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Khashoggi : l’instrumentalisation d’un crime

La mort certaine du journaliste Saoudien Jamal Khashoggi continue à occuper les écrans depuis près de deux semaines. Ce crime odieux, barbare, ne peut susciter que la réprobation. Mais il ne faut pas se voiler la face, dans les réactions des chancelleries, il y a beaucoup d’hypocrisie. 


Le Washington-post en fait son combat, parce qu’il s’agit de l’un de ses collaborateurs. Les médias américains lui emboîtent le pas, parce qu’il s’agit d’un de leurs confrères. Mais que dire de la réaction de Trump ?

Le président américain a balayé du revers de la main la possibilité d’un arrêt des livraisons d’armes en considérant que cela consisterait à sanctionner l’Amérique. Il a été le premier à évoquer « un acte de salauds hors de contrôle », pour dédouaner le régime saoudien. Pompéo est allé à Ryad pour pousser vers cette thèse et soutirer quelques contrats.

Les trois pays européens qui ont le plus d’intérêts économiques avec l’Arabie saoudite : l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France, ont publié un communiqué sur leur inquiétude et puis plus rien.

C’est un vrai bal des hypocrites et il ne faut pas en être dupe. De la même manière qu’ils ont applaudi l’ouverture démocratique parce que les femmes ont été autorisées à conduire, ils appuieront la thèse des lampistes incontrôlés. Il est évident que les intérêts commerciaux l’emportent et l’emporteront toujours face aux professions de foi sur les valeurs universelles.

Il y a un vrai durcissement du régime saoudien, avec la répression contre des intellectuels de tous bords. Cela cache probablement des luttes internes qui n’ont pu qu’être exacerbées par l’épisode de l’emprisonnement des plus grosses fortunes du pays, finalement délestées de milliards de dollars.

La démocratisation d’un régime pareil ne se décrète pas de l’étranger. Cela ne pourrait se faire que de l’intérieur et probablement dans une progressivité au rythme lent, car les résistances sont fortes dans une société dominée par un carcan de traditions.

L’occident au lieu de jouer les vierges effarouchées, peut utilement aider aux changements. Non pas par les discours mais en arrêtant d’alimenter les tensions et les guerres. La Libye et la Syrie ont été totalement détruites parce que l’occident a déversé des armes sur des oppositions, avant de « découvrir » que ces oppositions étaient très éloignées de l’idéal démocratique.

Nous, peuples de la sphère dite arabo-musulmane, devons sortir de cette illusion que les hypothétiques pressions occidentales nous mèneront vers la démocratie. Ce sont des discours à l’usage de leurs propres opinions publiques, point à la ligne.

Le respect des droits humains est un combat de tous les jours. Il est lié à la reconnaissance de l’individu. La démocratisation d’un système politique est liée à cet aspect de la modernité qu’est l’émergence de l’individu. Dans les sociétés archaïques des pays du Golfe c’est toujours le grégaire, le clan, la tribu qui l’emporte.

L’existence de quelques blogueurs occidentalisés n’est en rien un signe de changement. C’est au plus le signe d’une revendication marginale au sein d’une société bloquée.

L’assassinat d’un journaliste à l’intérieur du consulat de son pays est une horreur innommable. Mais le hallali des faux-culs occidentaux ne doit pas nous bercer dans les illusions. Les avancées démocratiques sont toujours le résultat des luttes populaires, parfois ceux de la clairvoyance des dirigeants, jamais de la pression occidentale.

 
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