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La fête de l’entrepreneur à Marrakech : Happy days

Abdelilah Benkirane, Chef du gouvernement., Joe Biden, vice-président des Etats-Unis

Pendant trois jours, on a eu droit à une rencontre grandiose digne des primaires américaines. L’anglais était l’outil des communications prononcées par les «speakers » et rares ont été les moments où Molière a pu s’exprimer à travers des intervenants. Les badges s’arboraient sur les poitrines et faisaient distinguer les catégories de participants. par Driss Al Andaloussi


La sécurité était américainement assurée et notamment lors de l’ouverture du sommet, le deuxième jour. La dernière autorisation d’accès à l’espace était du ressort des sécuritaires américains avec un badge sur lequel est écrit « white house ». « Ok sir You Can » vous disent dans un anglais américain, ce costal tenant dans leurs mains les détecteurs de métaux. Certains participants n’ont pas caché leur étonnement devant cette intrusion d’agents relevant d’un Etat étranger, alors que nos services étaient au complet et faisaient leur travail d’une façon professionnelle et respectueuse. L’essentiel est que les 6800 participants de 95 pays, dont 600 étudiants et 35% de femmes (source communiqué du ministère des Affaires étrangères et de la communication) ont pu parler, écouter et applaudir les moments forts du «5th Global Entrepreneurship Summet» (GES). Beaucoup de discours et d’interventions courtes et quelques moments de débats. L’essentiel aussi est que la rencontre «s’inscrit dans la continuité des objectifs définis dans le cadre du dialogue stratégique conclu entre le Maroc et les Etats Unis ». La rencontre entre SM le Roi et le Président américain en novembre 2013 a mis en relief la nécessité de renforcement des liens entre les deux pays.

Le message royal au sommet: «On ne nait pas entrepreneur; on le devient»

Souriant et détendu, le Chef du gouvernement a lu le message royal. Marrakech, cette ville millénaire accueille cette manifestation en tant que lieu ayant donné à la création un sens noble et ayant assuré une transmission de l’innovation « aux mondes subsaharien, arabe, musulman et enfin européen » La fierté du Maroc est grande en tant que premier pays du continent à accueillir les entrepreneurs du monde. L’entreprenariat, selon le message royal, est possible par l’engagement sur la voie du succès par «l’effort, l’apprentissage et la maitrise de la difficulté». Les nouvelles technologies de l’information sont une fenêtre sur le monde et la connaissance partagée est un « ascenseur social à l’échelle mondiale». L’acte d’entreprendre dépend des cultures et ne peut être uniforme dans son essence. Chaque pays et chaque culture génèrent les valeurs qui poussent à la création. Celle-ci a marqué ces dernières décennies en matière technologique et a pu aussi donner lieu à des perversités. Seule la canalisation positive des efforts et des rôles plus larges de la société civile pourraient limiter la promotion des «idéologies déviantes». La jeunesse et la femme doivent être encouragées pour libérer les potentiels d’innovation et de création. «Notre religion ne réprouve pas le profit». C’est un message d’espoir en ces temps de profond désespoir d’une partie de la jeunesse en Afrique et dans le monde. L’Islam encourage « l’esprit d’initiative, l’épanouissement personnel et la promotion par le mérite ».

L’anniversaire de J.Biden fêté par les entrepreneurs : quel don de communication !

Le grand chapiteau a vibré sous les applaudissements de beaucoup de participants lors de l’invitation du vice-président américain à prendre la parole. Souriant et dégageant une énergie de jeune premier, cet homme qui vient de souffler ses 72 bougies et pour lequel un «happy birthay» a été chanté, a tenu à faire passer beaucoup de messages, américains, bien sûr. Et pour gagner le cœur des Marocains, J. Biden a tenu à exprimer combien le Maroc est présent dans le cœur des américains. C’est le premier pays à avoir reconnu les USA. Tous les Marocains ont déjà entendu cette information et ça fait toujours plaisir de l’entendre de la bouche d’un très haut responsable américain. 237 ans de relations sont un record en matière de relations bilatérales et c’est pourquoi le vice-président a tenu à dire «je suis venu pour vous dire thank you».
L’inquiétude gagne le rang des jeunes et pour eux le travail n’est pas qu’une question de revenu, mais surtout une question de dignité. Les jeunes sont de plus en plus présents dans la pyramide des âges au niveau mondial et demandent que les accès soient ouverts à l’éducation, au travail, à la vie décente et à moins de corruption. Faire changer les choses est possible aujourd’hui plus qu’hier. Le cerveau humain sera diffèrent dans 25 ans, car la technologie transforme beaucoup de rêves en réalités. Les systèmes éducatifs doivent s’ouvrir et avoir comme plateforme universelle la formation à l’esprit critique et au scepticisme à l’égard de l’orthodoxie. Aller vers un système qui donne la possibilité pour la réussite et pour l’échec. Les clés du succès pour J.Biden sont un système où les juges ne sont pas corrompus et où le fait de faire faillite ne conduit pas en prison. Donner le pouvoir aux femmes parce qu’elles «tiennent la moitié du ciel et la moitié de la matière grise» selon un proverbe chinois». (Les applaudissements des femmes présentes ont créé une ambiance de fête lors de ce passage du discours). La protection de la propriété intellectuelle et la lutte contre la corruption ont été mises en relief en tant que facteurs garantissant le succès des entrepreneurs et l’éclosion des talents. Les USA accueillent les talents qui veulent s’exprimer, mais préfèrent les voir s’exprimer chez eux lorsque des conditions meilleures le permettent. Les ressources les plus importantes ne sont pas dans le sous-sol mais dans les cerveaux qui ne sont pas encore bien exploités. Le vice-président a parlé de la coopération avec le Maroc dans un langage connu et normal. Le Millennium Challenge Corporation (MCC) est cité comme modèle, mais sa deuxième phase très attendue s’est réduite dans la bouche de ce haut responsable à une rallonge de 50 millions de dollars à affecter aux projets qui toucheront les jeunes.
Beau discours qui dresse un tableau où les maux du monde ne sont pas dans les déséquilibres voulus, dans le manque de l’accès libre au commerce et à la technologie, à la justice au niveau international, à la dignité dans la défense des causes justes des peuples, à la raideur devant les défis liés à l’environnement, aux retombées des crises financières et économiques fabriquées au Nord à cause de la déréglementation et subies par les pays en développement, et à la maitrise de l’information dans le monde à travers le contrôle permanent des mouvements des hommes , des capitaux et même des vies privées dans le monde. C’est vrai que les entrepreneurs sont des créateurs de richesses, mais traitons-les avec impartialité partout dans le monde et ouvrons devant eux la porte de la vraie liberté.

La femme et l’entreprise

La femme force toujours l’ouverture du monde des affaires. Elle a réalisé des acquis, mais elle est toujours à des décennies derrière le masculin spécialisé dans l’accaparement des opportunités en matière de business. La femme a certes investi des lieux stratégiques dans la décision économique et politique, mais sa participation demeure mineure devant l’homme entrepreneur. Les participantes ont souligné, lors du premier jour du sommet, le cantonnement de la plupart des femmes dans le secteur informel ou dans celui des très petites entreprises (TPE). Le Maroc a été représenté lors de cette première journée par la conseillère de SM le Roi Zoulikha Nasri et par la présidente de la CGEM Meriem Bensalah. Les responsables américaines ont été représentées par la secrétaire au commerce et la PDG du MCC. Les efforts à faire sont toujours grands dans ce domaine pour lever les obstacles structurels qui freinent l’avancée des femmes dans le domaine des affaires.
Les sujets traités ont mobilisé plusieurs intervenants qui ont témoigné ou apporter des éclairages sur des projets. Le déroulement des séances s’est parfois fait dans une course contre la montre et peu de temps a été laissé aux participants pour soulever des questions liées surtout aux obstacles financiers devant les projets innovants. L’Europe était le grand absent de ce sommet. Les rares participants ont souvent été des responsables de sociétés américaines ou travaillant dans le continent africain.

 
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