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La malchance, l’arrogance et l’incompétence


 

Il a pu paraître facile à nos responsables fédéraux de faire des sauts de cabri, en optant une fois pour un coach étranger et revenir ensuite au choix d’un cadre national. Ce jeu de saute-mouton, provoqué par les résultats ne tient pas compte du côté aléatoire des scores, et donc de la part de chance qui, parfois, intervient dans un match, mais il démontre surtout une certaine incompétence dans la gestion du football.

 

Le panneau des limogés
Dès son arrivée à la tête de la FRMF en Août 2009, Ali Fassi Fihri a eu à gérer un dossier épineux, celui du renvoi de l’entraîneur de l’équipe nationale, Roger Lemerre. Limogé en plein milieu des éliminatoires de la Coupe du Monde 2010, et alors que l’équipe du Maroc n’était pas mathématiquement éliminée, Roger Lemerre était en droit d’attendre de grosses indemnités pour rupture de contrat. De l’avis général, le très posé Ali Fassi Fihri s’en sortit au mieux de ces redoutables négociations car le chèque de 400.000 euros qu’encaissa Lemerre n’atteignait que le tiers de la somme que pouvait exiger le coach français.
Ainsi, dès sa prise de fonctions, le président de la FRMF faisait connaissance avec l’un des aspects essentiels de ses responsabilités, à savoir la négociation des indemnités des entraîneurs limogés. En effet, notre fédé est en train d’instituer une longue tradition dans le domaine. Si les grandes fédérations sportives dans le monde ont ce qui s’appelle le « Hall Of Fame », un grand pan de mur où sont affichés les portraits des stars de la discipline, notre chère FRMF pourrait très bien présenter toute une galerie de photos avec les visages des entraîneurs chargés d’entrainer les Lions de l’Atlas et qui ont été limogés avant la fin de leur contrat. On pourrait appeler ce mur, le panneau des limogés. Y figureraient en bonne place pour ne remonter que sur les dernières vingt années, Louzani, Henri Michel (avec deux photos car il a été limogé deux fois, en 2000 et en 2008) Kasperzack, Coelho, Troussier, Zaki, Fakhir, Roger Lemerre et Eric Gerets. Excusez du peu.
Balzac n’aurait pas eu assez de tous les tomes de sa célèbre «Comédie Humaine» pour raconter toutes les péripéties de ces limogeages. Limogeages, lesquels, à l’exception de ceux des nationaux, ont coûté fort cher aux caisses fédérales (donc aux contribuables) car il fallait débourser les indemnités prévues par contrat. Coelho et Kasperzack ont touché plus d’un million de dirhams à leur départ après avoir saisi la FIFA qui a un peu grondé nos fédéraux afin qu’ils respectent les clauses signées.
Il y a tout de même des gestes de grande classe que la mémoire doit évoquer. C’est celui de Troussier qui, en 2005 a rendu sa prime de signature une fois qu’il fut limogé (190 000 euros ! tout de même !) alors qu’Henri Michel a renoncé à toutes ses indemnités, que ce soit en 2000 ou en 2008. Mais les autres ont négocié jusqu’au dernier sou, forts du soutien de la FIFA et du poids de leur contrat.

Equipe nationale et Marche Verte
A propos de limogeages de coach, il y eut dans les années 70, cette cocasse histoire. En 1971, l’Espagnol José Barinaga était venu succéder à Vidinic qui, lui-même, avait succédé à Cluseau, à la tête de l’équipe nationale. Renvoyé en 1972, Barinaga qui était aussi entraîneur des FAR n’avait jamais été indemnisé, pourtant comparé aux sommes colossales d’aujourd’hui, son dû ne dépassait pas les 17 millions de centimes. Rentré à Madrid, le très débonnaire José était parti sans espoir de percevoir son bien. Un concours de circonstances allait lui rendre justice.
A Agadir en 1976, après la Marche Verte, alors que les négociations maroco-espagnoles étaient nombreuses et soutenues, le ministre espagnol des Affaires Etrangères fan du Réal où avait évolué Barinaga et ami personnel de celui-ci, fit savoir qu’un certain contrat n’avait pas été honoré. Et ainsi, Barinaga fut payé. Aujourd’hui, les choses ont bien changé. Elles ne se passent plus à la bonne franquette, les contrats d’engagement se discutent pendant des jours avec des avocats et des Cabinets conseils. C’est carré, blindé, et … cher. D’autant plus cher que les intervenants sont nombreux et leurs commissions élevées.
Et pourtant, la FRMF agit comme si tout cela n’avait pas d’importance et n’occasionnait pas une hémorragie financière considérable. Que des milliards soient jetés par la fenêtre parce qu’un ballon a frappé le poteau ou qu’un joueur a raté ses passes, c’est tout de même un peu révoltant. Or, notre public n’a que la culture du résultat et n’apprécie que la victoire, alors que le football, véritable jeu de hasard, peut être souvent aléatoire et n’obéir à aucune logique. Comment donc ces deux paramètres peuvent-ils cohabiter, alors qu’ils sont tout à fait contradictoires ?
Car enfin, si le football n’était pas un jeu où le hasard (ou si vous préférez la chance,) n’intervenait pas, alors tous les amateurs de «Toto-foot» et autres paris sportifs feraient fortune car tous les résultats de matchs seraient logiques, donc connus à l’avance. Hélas non, en foot il arrive que l’on domine sans gagner, et que les meilleurs ne l’emportent pas. Alors connaissant cela, comment notre fédé peut-elle jouer à la roulette, en pariant sur le fait que le coach national va tout gagner ?
Et fort de cette illusion, elle se met un révolver sur la tempe, pour se tirer non une balle dans la tête, en cas de défaite, mais un gros chèque pour solde de tout compte. Il est vrai que les caisses du foot sont pleines, mais cet argent ne pourrait-il pas être mieux employé ? Et n’est-ce pas indécent que de masquer les échecs par l’arrogance de ceux qui peuvent payer en toutes circonstances ?

De Zaki à Zaki
Et voilà que de reniement en renoncement, les responsables fédéraux qui avaient tout misé sur Gerets sont obligés de se rabattre sur celui qui, en 2005, avait été poussé à la démission. Zaki a démissionné de son poste de sélectionneur des Lions de l’Atlas comme il démissionnera du Wydad et du Kawkab, deux des clubs qu’il a aussi entrainés.
Fort du soutien de la rue, Zaki revient plus fort que jamais. Sera-t-il pour autant plus performant ? Qui peut le dire? Peut-être pas même Zaki lui-même.
Alors, il serait bon de se le tenir pour dit et que dans l’euphorie générale du départ de Gerets, l’on n’oublie pas les leçons et déboires du passé et que la chance peut vous sourire, un jour, et se dérober l’autre jour. Ainsi va le football. Ainsi va la vie.

 
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