Tribune

La cartographie de la misère

La Fondation Mohammed V a entamé sa campagne d’aide aux familles nécessiteuses pour le Ramadan, dès le premier  jour du mois sacré. Six cents familles sont concernées. Plus des deux tiers sont domiciliées dans les campagnes.


Quand on sait que cette fondation se base sur des éléments objectifs, des chiffres officiels, cela nous donne une idée de la cartographie de la misère. Les citadins ne sont pas les plus mal lotis. Notre paysannerie est usée jusqu’à l’os. Cela justifie pleinement l’exode rural, le taux d’urbanisation ahurissant. Ahurissant, parce qu’il ne correspond pas à l’évolution de l’activité économique. Le résultat c’est la dramatique ruralisation  des villes, celles-ci étant incapables d’accueillir les néo-arrivants, de leur assurer un logement digne, une activité rétributrice, l’accès aux soins, sans parler des loisirs, de la culture ou du sport.

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Ce drame marocain doit s’imposer dans le débat public. Il faut combattre la misère  là où elle est, parce qu’il s’agit de sauvegarder la dignité humaine. Mais la situation dans nos campagnes est tragique, parce qu’elle est systémique. Arrêtons de nous gausser de mots, de plans, si beaux sur les écrans, mais très éloignés des préoccupations immédiates des paysans miséreux. Nous sommes un pays semi-aride, nous n’avons pas réussi à stopper l’émiettement des surfaces, ni à introduire des spéculations plus rémunératrices auprès des très petits agriculteurs.

Nous avons échoué, parce que ceux qui décident ne connaissent pas la culture paysanne. Celui qui a un tout petit lopin de terre, refusera de devenir un ouvrier agricole chez un latifundiaire, parce qu’il considère que c’est un déclassement social. Lisez « Les raisins de la colère », vieux de 80 ans et vous verrez que beaucoup de sociétés ont vécu cet écueil culturel lié à l’attachement à la terre.

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Cette révolution culturelle est essentielle et urgentissime. Le Roi a tracé l’objectif de la création d’une classe moyenne paysanne par le développement d’activités non agricoles. C’est un objectif ambitieux qui nécessite des moyens. Nous avons fermé les centres d’information, l’Etat n’a plus que les chambres agricoles, politisées à l’extrême, pour parler à la ruralité. C’est très insuffisant pour combattre la misère.

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