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Khalid Qalam : «le Maroc doit accueillir une «Gigafactory» de batteries pour véhicules électriques»

Électrification de leurs gammes de véhicules, investissements faramineux dans de nouvelles infrastructures technologiques, les constructeurs automobiles poursuivent leur transition énergétique. Une nouvelle donne dont pourrait tirer profit le Maroc sur le plan industriel. Justement Khalid Qalam, Expert et Consultant Senior indépendant dans le secteur de l’Automobile et de la Mobilité, nous livre à travers cet entretien sa réflexion quant aux potentialités dont recèle le Royaume pour pérenniser, sinon accroître, son industrie automobile.


Challenge : Où en est à ce jour, le Maroc par rapport à sa propre transition énergétique, notamment sur le plan automobile ?    

Khalid Qalam : Il s’agit en effet d’un défi important pour le Maroc. La transition énergétique est complexe dans sa mise en œuvre technique et nécessite des investissements majeurs qui se chiffrent en milliard de US$, principalement en infrastructures diverses. En l’absence de ces dernières dans le Royaume, s’ajoutent à la fois un vide règlementaire et une politique volontariste en matière de réduction des émissions de CO2. Rappelons que pour tous les nouveaux véhicules, l’UE est passée depuis 2020 à une règlementation contraignante de 95gr de CO2/km² et de 40gr de C O2/km² en 2025. Ce qui revient à dire qu’à cette date, près de 70% des véhicules neufs produits par les constructeurs automobiles en Europe seront électriques ou hybrides rechargeables.

Or, tout retard pris par le Maroc posera une réelle difficulté pour la libre circulation des véhicules provenant d’Europe vers le Royaume. En réalité, la transition énergétique de la mobilité carbone neutre est une opportunité qui permettra au Royaume de s’inscrire dans le Plan de Développement Economique et Social récemment présenté à Sa Majesté. De quoi  générer des investissements pharaoniques en plus de nombreux emplois à la fois dans l’industrie et dans les services associés par l’implémentation de cette nouvelle mobilité.

Challenge : Outre la venue de nouveaux opérateurs automobiles et d’un écosystème y afférant, quels pourraient être les autres secteurs économiques porteurs pouvant être investis par le Royaume s’agissant du véhicule électrique ? 

Le Maroc est rentré dans le Top 20 des pays constructeurs automobiles au niveau mondial. Il a aussi une industrie variée en termes d’équipement automobile avec un grand nombre de «Global Players» déjà installé. Pour permettre de consolider et de pérenniser le secteur de l’industrie automobile dans la durée, nous devrons nécessairement à terme, accueillir une «Gigafactory» de batteries pour véhicules électriques. Il s’agit du cœur du véhicule électrique, et cela représente plus de 45% de sa valeur ajoutée. Le Maroc a tous les atouts pour pouvoir accueillir ce type d’industrie. En sus des avantages fiscaux qu’ils offrent, de sa proximité avec l’UE, ainsi qu’une main-d’œuvre compétitive, le pays a sous son sol les principaux matériaux actifs nécessaires à la production d’une batterie de véhicule électrique, tels que le cobalt, le phosphate, le manganèse, le nickel et autres matières premières.

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Je suis confiant que dans un délai raisonnable, nous devrions être en mesure d’attirer un des acteurs majeurs dans ce secteur de la production de batterie de véhicule électrique et construire un écosystème incluant la production d’une batterie «Made in Morocco» avec une intégration locale de l’ensemble de ces composants (cellules, cathodes, anodes, électroniques, séparateurs…). Cet objectif, s’il est atteint, permettra de pérenniser sur plusieurs décennies l’industrie automobile au Maroc et les investissements sectoriels colossaux réalisés depuis plusieurs années par les opérateurs industriels, en plus d’attirer un 3ème voire un 4ème constructeur automobile sur notre territoire et d’atteindre l’objectif d’un million de véhicules annuel produits localement. Ce qui nous ferait entrer dans le Top 10 mondial en termes de production de véhicules neufs. 

Challenge : Plusieurs ingénieurs du Royaume sont parvenus à développer des innovations de qualité en matière de bornes ou d’ombrières de recharge pour véhicules électriques. Autant de projets industriels phares qui pourraient offrir de nombreux débouchés professionnels à la jeunesse marocaine. Comment faudrait-il les accompagner ?   

Le Maroc regorge d’une jeunesse compétente, innovante et pleine de bonne volonté. Néanmoins, toute cette énergie doit être canalisée et soutenue dans le temps par des mesures de soutien diverses qui permettent à ces jeunes de faire aboutir leurs projets de manière concrète. En ce sens, des initiatives très intéressantes ont été prises par des Fonds d’investissement privés au Maroc pour soutenir ce type d’initiative, je pense en particulier à CDG Invest. Le risque se situe au niveau de la concrétisation du projet industriel.

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C’est une chose d’innover, mais de rendre le projet industriellement et financièrement viable est beaucoup plus difficile. Construire des bornes de recharge à grande échelle industrielle en termes de volume nécessite une expertise et des moyens financiers considérables, sans parler des aspects relatifs à la fiabilité, à la validation et à l’homologation de ces équipements. Il y a une différence notoire entre la phase de recherche et développement et celle de l’industrialisation. Je pense utile qu’il y ait une réflexion entre les secteurs public et privé, afin de mettre en œuvre des infrastructures «Made in Morocco» qui permettent de soutenir et garder les meilleurs talents au Maroc et de faire aboutir de manière concrète les récentes innovations en matière d’infrastructure de recharge pour véhicule électrique.

 
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