Portrait

Jihane Lahbabi-Berrada, DG de EFE-Maroc : Un engagement social à toute épreuve

Très engagée, Jihane Lahbabi-Berrada se mobilise, sans compter, dans le domaine du social. Des Etats-Unis en passant par la France jusqu’au Maroc, elle ne rate aucune occasion de donner d’elle-même pour faire avancer la cause sociale. Nommée DG de la fondation EFE-Maroc depuis janvier 2018, son ambition est de tout mettre en œuvre notamment pour combattre le chômage des jeunes et des femmes au Maroc. 


A seulement 28 ans, Jihane Lahbabi-Berrada a déjà bâti une carrière professionnelle bien touffue en expériences. Directrice générale de la Fondation Marocaine de l’Éducation pour l’Emploi (EFE-Maroc) depuis janvier 2018, elle œuvre notamment pour l’amélioration de l’employabilité des jeunes et l’éducation au Maroc. Cette fondation est affiliée au réseau Education For Employment (EFE) opérant en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. EFE-Maroc a d’ailleurs célébré ses 10 ans d’existence au Maroc en février dernier. L’occasion pour le top management de dresser le bilan du chemin parcouru et aussi de dévoiler ses nouvelles orientations.

Ainsi, en l’espace d’une décennie, la fondation a réussi la formation et l’insertion dans le marché de l’emploi de pas moins de 50.000 lauréats, dont 52% de femmes. Rien qu’en 2018, elle a formé 12.000 lauréats dans les différentes régions du Royaume. La preuve que Jihane Lahbabi-Berrada a du grain à moudre quant à la poursuite des nouvelles orientations en vue de répondre aux besoins de la jeunesse marocaine. Un défi que la jeune manager embrasse bien d’ailleurs. « Nous croyons que le talent est universel, mais que les chances de réussir ne le sont pas. Notre mission consiste à offrir aux chercheurs d’emploi les compétences et les opportunités nécessaires pour une insertion réussie sur le marché du travail. Nous ciblons les primo-demandeurs d’emploi dont l’inexpérience professionnelle affecte négativement leur employabilité. Nous les formons aux compétences demandées par les recruteurs (qu’elles soient techniques, comportementales ou linguistiques) et nous les insérons dans des postes d’emploi auprès de notre réseau de 350 entreprises partenaires », explique-t-elle.

Accompagner les chercheurs d’emploi

Force est de souligner que 82% des lauréats des programmes Formation-Insertion de la fondation ont été insérés dans des postes d’emploi avec un taux de rétention atteignant 92% sur l’année 2018. La fondation dispose d’un réseau de plus de 500 formateurs vacataires qui lui permet d’intervenir sur tout le territoire national. Avec les moyens du bord, EFE-Maroc entend relever les défis du chômage au Maroc. «Le chômage des jeunes et des femmes est un défi structurel qui requiert la coordination d’un écosystème d’acteurs institutionnels, privés et de la société civile. D’ici là, nous continuerons d’accompagner diverses populations en recherche d’emploi et de les former à des métiers valorisants et offrant des perspectives d’évolution», confie Jihane Lahbabi-Berrada.

Avec son parcours universitaire et professionnel, il va sans dire que Jihane Lahbabi-Berrada est bien taillée pour ce poste. En effet, après son BAC en 2009 en section économique et sociale au lycée Lyautey, elle rejoint Sciences Po et a intégré son campus ibéro-américain à Poitiers durant deux ans, de 2009 à 2011. «J’ai ensuite effectué un échange universitaire à la Warwick Business School au Royaume-Uni (2011-2012). Cette année a été déterminante dans mon orientation, une vraie révélation. L’université était partenaire du jailbreak, une initiative nationale visant à libérer les étudiants des campus universitaires et les laisser parcourir la plus longue distance en 36 heures sans dépenser un centime. Chaque kilomètre parcouru permettait de lever des fonds pour une association. Une sorte de Dakar-Fès Express pour la bonne cause. Nous n’étions pas allés bien loin, en tout cas pas aussi loin que l’équipe gagnante qui avait fini à Bangkok, mais les montants astronomiques levés lors de cette édition m’ont permis de réaliser l’ampleur et l’impact de la philanthropie. Le volume horaire réduit de cette année d’échange m’a également permis de dégager du temps pour être bénévole au sein de nombreuses associations. Mes études m’ont paru plus plaisantes en ayant une perspective claire en tête », détaille-t-elle.

Riche parcours professionnel

Voilà donc qui forge sa fibre pour l’engagement social. Elle obtient fin 2012 sa licence et opte pour un master en finance et stratégie au campus parisien de Sciences Po. Et ce n’était pas un choix fortuit. Elle décroche son Master en 2015. Quelques années plus tard, Jihane Lahbabi-Berrada a décidé de reprendre ses études dans le domaine de la philanthropie et de l’innovation sociale à l’Université de Californie à Berkeley où elle a obtenu un certificat en Social Sector Leadership. «Ma toute première expérience professionnelle était un stage ouvrier imposé par Sciences Po à tous ses étudiants en première année afin d’acquérir une expérience de terrain et de garder les pieds sur terre une fois lancés dans nos carrières. C’était en 2010. J’étais standardiste dans une agence de communication. Cette expérience m’a appris la serviabilité et la débrouillardise », raconte-t-elle au sujet de ses débuts en termes d’expériences professionnelles.

En 2011, elle décroche un autre stage au sein de Injaz Al Maghrib, qui constitue sa première expérience associative dans son pays. « Lors de mes études de Master, j’étais engagée auprès de plusieurs associations, dont Pro Bono Lab (une association qui en aide d’autres à se structurer par le mécénat de compétences) et la Fondation Tocqueville. En 2013, j’ai pris une césure et mis de côté les équations financières pour me concentrer sur mon projet professionnel. Mes études me semblaient encore théoriques et loin de mes centres d’intérêt. J’ai alors intégré la Fondation Clinton à New York où j’ai travaillé sur des programmes socio-économiques dans des villes américaines sévèrement frappées par la crise financière », poursuit-elle.

Installée à New York, on lui propose un poste à San Francisco au sein du Groupe SOS qui s’implantait en Californie pour développer des programmes d’insertion par l’activité économique pour des populations marginalisées (mères célibataires, parents adolescents, personnes en situation de handicap, vétérans, personnes au passé carcéral, etc.). Elle quitte alors New York pour la Californie. Elle était même la première recrue de SOS pour ce projet. « A ma grande surprise, je réalisais qu’une région aussi prospère que la Silicon Valley était le refuge de nombreux SDF et qu’aucun lieu n’est donc épargné par les inégalités et l’injustice sociale. Rentrée à Paris, j’ai terminé mes études et décroché mon master. Je suis aussitôt repartie à San Francisco, où j’avais rencontré l’homme qui deviendra mon mari quelques années plus tard, et j’ai intégré de nouveau le Groupe SOS pour poursuivre nos programmes d’insertion socio-professionnelle. Au printemps 2017, mon mari et moi avons décidé de nous installer au Maroc, c’est à ce moment que j’ai rejoint la Fondation Marocaine de l’Éducation pour l’Emploi (EFE-Maroc) », détaille Jihane Lahbabi-Berrada.

Soulignons qu’elle occupait le poste de Head of Development du groupe SOS aux Etats-Unis de 2014 à 2017, avant de rejoindre EFE-Maroc en tant que Directeur of Partnership and Communications. Pour rappel, Jihane Lahbabi-Berrada est née à Casablanca le 25 octobre 1991 d’un père marocain et d’une mère française, et est la cadette d’une famille de trois enfants. 

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