Blog de Jamal Berraoui

La politique du pire ( Par Jamal Berraoui )

L’expérience tunisienne est très intéressante à suivre. Elle ne fait pas le buzz parce que l’Egypte et la Syrie offrent plus de sang. Le processus en cours est semblable à celui de l’Egypte. Ennahda et ses alliés, élus au suffrage universel sont très contestés. En face, l’alliance copie ce qui se passe au Caire, utilise les mêmes méthodes, de manière parfois ridicule, mais recoupe un vrais ras le bol et surtout s’appuie sur une réalité sociale, l’existence de larges couches laïcisantes. L’autre particularité tunisienne c’est la centrale syndicale. Habib Achour, son ancien dirigeant, avait payé de sa liberté la défense de son indépendance face à Bourguiba. Aujourd’hui, c’est toujours une vraie force qui compte politiquement et qui n’a pas été « islamisée », alors que les autres corps intermédiaires le sont.

Le contexte est aussi différent parce qu’à l’intérieur d’Ennahda des gens comme Jebali, tirent la sonnette d’alarme depuis le début contre toute tentative d’absolutisme et que les Islamistes tunisiens ont un vrai débat sur la nature de la transition, contrairement aux frères musulmans Egyptiens qui ont cru pouvoir défier tout le monde.

Les signaux d’un possible dérapage existent tout de même. Le ministre de l’Intérieur a reconnu que les services de sécurité avaient été informés par des homologues étrangers, probablement français, de l’imminence de l’attentat contre Brahmi. Mais il jure que l’information n’était pas remontée jusqu’à lui. C’est gravissime parce que cela signifie que les sécuritaires tunisiens ont laissé assassiner un opposant pour miner le pouvoir des Islamistes. La manœuvre a réussi puisque c’est cet assassinat qui a mobilisé les opposants.

Les Islamistes dans cette période de transition ont été leurrés par leurs résultats électoraux. Ils n’ont pas mesuré à quel point ils suscitaient de l’aversion. Celle des couches laïcisantes, mais surtout d’institutions qu’ils ne peuvent changer en un jour. Morsi a réussi à unifier toutes ces forces, à la coaliser contre lui, Ennahda n’a pas évité le processus.

Il ne faut pas oublier que le RCD, le parti de Ben Ali était un véritable parti-Etat très structuré, omniprésent. Il n’y a pas eu de purge sanguinaire malgré la dissolution. C’est une force qui existe et avec laquelle il faut compter. En Egypte, Chafik avait réuni 48 % des voix, mais Morsi n’en a pas tenu compte. En Tunisie, les amis de Ghannouchi ne peuvent se permettre de reproduire les mêmes erreurs sans exposer le pays aux mêmes résultats : l’éclatement.

 
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