Les chroniques de Jamal Berraoui

L’Algérie face à ses démons

Les résultats officiels des législatives en Algérie confirment  l’impasse. Le FLN ( Front de libération nationale )  garde la première place, les indépendants, souvent représentants d’Associations locales sont seconds et les Islamistes compatibles avec les militaires sont troisièmes. Le discours officiel parle d’une division entre les Démocrates et les Islamistes. Ubuesque discours qui repose sur la volonté de rejouer une nouvelle fois, le fameux rôle du barrage contre l’Islam politique.


Seulement, cela ne fonctionne plus. La tentative d’imposer un cinquième mandat de Bouteflika a libéré le peuple de cette chape. Il a compris qu’il ne pouvait pas supporter le régime militaire pendant des siècles, juste par peur d’un hypothétique retour du Front Islamique du Salut. Et, selon les chiffres officiels très contestés, ils ont été 70% à boycotter ces législatives. Le résultat est effrayant. C’est le FLN, parti honni par le Hirak qui le combat depuis plus de 2 ans, qui dirigera le gouvernement du changement, alors qu’il est à la tête du pays depuis 1962.

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Tout se passe comme si les militaires refusaient de concéder la moindre ouverture. A leur habitude, ils comptent sur la répression  et la lassitude pour reprendre  le contrôle de la rue. C’est une  position périlleuse pour l’avenir du pays. D’abord, parce que le ras-le-bol touche toutes les couches sociales. En dehors de quelques rentiers, l’extrême majorité soutient le Hirak. Ensuite parce que le mouvement s’appuie sur une réalité, celle de l’échec des politiques économiques, qui n’ont abouti qu’à la paupérisation généralisée, aggravée par une inflation insupportable.

Cette révolte ne s’éteindra pas d’elle-même. Elle trouvera d’autres modes d’expression et il est à craindre que ceux-ci ne soient ni aussi pacifiques, ni aussi organisés que le Hirak. Les militaires sont prêts au pire pour s’accrocher à leurs privilèges. Sinon, ils auraient proposé une véritable ouverture démocratique et une nouvelle vision économique au peuple. En fermant la porte à toutes les revendications, en refusant de céder la moindre  parcelle du pouvoir, ils ouvrent la voie à la radicalisation et, pire, au désespoir.

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Le FLN a longtemps tiré sa légitimité de la guerre d’indépendance. Aux yeux du peuple, cette indépendance a été spoliée par une caste au détriment des promesses des fondateurs du mouvement, souvent liquidés physiquement par ailleurs. A cela, s’ajoute le problème kabyle. Seuls 2 % des Kabyles ont voté. L’Algérie est réellement fracturée et a besoin d’un projet national. Agiter la menace étrangère, dans ces conditions est infantile et prouve que ce régime est à bout de souffle.

 
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