Gouvernance

Edito. La transparence comme réponse à une urgence

Dans de nombreux Etats souffrant de « non développement » ou de « mal développement », il est bien établi aujourd’hui que les principaux obstacles résident essentiellement dans le mode de gouvernance dont la réforme est une condition sine qua non. Et dans cette réforme, la transparence qui n’est pas un luxe se révèle incontournable.

Au Maroc, depuis au moins deux décennies, la corruption n’est plus un tabou. C’est l’un des principaux obstacles au développement du Royaume. Plus qu’une déviation comportementale des individus, il s’agit d’abord d’un phénomène sociétal. Sa dimension profonde, systémique, réside principalement dans l’économie de rente d’essence politique. C’est cette dimension structurelle qui fait obstacle à l’émergence d’une dynamique transformatrice, basée notamment sur l’égalité des chances, la concurrence et le mérite. De ce fait, l’accumulation des richesses, des fortunes, n’est souvent pas perçue comme légitime. La richesse est mise à l’index, car souvent résultat de processus douteux. Parallèlement, la pauvreté est vécue comme une injustice. Ibn Khaldoun, l’un des grands fondateurs de la sociologie, avait vu dans la corruption, au sens large le « fassad », comme étant l’un des principaux facteurs de décadence, voire comme prélude à la décrépitude des systèmes.

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Depuis plusieurs années, à force de parler de la corruption, sans la combattre effectivement dans sa dimension structurelle, le phénomène n’a pas cessé de se développer et même de connaitre une certaine banalisation. Ce qui peut s’avérer très dangereux pour l’ensemble du « navire ». Les deux gouvernements précédents ont élaboré une « stratégie de lutte contre la corruption », restée lettre morte. Aucun bilan n’a été fait de cette stratégie.

Aujourd’hui, l’Etat semble avoir pris conscience qu’il est impossible d’espérer une croissance qualitative des investissements sans remettre en cause un mode de gouvernance où la corruption est systémique. Une nouvelle instance de lutte, et surtout de prévention de la corruption, a vu le jour, avec des prérogatives plus élargies. Les membres de cette instance viennent d’être nommés, le 24 octobre. Cette instance représente beaucoup d’espoir. Les membres de l’équipe de cette instance, à leur tête Bachir Rachdi, déjà nommé auparavant par le Souverain, sont bien connus pour leur expertise, leur courage et leur intégrité. Face à une classe politique dominante moulée dans l’ancienne logique mercantile, celle de la rente, cette équipe pourrait jouer, tout au moins, le rôle de « grain de sable », et rappeler ultimement qu’il n’y a pas d’autre voie que celle de la transparence pour pouvoir entamer réellement et irréversiblement un processus de développement durable, centré sur l’équité et la justice sociale.

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Avec les nouvelles prérogatives et les nouveaux mécanismes à mettre en place, des résultats concrets sont attendus, non pas uniquement en termes de statistiques relatives au nombre de condamnations pénales pour corruption, mais surtout en termes de transformations structurelles pour libérer ce potentiel extraordinaire de la société marocaine toute entière.

 
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