Environnement

La sécheresse est installée

L’agriculture, le monde paysan dépendent de la pluviométrie. Le Maroc va vivre des années terribles, y sommes-nous préparés ? 


Le Maréchal Lyautey disait qu’au Maroc, «gouverner, c’est pleuvoir». Il paraphrasait le fameux «gouverner c’est prévoir». A l’époque, 80 % des Marocains vivaient dans le monde agricole, étaient des paysans. Parce que nous n’avons pas installé des villages paysans, avec les services publics adéquats, l’exode rural a été massif. L’urbanisation n’a de sens que quand les villes créent de l’emploi et ont donc besoin de main d’œuvre et que les campagnes grâce à la mécanisation, libèrent des forces de travail. L’urbanisation au Maroc, a été une vraie catastrophe. Le terme adéquat c’est la ruralisation des villes. Les ruraux n’avaient, aucune structure d’accueil.

Soyons sérieux pour une fois. Les entreprises de la colonisation construisaient des logements pour leurs ouvriers. La ville leur offrait des ouvertures sur la vie. 

Après, ils ne pouvaient aspirer qu’à l’informel, au nom de la survie. Il n’y a pas de créations d’emplois capables de concerner tous les flux, ni de logements dignes disponibles, ni de capacité d’intégration des villes, quasiment nulle. C’est ce qui s’est passé dans les années 80, qui est la cause de nos problématiques sécuritaires, politiques, sociétales. Nous n’avons pas pu intégrer les migrants paysans dans la cité. Le résultat c’est que la cité n’existe plus, que Casablanca, Safi ou Nador sont tout sauf des villes, Safi la « cité de l’atlantique », selon Ibn Khaldoun, ne vit que sur la nostalgie.

Un avenir morose

Les spécialistes sont convaincus que le Maroc entre dans une séquence de stress hydrique aiguë. L’année passée a été catastrophique, cette saison a peu de chance d’être meilleure. Des filières, bénéficiant du plan vert s’en sortent à moindre frais. Mais les petits paysans, ceux qui s’acharnent sur les spéculations les plus hasardeuses, en particulier les céréales, sont ruinés ou en passe de l’être.

Les prières pour la pluie n’ont plus cours. Les changements climatiques concernent l’ensemble de la planète et nos scientifiques établissent un horizon sombre. C’est une hérésie de continuer à espérer de la pluie, alors que l’on sait qu’il y en aura très peu et que quand elle tombera, cela sera une catastrophe.

L’afflux vers les villes sera massif, parce que les petits paysans n’ont plus les moyens de survivre face à une nature hostile. Les conséquences seront très graves. Soit on développe une vraie politique vis-à-vis du monde rural, en termes de services publics, soit on trouve des solutions pour assurer un logement, un travail digne, à tous les arrivants. Sinon c’est la catastrophe assurée et le basculement du Maroc dans le néant, que les sécuritaires ne pourront plus maitriser.

Challengenews
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