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Inwi fait souffrir Maroc Telecom

Maroc Telecom a eu du fil à retordre en 2012. Sa capacité bénéficiaire qui était de 9,5 milliards de dirhams en 2010 est retombée à 6,7 milliards de dirhams. Le groupe a de plus en plus de mal avec la concurrence au Maroc et ses marges s’en ressentent. Le plan social permet de réduire la masse salariale, mais il faut s’attendre à ce que les performances soit malmenées dans les années à venir.


C’est un Abdeslam Ahizoune hésitant, à la nervosité inhabituelle et au stress apparent qui a reçu la presse ce jeudi 19 février pour la présentation des résultats de son groupe. Et pour cause, pour la première fois de son histoire, le géant des télécoms a ressenti de plein fouet les effets de la concurrence sur ses performances financières. Cette année, on est très loin des 9,5 milliards de dirhams  de bénéfice qu’arborait encore Itissalat Al Maghrib, en 2009 et 2010. Le résultat net part du groupe n’est plus que de 6,7 milliards de dirhams, en baisse de près de  18% par rapport à 2011. C’est d’autant plus inquiétant que les filiales africaines ont fortement augmenté leur contribution du résultat du groupe. On constate là que l’activité au Maroc n’est plus ce qu’elle était,  à cause d’une concurrence on ne peut plus agressive. En effet, le chiffre d’affaires au Maroc a baissé de 7,3%, ce qui fait reculer les réalisations du groupe de 3% à 29,8  milliards de dirhams, au taux de change constant. Il faut dire que le groupe est sauvé par ses filiales africaines qui, contrairement à la maison mère, ont vu leurs revenus augmenter de 17%. «Nous avons fait baisser  nos prix de 34% en 2012, ce qui a contribué à la baisse de nos résultats en 2012». L’aveu d’Abdeslam Ahizoune n’était certainement pas facile, mais au moins c’est fait. C’est  à demi-mot, que le président de Maroc Télécom avoue pour la première fois que son entreprise commence à avoir du mal à maintenir sa rentabilité avec une concurrence  qui a bien affûté ses armes. 

Abdeslam Ahizoune et Fredéric Debord ou la passation prochaine de pouvoir entre Maroc Telecom et Inwi ?

Vains efforts

Pourtant, cette incroyable baisse des prix n’a pas permis à l’opérateur historique de débaucher les clients de la concurrence. Puisque, selon les statistiques de l’Agence nationale de régulation des télécoms,  Maroc Telecom a gagné quelque 730.000 clients, là où Inwi a gagné plus de 2,3 millions de clients. C’est d’ailleurs ce dernier venu qui cause beaucoup de tort à l’opérateur  historique qui est allé jusqu’à accuser le régulateur de favoriser Inwi, à cause de l’asymétrie des tarifs d’interconnexion qui étaient en vigueur jusqu’au 31 décembre 2012. Abdeslam Ahizoune  ne s’est jamais gêné de lancer des pics à l’ANRT lors de ses présentations de résultats aux journalistes et aux analystes. Dure est la réalité, mais c’est la réalité. De plus en  plus de nouveaux clients préfèrent aller vers la concurrence qui ne cesse d’améliorer ses services et d’innover. Inwi n’avait que 4,9 millions de clients en décembre 2010 contre 9,6 millions , soit  un peu moins de 5 millions de clients. Alors que Maroc Telecom qui avait un parc de 16,6 millions de clients en décembre 2010, en a gagné beaucoup moins en atteignant 17,8 millions en décembre 2012. Quoi qu’il en soit, en consentant une baisse aussi forte des prix pour contrer l’offensive d’Inwi, la fi liale de Vivendi a subi un net repli de son chiffre d’affaires au Maroc. Et ses marges  n’ont pas été épargnées. En effet, le résultat d’exploitation hors amortissements, le fameux EBITDA, de la maison-mère est passé de 14,6 milliards de dirhams à 13,4  milliards seulement, enregistrant un recul de près de 8%. 

La fin des années fastes mène au plan social 

Mais, la détérioration des marges s’est accentuée avec le plan social, motivé par la baisse des résultats qu’a occasionnée l’agressivité commerciale de Méditel et d’inwi. En effet, l’opérateur historique a  incité plus de 1400 salariés, soit près d’un employé sur 7, au départ volontaire afin de ramener sa rentabilité au niveau d’il y a trois ans. Il faut peut-être dire que la forte augmentation  de son chiffre d’affaires entre 2000 et 2007 avait poussé le management de  l’entreprise à l’ambition démesurée, de recruter à tour de bras et augmenter la taille de son personnel. Mais, le réveil a  été douloureux avec des opérateurs qui ont décidé de ne plus lui laisser de chasse gardée.

2013 comme en 2012

La question qui se pose, est de savoir si ce plan social permettra de ramener la rentabilité à 9,5 milliards de dirhams. Rien n’est moins sûr, puisque même si l’on élimine l’impact de ce plan de restructuration, le résultat  d’exploitation, l’EBITDA, passe quand même de 11,26 à 10,02 milliards de dirhams enregistrant un recul de 11% par rapport à 2011. C’est dire que de nouvelles baisses  des performances financières de l’opérateur ne sont pas exclues pour les années à venir, s’il est de nouveau entraîné dans une course à la conservation de ses parts de marché. L’un des responsables de Maroc Télécom, en l’occurrence Larbi Guédira,  directeur général Services du groupe, a affirmé aux analystes que l’objectif était de maintenir le taux de marge d’exploitation au même niveau qu’en 2012. Cela veut dire  que si le chiffre d’affaires chute comme cette année, les performances financières devraient reculer dans les mêmes proportions,  de sorte à garder les mêmes rapports. Quoi qu’il en soit, même si Maroc Telecom reste rentable, c’est incontestablement une valeur à surveiller. Puisque de toutes les grosses capitalisations de la place, c’est la seule dont les résultats ont été orientés à la  baisse de manière aussi forte au cours des trois dernières années. Pour le moment, la croissance des filiales africaines n’est  toujours pas suffisante pour atténuer la dégringolade du résultat. Il y a donc de quoi se montrer nerveux quand on est à la tête de ce groupe et surtout à quitter précipitamment la  conférence de presse, laissant le reste de son équipe pour répondre aux questions des organes radio et télé. ■

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