Tribune et Débats

Intelligence sécuritaire. Renseignement et Diplomatie : l’inévitable symbiose

L’Intelligence Sécuritaire, dans le cadre d’une démarche cartésienne, intègre tous facteurs endogènes et exogènes, dans ses dimensions politique, diplomatique, informationnelle, numérique, informatique, sociale, stratégique, humaine, juridique, voire même militaire, en vue de faire réussir les politiques intérieure et étrangère d’un pays.


Grâce à la vision stratégique et l’intelligence prospective de S.M. le Roi Mohammed VI le rayonnement de la Diplomatie marocaine est le fruit d’un Renseignement puissant et efficace.

Aujourd’hui, l’environnement diplomatique et celui du Renseignement s’invitent à former un seul monde synchronisé et en parfaite harmonie, dans lequel diplomates et officiers de renseignement s’obligeraient à coopérer, voir même à unifier leurs efforts opérationnels, de manières énergique et cohérente.

Diplomatie et Renseignement dans la lutte contre la criminalité transnationale
Selon la Convention de l’Organisation des Nations Unies sur le crime transnational, « une infraction est de nature transnationale si, elle a été commise dans plus d’un Etat ; si elle est commise dans un Etat, mais qu’une partie substantielle de sa préparation, de sa planification, de sa conduite ou de son contrôle a lieu dans un autre Etat ; si elle est commise dans un Etat, mais qu’elle implique un groupe criminel organisé qui se livre à des activités dans plus d’un Etat ou, enfin, si elle est commise dans un Etat mais a des effets dans un autre Etat ».

Ainsi et pour une mise en conformité de cette disposition onusienne par les Etats, le développement de la coopération judiciaire internationale s’impose nécessairement mais n’aboutirait qu’à travers :

–   une efficiente Diplomatie qui puisse, notamment, générer des accords bilatéraux et multilatéraux d’entraide judiciaire et d’extradition ;

–  un Renseignement efficace, hautement qualifié pour assurer la traçabilité de l’argent blanchi, ainsi que la saisie et la confiscation des avoirs criminels.

Lire aussi | Laila Mamou nommée Directrice générale déléguée de Sofinco

Dans le passé et pour la plupart des pays, la Diplomatie se heurtait face à la multiplicité et à la complexité des questions de sécurité, en raison essentiellement, d’une absence de coordination avec le Renseignement.

Aujourd’hui, cette problématique, de nature stratégique, a été résolue. En effet, une vérité d’évidence s’est imposée dans la pratique diplomatique quotidienne et universelle, à savoir celle d’une forte implication de la communauté du Renseignement dans les mécanismes sui generis, mis en place pour lutter contre toutes les formes de criminalité transnationale. Des approches qui ont connu un point d’application original dans le globe des crimes transnationaux, à diverses fins : défense, sécurité nationale, prévention et détection du crime organisé.

Les initiatives dans la sphère du Renseignement se sont ainsi poursuivies de manière parallèle, dans une logique d’un Club restreint, réunissant les As mondiaux du Renseignement, essentiellement ceux des Etats-Unis d’Amérique, d’Israël, du Royaume-Uni, de la France ou encore de l’Espagne. A l’aune de la pandémie de Covid-19, le Renseignement s’est exigé, en tant qu’arme inéluctable de la Diplomatie de toutes Puissances, y compris celle du Royaume, dans l’objectif de préserver les intérêts souverains et de garantir une sécurité internationale optimale.

L’information et les analyses du Renseignement marocain, classé parmi les plus puissants mondialement, sont mises au service de la Diplomatie. Ces derniers mois, la diplomatie marocaine a mis à nu, des puissances européennes, grâce à un Renseignement percutant qui a su recueillir des informations stratégiques, en temps opportun, permettant ainsi au Royaume d’agir à la minute près et de défendre, en toute logique et avec preuves à l’appui, ses intérêts suprêmes et vitaux.

Lire aussi | Ali Lahbabi, cofondateur de Kalima : «Le travail n’est pas censé être une punition que l’on s’impose pour obtenir un salaire à la fin du mois»

En effet, « c’est à l’espion moderne que l’on fait appel pour remédier à une situation due aux déficiences des ministres, des diplomates et des généraux », comme disait l’éminent journaliste d’investigation gallois, Gordon Thomas, dans son ouvrage intitulé « Histoire des services secrets britanniques ». Chose qui constitue un atout considérable pour la politique étrangère de notre pays, à savoir celle de disposer d’un solide système de Renseignement.

Un Renseignement, soutenu par des partenaires privilégiés

Dans le cadre de la mise en œuvre de sa diplomatie préventive et de gestion de crises, le Royaume coopère, intensément, avec les pays et organisations partenaires, aux niveaux bilatéral et multilatéral, en matière d’échange d’informations, dans le domaine de la lutte contre toutes les formes de criminalité.

Les résultats de ces échanges ont permis au Maroc de jouir d’une forte reconnaissance internationale dans l’instauration de la paix et de la sécurité universelles, matérialisées, notamment, par l’avortement d’un bon nombre d’attentats terroristes dans différents foyers de tensions.

Une pareille distinction a été fort bénéfique pour la diplomatie marocaine, lui permettant de mettre de l’avant, la qualité du Renseignement au service de Nations étrangères et de positionner ainsi le Royaume, en tant que véritable puissance régionale à différents égards.

Implication du Renseignement dans les enceintes diplomatiques
Aujourd’hui, la coopération internationale s’étend à la participation active des Services de renseignement, aux organisations régionales et internationales, (ONU, ONUDC, UA, Interpol, etc.), aux côtés des diplomates, essentiellement, lorsqu’il s’agit de questions se rapportant au terrorisme, au radicalisme, à l’extrémisme religieux, à l’immigration clandestine, ou encore aux différents trafics, notamment, humains, d’armements et de drogue.

Ce qui permet de dépasser le stade d’une certaine forme de diplomatie oratoire, lui conférant des dimensions opérationnelle et technique. Sans oublier les nombreuses actions menées par le Renseignement, qui visent à influencer les situations politique, économique, culturelle et militaire d’un pays étranger, facilitant ainsi la tâche aux missions diplomatiques pour mieux négocier des contrats stratégiques futurs ou en cours.

Le Renseignement au service de la cyber-diplomatie
L’escalation du niveau des cyber-attaques, conjuguée avec une guerre mondiale de l’information, induit les Etats à réfléchir à une Diplomatie moderne, agile et innovante qui puiserait ses forces dans le Renseignement.

Pour l’exercice d’une cyber-diplomatie réussie, l’indispensable complémentarité entre action diplomatique et action des Services de renseignement s’impose, dans une logique de complémentarité et non d’exclusivité.

Une meilleure synergie au sein de la communauté du Renseignement largo sensu mais aussi des médias reste indispensable, pour fortifier davantage l’efficacité de la machine diplomatique.

Lire aussi | Comicom, l’importateur de Mahindra, débarque à Kénitra

Le Renseignement, appelé à intégrer la composante économique
Au XXIème siècle, les puissances, baignées dans une profonde guerre mondiale de l’information, instrumentalisent leurs diplomaties, pour renforcer, chacune pour sa part, ses forces, dans l’objectif d’améliorer leurs positionnements et rentabilités économiques, y compris industriels.

Dans le cadre des négociations commerciales internationales, de l’attrait des investisseurs étrangers ou encore de l’assistance aux entreprises nationales pour une conquête mondiale, le recours au Renseignement devient une arme incontournable, sinon vitale pour les Etats, à l’effet d’exercer une efficiente Diplomatie économique. C’est ainsi que l’on assiste à une évolution notoire des techniques de Renseignement pour couvrir, prioritairement et impérativement, la sphère économique.

Aussi, le Renseignement économique s’annonce comme instrument inévitable pour toute Diplomatie rayonnante, d’où l’intérêt d’un nécessaire réajustement du Renseignement dans sa conception traditionnelle, pour s’approprier de nouvelles prérogatives régaliennes, à l’exemple de l’Intelligence sécuritaire. Ceci étant, il est important de réfléchir à l’opportunité d’instituer, à l’avenir, une Académie nationale, voir même africaine, de Renseignement, à même de permettre à la Diplomatie et au Renseignement de mettre sur pied une coordination des plus efficientes.

Par Mehdi Hijaouy, expert en Securité, Sûreté, Renseignement et Intelligences économique et stratégique. Fondateur du Washington Strategic Intelligence Center, Mehdi Hijaouy est titulaire d’un Executive MBA en « Stratégie d’Influence, Négociation et Guerre Psychologique » – École de Guerre Économique (EGE), Paris et d’un Executive MBA en « Management des Risques, Sûreté Internationale et Cybersécurité » – EGE, Paris.

Tribune et Débats

La tribune qui vous parle d’une actu, d’un sujet qui fait débat, les traite et les analyse. Économistes et autres experts, patrons d’entreprises, décideurs, acteurs de la société civile, s’y prononcent et contribuent à sa grande richesse. Vous avez votre opinion, convergente ou différente. Exprimez-la et mesurez-vous ainsi à nos tribuns et débatteurs.

Envoyez vos analyses à : [email protected], en précisant votre nom, votre prénom et votre métier.

 
Article précédent

Formation du gouvernement. Aziz Akhannouch boucle aujourd'hui le premier round des consultations

Article suivant

UE. Les certificats Covid-19 délivrés par le Maroc désormais valides