Dossier

L’agriculture solidaire a besoin d’une nouvelle culture bancaire

Bouleverser les normes, penser autrement, oublier les schémas classiques et converger vers une nouvelle approche de financement du secteur agricole en Afrique, tels ont été les principaux enseignements qu’on peut tirer d’une journée pas comme les autres. Le financement de l’agriculture en Afrique est un thème qui a  heureusement échappé, au moins pendant cette rencontre, au déjà entendu et aux présentations stéréotypées mettant l’accent sur les coûts des ressources, la faisabilité technico-financière des projets, chaine de garantie et risques d’insolvabilité.


Les systèmes classiques hautement prudentiels n’ont évité ni la mauvaise gestion, ni la mauvaise prévision et encore moins les mauvaises chutes financières. Ils ont par contre mis de coté une population de producteurs et érigé des barricades contre l’accès au financement des plus petits agriculteurs.

 

Tarik Sijilmassi, PDG du Crédit Agricole du Maroc.

C’était une vraie ambiance africaine où l’agriculture a revêtu son costume exprimant la difficulté,   les souffrances et point la fête chantant l’abondance  et les richesses. Les banquiers africains et les ministres de l’Agriculture présents lors de cette journée ont presque parlé de la même voix. Le rythme africain rompt avec les sons monotones des rencontres qui ont pour thème les activités de financement. Une nouvelle génération de patrons de banques ou d’institutions de financement de l’agriculture, porte un message engagé en faveur de ceux que la grande finance ignore. Le secteur dans lequel ils opèrent est très complexe et requiert des compétences et des aptitudes que les écoles de commerce et de gestion n’enseignent pas. Le contact avec la terre et celui qui la travaille est plein de surprises. Les concepts et les approches traditionnelles ne peuvent rien faire pour appréhender la réalité. La raideur des orthodoxes de la religion finance rend impénétrables les voies du monde rural et l’enfonce davantage dans la précarité et la dépendance. Les messages portés par trois hauts responsables de trois institutions africaines relevant du Mali, du Maroc et du Sénégal ont tous insisté sur la nécessité de rompre avec les méthodes classiques pour créer la vraie relation stratégique avec les petits producteurs. Il faut aller vers le petit agriculteur et innover pour le contacter et non point attendre qu’il casse lui-même le verrou pour frapper à la porte du banquier.

La journée sur le financement de l’agriculture en Afrique a réuni un nombre important de responsables gouvernementaux  et d’investisseurs privés, de présidents d’associations professionnelles et d’experts du secteur. Les voix qui se sont exprimées sont guinéennes, sénégalaises, nigériennes, ivoiriennes, maliennes et marocaines. Le réel et le concret étaient au centre des débats. Intensifier la production, organiser l’élevage et surtout avoir un accès aux marchés et aux échanges au niveau interafricain sont des thèmes qui ont meublé les différentes interventions et questionnements lors des trois séances organisées au cours de cette rencontre.  n

 
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