Entreprises & Marchés

La performance à bout de souffle

Grandes Entreprises. Pour la première fois depuis 2002, le Top 500 des grandes entreprises marocaines affiche une performance négative. Les opérateurs appellent le Gouvernement à prendre des mesures idoines. par Roland Amoussou

2,8

%, c’est le recul affiché par le chiffre d’affaires(C.A) des 500 plus grandes entreprises du Maroc en 2013, selon le classement rendu public par le groupe Sucess Publications, lundi 20 octobre à Casablanca. Décidément, l’année écoulée aura été très éprouvante pour nos champions nationaux, qui ont réalisé une performance négative, pour le noyau dur des 500, composé de 373 entreprises, avec un chiffre d’affaires qui s’est établi à 525,8 milliards de DH contre 540,6 milliards une année auparavant. Ce contexte particulier a, quelque peu, chamboulé le Top 10 auquel on était habitué ces dernières années. Ainsi, la SAMIR, en deuxième position en 2012, vole la vedette à l’OCP en se hissant au top du classement avec un chiffre d’affaires de 49,14 milliards de DH à fin 2013. Le raffineur s’empare donc du trophée, malgré un recul de son chiffre de 10,6% sur l’année écoulée. Numéro 2 du Top 10, l’OCP a vu son chiffre d’affaires fondre de 21% pour s’établir à 46,93 milliards de DH. Et comme à l’accoutumée, l’opérateur historique, Maroc Télécom, vient en troisième position, avec un C.A de 28,85 milliards de DH contre 29,8 milliards en 2012, soit une régression de 4,3%. De son côté, l’ONEE ravit la quatrième place du classement occupée l’année dernière par Afriquia SMDC. L’Office a réalisé un C.A de 27,83 milliards de DH. Le reste du Top 10 est respectivement composé de Afriquia SMDC, Royal Air Maroc(RAM), Vivo Energy, Société Marocaine des Tabacs(SMT), Marjane Holding et Total Maroc. Comparativement à 2012 où la 500ème entreprise, ASMAMA, n’avait réalisé que 71,4 millions de DH de chiffre d’affaires, cette treizième édition de 2013 a été bouclée par Cératube, une entreprise de Casablanca œuvrant dans le BTP et les Infrastructures, avec un C.A de 103 millions de DH.

Essoufflement confirmé

En somme, la tendance baissière révélée cette année confirme l’essoufflement de ces grands acteurs économiques. Cette performance négative de -2,8% est très éloquente et illustre bien la conjoncture particulière dans laquelle ont évolué les grandes entreprises l’année dernière. 2013 a pris en otage la croissance de ces entreprises, malmenant ainsi, leur chiffre d’affaires à sa guise. Et même les mastodontes (OCP, Maroc Télécom…) n’ont pas été épargnés. Sacré 2013! Aussi, faut-il souligner que cette régression du chiffre d’affaires global des «500» est historique. C’est la première fois, en effet, depuis l’instauration de ce classement en 2002 par notre confrère Economie &Entreprises, en partenariat avec Kompass Maroc, que l’on enregistre une décroissance de la performance du top 500. Même dans les années 2008 ou 2009, en pleine crise financière et économique mondiale, les grandes entreprises marocaines avaient su tirer leur épingle du jeu en maintenant une relative croissance sur le chiffre d’affaires global. En 2011 par exemple, elles avaient réalisé une progression de 8,6% par rapport à 2010, avec un chiffre d’affaires s’établissant à 574 milliards de DH. Pareil en 2012 aussi, avec une performance un peu moindre de 5,5% de croissance du chiffre d’affaires. Alors, qu’est-ce qui a pu bien se passer ? 

Selon les auteurs de ce Top 500, plusieurs facteurs, tant exogènes qu’endogènes, expliquent la situation actuelle. Dans un premier temps, on souligne la baisse des exportations marocaines liées à la rationalisation drastique des commandes adressées au Maroc par ses partenaires de l’UE (France, Espagne). Cela a impacté négativement les exportateurs marocains (Textile, Cuir, Artisanat, Agroalimentaire…) qui ont vu leur chiffre d’affaires baisser. Sur le marché national, les opérateurs économiques dénoncent, entre autres, l’importation massive de produits venant de l’étranger (Chine, Turquie etc), ayant inondé le marché marocain avec son lot de concurrence déloyale. Ils appellent les autorités à prendre des mesures idoines, avant qu’il ne soit trop tard. Le Gouvernement Benkirane est donc attendu au tournant. 

 
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