Interview

« La fermeture de Bab Sebta a des répercussions très positives pour toutes les entreprises de l’Oriental »

Pour les industriels et les importateurs, les mesures imposées par la Douane pour lutter contre la contrebande constituent une bonne nouvelle. Noureddine Bachiri, le président de la CGEM-Oriental analyse les premières répercussions de telles dispositions sur les entreprises.


Challenge : Comment la CGEM, notamment la CGEM-Région Oriental a-t-elle accueilli les mesures imposées par les services de la Douane marocaine pour lutter contre la contrebande ?

Noureddine Bachiri : Je salue tout d’abord le courage du Directeur général des Douanes, M. Nabyl Lakhdar avec qui nous avons eu auparavant des réunions de travail concernant la contrebande qui sévissait dans notre région à partir de l’enclave de Mellilia. Par la même occasion, je remercie tout le gouvernement marocain d’avoir appuyé et pris cette décision irrévocable, à savoir la fermeture du passage de Mellilia. Bien évidemment nous avons accueilli cette décision avec satisfaction, d’autant plus que plusieurs entreprises étaient impactées par ce fléau, dont la mienne qui opère dans le domaine des épices. Notre secteur a beaucoup souffert de ce type de commerce pendant plus de 50 ans et malgré tout, nous sommes restés dans cette région par amour pour notre pays. Nous avons toujours été optimistes dans le sens où nous avons toujours résisté aux aléas dans cette région, dont la fermeture des frontières avec notre voisin algérien. L’Oriental renaitra de ses cendres.

Vous connaissez donc bien le secteur des épices. Selon l’Association marocaine des importateurs d’épices, de céréales et de légumineuses (AMIECL), plus de 50% des épices sont introduits sur le marché local par des entreprises informelles d’importation implantées dans les villes de Sebta, Mellilia et Nador. Est-ce à dire que ce secteur est le plus grand gagnant des mesures imposées par les services de la Douane marocaine pour lutter contre la contrebande ?

Effectivement, mon groupe opère dans le domaine des épices depuis 1930 et je représente la troisième génération dans ce secteur. Je dirai plutôt que 70 % des épices entraient en contrebande, sans contrôle phytosanitaire, sans traçabilité et parfois même sous forme de mélanges frauduleux concoctés à Mellilia pour abaisser le prix de certaines épices moulues. J’observais tout cela avec tristesse, car le consommateur marocain ne méritait pas de manger de telles épices. Il faut dire que nous ne pouvions pas lutter contre ces sociétés informelles, car nous payons à l’époque plus de 80 % de droits et taxes. La lutte était inégale et le comble était que ces épices étaient commercialisées même dans certains supermarchés sans traçabilité. Les entreprises structurées comme la mienne ont beaucoup souffert de ce fléau et n’ont survécu que grâce à leur courage et à leur ténacité. Par la grâce de Dieu, nous assistons à la fin de ce commerce illégal.

Globalement, est-ce que les entreprises de votre région ont commencé à sentir les répercussions positives du dispositif anti-contrebande à Bab Sebta sur leurs carnets de commandes ?

Il est évident que la fermeture de cette frontière a et aura des répercussions très positives pour toutes les entreprises de notre région. Nous assistons à la création de nouvelles sociétés d’importation et qui recrutent du personnel. Il était inconcevable qu’avec tout ce que S.M le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, a insufflé comme sang neuf en priorisant des investissements de taille à travers la création de zones industrielles que la contrebande puisse continuer à exister. Je tiens à préciser que plus de 150 milliards de DH ont été investis ces dernières années dans la région de l’Oriental et que la contrebande entravait ces investissements. Je dirai qu’un Maroc Oriental nouveau est né.

Aujourd’hui, quelles sont les filières qui vont profiter de ce dispositif anti-contrebande ?

Il est indéniable que tous les secteurs d’activité profiteront de la fin de fin de cette contrebande. Je peux vous citer les secteurs de l’agroalimentaire, de  la menuiserie industrielle,  des peintures, de la quincaillerie, et du bois…

Faut-il s’attendre à ce que d’autres entreprises du pays étendent leurs activités dans le Nord ?

Cela va de soi que nous invitons toutes les entreprises marocaines à s’installer dans notre région. A ce titre, le Conseil de la région de l’Oriental offre toute une série de subventions aux nouvelles entreprises qui investiront dans notre région. Pour cela, j’encourage les entreprises intéressées à se rapprocher de la CGEM-Oriental afin que nous puissions les aider.

Avec ce dispositif anti-contrebande, beaucoup de familles ont été impactées. Que prévoit la CGEM pour aider les pouvoirs publics à trouver une solution de substitution ?

Il est vrai que les familles qui s’adonnaient à la contrebande ont perdu leurs emplois. Mais, nous assistons aussi à deux phénomènes : certaines personnes ont créé de petits commerces et d’autres sont à la recherche d’emplois. Ainsi, nous sommes très sensibles à cela. C’est pourquoi, les entreprises membres de la CGEM-Oriental sont disposées à recruter les personnes qui répondraient à leurs besoins. Comme disait un ami membre de la CGEM-Oriental, aujourd’hui ce sont aussi bien les acteurs économiques que ceux qui étaient actifs dans le secteur de la contrebande, qui ont enfin gagné leur dignité.

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