Economie

La préférence nationale, entre le sentiment patriotique et la réalité

Entre le discours patriotique exprimant un sentiment tout à fait légitime et la réalité, il y a malheureusement tout un fossé à combler. 


«Consommons national !» Oui, mais que veut dire aujourd’hui « national », à part certains produits agricoles bio du terroir, n’ayant subi aucune transformation et ne nécessitant aucun intrant importé. La quasi-totalité des machines et des équipements ou matériels est importée. Ainsi si la matière première est locale, d’autres intrants sont inévitablement d’origine étrangère. Par ailleurs, le Maroc a signé plus de 60 accords de libre-échange (ALE). Le Royaume a donc officiellement opté pour une ouverture tous azimuts sur l’économie mondiale, sans pour autant avoir développé suffisamment les mécanismes de sauvegarde et surtout l’application des barrières non tarifaires imposant l’existence dans nos frontières d’expertises dans les domaines de la qualité et de la protection sanitaire. A tel point, que l’on voit des produits pharmaceutiques ou alimentaires prohibés en Union Européenne et vendus sur le marché marocain.Tout récemment, l’expérience nationale de production locale de masques a dû faire un grand «flop». Encouragées, voire appuyées par le gouvernement pour satisfaire les besoins locaux, tout en leur interdisant d’exporter, les entreprises qui se sont engagées, se sont retrouvées face à un stock énorme de surproduction de masques, avec un marché local inondé par les importations de masques. Une bonne partie de ce fiasco devra certainement être pris en charge par le Fonds spécial anti Covid-19. Mais cet événement a permis de cerner le comportement très opportuniste d’une bonne partie du capital local qui s’inscrit souvent dans la logique à court terme, celle de l’économie de la «hamza».

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Les investissements directs étrangers (IDE) au Maroc, concernent en particulier des activités orientées vers la réexportation. C’est notamment le cas des industries automobile et aéronautique. Seule l’industrie des phosphates a su opérer un changement stratégique radical au cours des dix dernières années, ce qui lui a permis de renforcer sa résilience face aux chocs externes. De manière générale, la dépendance externe de l’économie marocaine est un obstacle structurel à l’application effective de la préférence nationale. Celle-ci est en fait conditionnée par une révision, voire une mise à plat, de l’ensemble des accords de libre-échange, avec une réorientation des priorités sur les besoins fondamentaux de la population marocaine, tout en maintenant, voire en développant, une connexion active et intelligente avec le marché international, avec pour principaux objectifs stratégiques, le transfert technologique étroitement articulé à une priorité aux investissements en recherche et développement.

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