin des Services secrets, suite, notamment, à l’Affaire Wikileaks (mars 2010- novembre 2012), aux manœuvres du Renseignement allemand (février 2021) pour avoir mis sur écoute plusieurs Gouvernements ou encore et récemment à Pegasus (depuis juillet 2021). Sauf qu’aujourd’hui et ce n’est point un mystère, le monde du Renseignement se retrouve confronté à de nouveaux défis : une profonde reconfiguration des relations internationales, une révolution technologique qui bouleverse les sociétés par l’essor des techniques numériques, avec un cyberespace regorgeant d’un flux incroyable de données à analyser, une impitoyable guerre mondiale de l’information qui est souvent menée en l’absence de toute éthique, pour ternir la réputation d’un Etat, voir même de le déstabiliser ou encore une sévère et interminable crise pandémique de Covid-19 à gérer.

Nous assistons donc à une véritable révolution à laquelle seuls les Services chevronnés, les plus agiles et intelligents, parviennent à s’y adapter, voir même prennent une réelle longueur d’avance sur la majeure partie de leurs homologues étrangers ; Ce qui explique les réactions injustifiées de certaines puissances qui se retrouvent complétement dépassées en matière de Renseignement, refusant d’accepter l’hégémonie de certains Services secrets étrangers, comme les nôtres qui ont réussi, majestueusement, à s’ajuster aux échelles régionale, continentale et internationale des nouvelles coopérations.

Web, Numérique et Renseignement

Le progrès technologique et le cyberespace représentent un challenge d’une incommensurable ampleur pour les Services, à intelligence développée. Le stockage, la circulation abondante de données et les opérations de désinformation, de propagande et d’influence au niveau du web deviennent des enjeux cruciaux qui peuvent, à n’importe quel moment, menacer, incontournablement, les Gouvernements, quelles qu’en soient leurs forces. Aujourd’hui, le Renseignement humain ne pourrait être efficace qu’en étant, finement, associé au CYBINT (cyber-espionnage).

De plus, l’HUMINT s’est largement grevé dans les COIN (conflits contre-insurrectionnels), jusqu’à devenir l’une de ses principales composantes, comme souligné dans le Counterinsurgency Field Manual (Manuel américain de terrain de la contre-insurrection). Ce qui explique les investissements massifs de nombreux Etats dans les deux axes HUMINT et CYBINT, allant même, pour certains, à créer une doctrine militaire sur la cyberguerre.

D’où l’intérêt pour tout pays d’être à la pointe des nouvelles technologies de l’information et de la communication, de veiller à la sécurité de l’information au niveau des serveurs et des réseaux de Renseignement, mais aussi d’assurer à ses Services toute la technologie de pointe nécessaire pour d’une part, remplir ses fonctions régaliennes de la meilleure manière et d’autre part, contrecarrer les manœuvres malveillantes émanant d’Etats, d’individus ou de Groupuscules criminels. A ce titre, l’universitaire franco-suisse, Jean Marie Heydt, avait, de manière très expressive, lors de sa récente déclaration (30 juillet 2021) à l’Agence Marocaine de Presse (MAP), que « le Royaume est largement reconnu par les pays européens pour son haut niveau de compétence, en matière de renseignement et de lutte contre l’extrémisme et le terrorisme ». Un aveu qui ne peut qu’attester que le Maroc est, aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, un acteur incontournable dans la sécurité mondiale.

L’Humain au cœur du succès de tout dispositif de Renseignement

Le comportement d’un être humain se veut de laisser derrière lui un ensemble de données alors que l’Intelligence Artificielle (IA) constitue, tout simplement, un modèle basé sur ces différentes données. Partant de ce postulat, le meilleur moyen pour vérifier la fiabilité d’une information, récoltée via des outils d’IA (écoute, interception, géolocalisation, etc.) n’est autre que de la percevoir directement de la personne concernée. C’est ce que j’appellerais l’Intelligence Sécuritaire : une notion, jamais évoquée dans le passé, qui n’est d’ailleurs que le secret de la gloire de tout dispositif puissant de Renseignement.

Cette nouvelle forme d’Intelligence, bien qu’apparaissant très simple d’application, ne se construit pas à partir du néant mais nécessite des prérequis, innés dans une société, à savoir une population citoyenne et patriote, dotée de réflexes sécuritaires et qui s’implique vigoureusement pour contrecarrer toutes formes de criminalité.

Services secrets marocains, au Top 5 mondial

Le Renseignement marocain est devenu l’objet de discussions au niveau des réseaux sociaux et du net de manière générale et au sein des Services d’une manière particulière. Le commun des mortels, toutes nationalités confondues, en parle très ouvertement, allant même l’intégrer dans le Top 5 mondial des Agences les plus puissantes.

Effectivement, les Services de Renseignement marocains ont réussi à déjouer, en pleine crise de coronavirus, des dizaines d’opérations criminelles transnationales à travers le monde, pour ne citer que celles qui ont récemment été médiatisées :  attentats terroristes de New York, de Béziers ou encore d’Athènes ; Alors que la plupart des pays sont complétement absorbés dans la gestion de la pandémie.

Entretenant des relations privilégiées de coopération spécialement avec Israël, les USA et l’Angleterre, disposant d’un savoir-faire hors du commun et soutenus par les citoyens, y compris ceux établis à l’étranger, les Services secrets marocains ont rejoint la Cour des grands depuis près de deux décennies, félicités à maintes reprises par plusieurs Nations.

Malgré la complexité des réformes nécessaires aux différentes Agences de Renseignement, le Maroc a réussi, sous l’égide des Hautes Orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI , à faire de ses Services des outils adaptés au nouvel ordre géostratégique mondial, voir même des leviers d’action efficaces dans la résolution d’enquêtes, de conflits internationaux ou encore de crises diplomatiques. Un Renseignement exceptionnel qui est constitué de diverses Intelligences, particulièrement, Sécuritaire, Humaine, Patriote, Numérique, Informationnelle, Stratégique, Economique et Sanitaire.

Bravo donc à nos Services de Renseignement, pour leurs importantes réalisations qui se font au-delà des frontières nationales, contribuant, magnifiquement, à assurer la sureté, la sécurité et la paix sur les plans national et international. Chose qui ne fait que contribuer davantage à l’amélioration de la réputation du Royaume chérifien.

Mehdi Hijaouy est expert en sécurité, défense, stratégie et intelligence économique
Fondateur du Washington Strategic Intelligence Center
Executive MBA en « Stratégie d’Influence, Négociation et Guerre Psychologique » – EGE, Paris
Executive MBA en « Management des Risques, Sûreté Internationale et Cybersécurité » – EGE, Paris
 1 Ecole de Guerre Economique

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