Interview

Jalil Bendane, président de l’Association des fabricants de cahiers marocains : «le Maroc n’est pas un dépotoir»

À l’heure où il est question de préférence nationale, beaucoup de producteurs locaux de cahiers se plaignent de l’importation massive et de la concurrence déloyale. Jalil Bendane, président de l’Association des fabricants de cahiers marocains, nous en parle.


Challenge : comment expliquez-vous cette situation ?

Jalil Bendane : la préférence nationale s’impose de fait vu la conjoncture actuelle, mais cela devait être le cas depuis longtemps. Mais bon, nous y sommes arrivés. Il faudra s’en réjouir mais pas trop, puisque beaucoup de sociétés ont dû arrêter leurs activités ou vivent des périodes difficiles. Concernant le cahier tunisien, il faut noter que le ministère du Commerce et de l’Industrie a fait un travail remarquable suite à la plainte que l’association marocaine des producteurs du cahier avait déposée. Nous tenons à le remercier encore une fois pour les efforts de ses équipes. Cela s’est soldé par l’instauration de droits de douane pour les cahiers en provenance de la Tunisie. Aujourd’hui, les importations ont reculé de 8500 tonnes il y a deux à trois ans à 6800 tonnes en 2020. Mais le tonnage reste cependant très élevé par rapport à notre marché malgré l’instauration des mesures de sauvegarde. Les importations tunisiennes représentent ainsi aujourd’hui plus du tiers du marché. Cela n’est pas normal. L’importation du cahier de ce pays est devenue une activité principale pour certains importateurs et complémentaire pour d’autres. Il leur est impossible d’arrêter du jour au lendemain. Les exportateurs non plus ne peuvent pas laisser tomber une présence très forte sur notre marché. Ils s’accrochent et tous les moyens sont bons pour préserver leur part de marché en jouant sur la qualité.

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Challenge : les producteurs locaux indexent les prix sur ceux des cahiers tunisiens. Comment expliquez-vous la compétitivité des cahiers tunisiens ?

J.B : malgré les mesures de sauvegarde, nous assistons à une importation importante pour ne pas dire massive du cahier tunisien. Il faut noter que le cahier importé est produit sur un papier journal et non passur un papier écriture, sachant que le papier journal est produit à base de déchets et de ce fait, il est nettement moins cher mais ne répond aucunement aux besoins de nos enfants. Malheureusement, certains revendeurs et consommateurs sont leurrés par le prix.

Challenge : à combien estimez-vous aujourd’hui la part de marché des producteurs locaux ?

J.B : le marché est estimé à 20.000 tonnes. Les producteurs nationaux ont largement la capacité de production pour répondre à cette demande. Nous avons une part de 66%, le reste est accaparé en grande majorité par le cahier tunisien.

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Challenge : selon vous, quelle est la solution pour protéger la production locale ? 

J.B : tout simplement via des normes strictes pour garantir la qualité et la sécurité à nos enfants, ainsi qu’une vigilance très sévère des services de douanes. Parce que le Maroc n’est pas un dépotoir, il est inconcevable qu’au 21ème siècle nous assistons à une déferlante de produits ne respectant aucune règle ni norme sur notre marché… Nous n’avons pas peur de la concurrence. Au contraire, c’est un facteur de motivation permettant notre amélioration, ainsi que notre remise en question en permanence. Tous les producteurs nationaux ont pu exporter et exportent toujours. Nos produits sont de qualité et nous avons le savoir-faire et la volonté de nous développer à l’international. Cela démontre que nous sommes capables de répondre à 100% au besoin du marché local si la concurrence est saine, ce qui n’était pas le cas et n’est toujours pas le cas avec le cahier tunisien.

 
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