Entreprises & Marchés

La Russie, un marché difficile pour les exportateurs marocains

«En dépit des accords de partenariat existant entre le Maroc et la Russie, les échanges commerciaux entre les deux pays stagnent » L’offre marocaine peine à se faire une place sur ce marché.

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Ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre 42 chefs d’entreprise russes à Casablanca ». Cette assertion de Zahra Maafiri, directrice générale de Maroc Export, lors de son discours, lundi, au séminaire d’affaires maroco-russe tenu à Casablanca, illustre bien l’état actuel du partenariat économique entre Rabat et Moscou. En effet, le niveau des échanges commerciaux entre les deux pays est loin d’être satisfaisant. Seulement 2,5 milliards de dollars, dont 2 milliards à l’importation et quelque 600 millions à l’exportation en 2012. Cela va sans dire que l’offre marocaine, de façon générale, n’a pas encore trouvé ses lettres de noblesse sur le marché russe, en dépit des efforts consentis, dont notamment la signature d’un accord de partenariat stratégique en 2002, une ligne maritime directe Agadir Saint-Petersburg etc. «Le marché russe est un vaste marché. La Russie est un pays en pleine croissance économique, avec une classe moyenne qui developpe de nouveaux comportements de consommation. Le pays a récemment intégré l’OMC, il y a une restructuration de la politique commerciale extérieure en cours. Nous sommes donc face à un environnement nouveau. Cela veut dire que l’exportateur ou investisseur marocain doit être à l’âffut de l’information. C’est pour cette raison que le marché russe demeure aujourd’hui assez difficile. C’est un marché en perpétuelle mutation, avec de nouvelles règlementations », explique la directrice générale de Maroc Export.

Madina Kalimullina, représentant le Conseil des Muftis de la Russie et Hassan Sentissi, président du Conseil d’Affaires Maroco-Russe lors de la signature du mémorandum d’entente.

Impulser une nouvelle dynamique aux affaires

Son institution a, d’ailleurs, mené une offensive très remarquée sur le marché russe tout au long de cette année, à travers des missions BtoB entre entrepreneurs marocains et russes de divers secteurs, afin que l’offre marocaine soit mieux représentée sur ce marché lointain. Pour Said Maghraoui Hassani, directeur de la politique du commerce extérieur au ministère en charge de ce volet, la difficulté des hommes d’affaires marocains sur le marché russe est liée, avant tout, à la barrière culturelle qui existe entre les deux pays. « Il y a une entrave culturelle. Cela fait que ce marché représente un marché de niche lointain pour les entrepreneurs marocains. Les difficultés sont aussi liées au circuit de distribution qui sont des circuits particuliers en Russie, qui ne fonctionnent pas sur le même modèle de circuit de distribution en Europe ou dans les autres pays. L’exportateur marocain est donc contraint à faire des efforts supplémentaires pour connaitre ces circuits », confie-t-il. L’ambassadeur russe à Rabat, Valeriy Vorobiev, abonde dans le même sens, estimant qu’il y a un souci de communication entre les deux parties qu’il faudra dépasser. Pour le moment, les exportations marocaines vers la Russie sont dominées par les produits agroalimentaires, dont notamment les agrumes, de la farine de poisson et de la tomate. Mais, au vu du poids économique que la Russie a acquis ces dix dernières, et de son statut de membre du BRICS ( le bloc regroupant les économies émergentes Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du sud), une diversification des échanges s’avère impérative. « Il faut diversifier l’agroalimentaire en incluant par exemple l’huile d’olive et d’argan. Le textile également doit faire partie de la liste. Aussi, devons-nous passer à des coopérations fructueuses dans le seceteur pharmaceutique, dans l’industrie chimique, dans les technologies de l’information, les pièces de rechanges d’automobiles. Il faut être beaucoup plus agressif sur ce marché », souligne Zahra Maafiri.

Equilibrer la balance commerciale

La présence d’entreprises russes au Maroc est faible, même si le Royaume représente le premier partenaire commercial de Moscou sur le plan africain et arabe. La Russie, quant à elle, est le huitième partenaire commercial du Maroc avec une contribution de l’ordre de 3,5% (à fin 2011) dans le total des échanges du Maroc, selon les statistiques de l’Office des changes. Rabat importe essentiellement du pétrole, du gaz et du souffre brut de Russie. Des deux côtés, on s’accorde, en toute évidence, à dire que le niveau actuel des échanges commerciaux ne réflète aucunement les potentialités qui existent. Le Maroc veut capter plus d’investissements russes, et la Russie est bien disposée à investir dans le Royaume. C’est d’ailleurs la raison principale de ce forum d’affaires maroco-russe à Casablanca. Une « mission séduction » pour la quarantaine d’entreprises russes, représentant les secteurs clés du tissu économique de la Russie. A travers les rencontres BtoB, soigneusement organisées par le Conseil d’affaires maroco-russe, les chefs d’entreprises russes ont su montrer leur intérêt et leur volonté de passer à une vitesse supérieure dans les relations d’affaires avec le Maroc. L’Association des exportateurs marocains (ASMEX) et Maroc Export ont d’ores et déjà annoncé un agenda 2014 assez enrichi en événements de promotion et de marketing (Salons, missions BtoB dans divers secteurs…) des produits marocains sur le marché russe, afin de renforcer la nouvelle dynamique. 

 
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