Entreprises & Marchés

Investissements touristiques : Là où le bât blesse

Leila Haddioui, présidente de l’ANIT.

L’heure est à la relance des investissements dans le secteur du tourisme. Cependant, le secteur bancaire semble de moins en moins apte à se laisser tenter une nouvelle fois, à cause du poids des créances douteuses en provenance du secteur touristique dans son bilan. par Roland Amoussou


Alors que les investissements dans le secteur stagnent depuis plusieurs années, l’Association nationale des investisseurs touristiques veut donner un coup de pouce. L’ANIT, présidée par Leila Haddioui, a présenté, mardi 16 juin à Casablanca, un diagnostic complet de la situation des investissements dans le secteur touristique. Deux études ont été dévoilées lors de cette rencontre qui a réuni les professionnels du secteur. La première étude fait la lumière sur la problématique du financement bancaire. Ainsi, on note qu’il y a eu au niveau du financement un excès d’optimisme concernant ces investissements, qui s’est aujourd’hui traduit par des engagements compromis. Il y a également eu un décalage entre les réalisations effectives et ce qui avait été annoncé au départ, que cela soit l’inachèvement des stations Azur, ou les rééquilibrages entre le balnéaire et le culturel qui étaient prévus et qui n’ont pas été réalisés, ou les outils de financement ou les incitations qui ont été prévus et qui, finalement, n’ont pas vu le jour. L’étude met en exergue aussi le lourd déficit en termes de pilotage et de coordination, avec le lancement simultané d’un certain nombre de grands projets, qui nécessitaient des besoins de financement importants.

Solutions

Tous ces facteurs ont engendré les réticences des banquiers. Le document montre aussi que le cadre règlementaire n’est pas adapté pour attirer des investissements étrangers, pouvant compléter l’offre du secteur bancaire national. Le manque de compétitivité des projets touristiques a ainsi entrainé le désengagement des investisseurs nationaux. Par exemple, une destination comme Marrakech, a eu une augmentation significative de sa capacité, alors que les arrivées n’ont pas vraiment augmenté, ce qui a pesé sur le taux d’occupation, et a remis en question la rentabilité des projets. Il faut dire que la situation est telle qu’aujourd’hui, le secteur du tourisme concentre un taux de créance en souffrance 2,5 fois plus important que les autres secteurs.
Selon l’étude, l’encours total des crédits accordés par les banques au  secteur touristique  représente un total de 18 milliards de DH, dont 40% représentent des créances en difficulté. Cela fait qu’aujourd’hui, il est devenu beaucoup plus difficile de financer un projet touristique. Quant à la seconde étude, elle met en relief la problématique des fonds propres dans le secteur du tourisme. Sur ce plan, soulignons que dans le pack des unités en exploitation dans le Royaume, 20 investisseurs historiques détiennent à peu près les 2/3 de la capacité en exploitation. Aussi, note-t-on que sur les cinq prochaines années, 3/4 de ces investisseurs vont ralentir leur développement ou vont se désengager. Niveau typologie, la majorité des actifs en exploitation est détenue par des organismes étatiques ou des fonds souverains à hauteur de 107%, les institutionnels ne représentent que 1% concernant la participation en direct. 77% des fonds sont marocains, le reste vient principalement de la région MENA(Afrique du Nord et Moyen-Orient). Selon cette étude, le ralentissement de l’ensemble des investisseurs s’explique par les difficultés rencontrées, notamment au niveau de la mise en œuvre des partenariats public/privé, l’accès au foncier etc.
Face à cette situation, les deux parties concernées (banquiers et professionnels du secteur touristique), estiment qu’il est primordial de rétablir la confiance et restructurer les projets qui connaissent des difficultés pour relancer les investissements dans le secteur. Pour rappel, 150 milliards de DH d’investissement sont prévus dans la Vision 2020, soit 15 milliards de DH par an. L’ANIT propose, entre autres solutions, de favoriser l’émergence d’investisseurs capables de financer le tourisme à long terme, et d’alléger le poids des créances en souffrance du secteur touristique dans le bilan des banques. L’association précise également, qu’il faudra renforcer la performance de la destination Maroc, notamment en mettant en place des mesures visant à accroître l’attractivité du secteur.

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