Portrait

Inventeur, entrepreneur dans les e-cigarettes

A l’âge où l’on rêve d’entreprendre, ce jeune ingénieur s’est lancé dans l’entrepreunariat pour vivre de sa passion pour la cigarette électronique. Par  Noréddine El Abbassi


C’est un jeune homme qui a du «coeur», ce qui est presque un anachronisme dans le Maroc d’aujourd’hui. Il fait penser à un relent d’ un «geek» d’antan, la Chevalerie en plus. Il n’y a pas de doute, Anis Mansouri est le type de jeune homme, qui a un sens du style certain. Malgré son jeune âge, il préfère les costumes désassortis, et de fait, bien trop «habillé» pour la rue marocaine. En quelques mots, «tout est dit», et dès qu’on commence la discussion, très rapidement, après quelques minutes seulement, il est déjà «dans le bain».
Né en 1982 à Mohammedia, Anis est l’ainé des deux enfants d’un professeur universitaire et d’une avocate. C’était au moment où son père préparait encore sa thèse de doctorat. Sa mère, est l’avocate, qui, au barreau de Casablanca, se distingue par sa propension à défendre la veuve et l’orphelin. Dans cette famille d’intellectuels, le jeune   Anis ne se sent pas totalement «assorti» à ses parents. «C’était, certes, une famille de lettrés, mais moi, je préférais les sciences et l’informatique», analyse-t-il toujours «ancré» dans le bon sens. Ce bon sens, il le tient d’un épisode de rentrée de classe. Une fille l’impressionne, tant elle savait de choses, que sa mère lui rétorque alors: «vous avez les mêmes chances. Si tu veux être premier de la classe, cela ne dépend que de toi». Et il n’en faut pas plus pour qu’il devienne l’éternel «tête» de la classe. On imagine Anis en jeune enfant anémique, presque trop sage, mais qui, au sortir de l’enfance, est amené à  se remettre en question. Le jeune «geek», rêveur et «dans les nuages», se tourne vers les arts martiaux chinois et pratique le surf. Le changement est radical, et se traduit par plus de confiance en lui même. Peut-être trop, puisqu’il commence également à fumer. Dès lors,  dans la cour de l’école, le voilà  la personne la plus «cool».

Une filière d’élite

Anis est scolarisé dans le système privé. Comme beaucoup de «geek», il préfère l’informatique, et fait son apprentissage sur l’ordinateur que son père avait acquis pour la rédaction de sa thèse. L’occasion également de se faire initier au jeu d’échecs. «Mon père était un champion. Il m’a appris le jeu et un jour, j’ai fini par le battre. Depuis, il pouvait jouer à «pleine puissance», et cela m’a valu des défaites cuisantes», explique Anis dans un gloussement timide. Pendant les vacances, la famille, «modeste», précise Anis, voyage à travers le pays, à la découverte du Maroc profond, dans sa diversité et sa richesse. A la fin du collège, la transformation est complète. Il a appris le «social engineering» et «trône» dans sa classe comme «éternel premier». C’est à ce moment qu’il décide d’opter pour un lycée militaire. Il passe donc le concours, et intègre l’établissement de Marrakech. Là, il découvre qu’il est assez «rebelle», mais ses notes le protègent: «Dans un lycée d’élite, nous avions tous, au moins 15 de moyenne. C’était même la «norme». Mais du coup, on apprend à travailler différemment, avec plus d’efficacité, et  à développer des stratégies», dit-il. On l’imagine volontiers en jeune adolescent, aux chaussures poussiéreuses et à la cravate dénouée, signe de rébellion. Mais il passe de classe en classe sans problème, dans un environnement où l’école élague la moitié de la promotion d’année en année. Arrivé au bac, c’est la déconvenue: «je me rêvais pilote de chasse. Or à l’examen médical, on a découvert que j’avais une myopie de 0,5», explique-t-il, en remettant en place ses lunettes, sans réellement se désoler. Mais nul doute que l’abandon de la voie militaire ne manque pas de le désorienter. Mais il finit par sortir de ce système, et opte pour les classes préparatoires aux grandes écoles d’ingénieur.

Des finances à l’entrepreunariat

Lorsqu’on le voit arriver en classe, à Marrakech, Anis est un jeune homme athlétique, habillé en surfeur et entouré d’un nuage de nicotine. «On me surnommait le touriste. Ils pensaient que je venais faire un tour avant d’abandonner rapidement. Mais au premier examen, j’ai obtenu la meilleure note», expose-t-il dans un rire de bravade. Il passe donc  cette phase sans problème, et décroche l’école des Mines de Nancy, sans réellement d’efforts, juste en gardant le rythme adopté au Lycée Militaire. Mais arrivé en France, c’est une autre paire de manches. Il doit rapidement s’intégrer et se mettre à niveau. C’est comme un rêve qui s’évanouit, et le retour à une réalité abrupte. Il travaille pour s’intégrer alors que l’atmosphère du lendemain du 11 septembre est lourde. Dès l’année suivante, l’extrême droite  a la cote à Nancy. Ce n’est pas une période «idéale» pour un arabe d’être en France. Mais Anis fait face et tire le meilleur de la situation. Il voyage à travers l’Europe avec des camarades de classe et se forme en management dans une école de Commerce de la région.
Nous sommes en 2004, lorsqu’il monte à Paris. Après quelques problèmes pour obtenir son titre de séjour, Anis peut débuter dans la vie professionnelle. «Je suis «rentré dans le rang». J’ai commencé dans les logiciels d’aide à la prise de décision. J’y suis resté quatre années», explique-t-il. A partir de ce moment, la «route est tracée», et s’oriente vers la finance en 2008. Plus précisément, dans les logiciels de banques d’investissements pour   les opérations en bourse. En 2010, après son mariage avec une eurasienne, la vie devrait ressembler à un long fleuve tranquille. Vraiment? Un nouveau retour à la réalité du monde du travail, et de ses rapports «politiques» réveillent ses vieilles aptitudes de «social engeneering» et le sauvent d’une situation professionnelle compliquée. Mais à ce moment, il réalise qu’il a le désir d’entreprendre. Avec quelques amis, ils lancent les tests pour commercialiser une marque de e-cigarette. Ce qui, accessoirement l’amène à arrêter de fumer. L’entreprise démarre en 2014. Dans l’intervalle, Anis a conçu son propre modèle de e-cigarette, développé son entreprise sur le modèle du lean start-up et se bat sur tous les fronts. Mais là encore, c’est comme chevaucher une vague et comme il aime à le répéter: «tout s’apprend». n

Challengenews
Le meilleur de Challenge sélectionné par la rédaction :
 

Article précédent

«Je suis persuadé que cette libéralisation peut être bénéfique pour le consommateur»

Article suivant

Gestion déléguée : Les recommandations du Conseil Economique, Social et Environnemental