Les chroniques de Jamal Berraoui

Le Liban, nouveau protectorat français ?

Emmanuel Macron a tenu une conférence de presse réservée à la situation au Liban. C’est une première internationale, celle d’un Chef d’Etat qui consacre toute une conférence de presse à la situation d’un pays étranger, qui n’est pas en conflit avec son pays.


Que dit le Président Français ? Les hommes politiques Libanais ont trahi, ils préfèrent leurs intérêts claniques et même personnels aux intérêts du pays, ils sont corrompus et « j’ai honte pour eux ». Le constat est implacable s’il émanait d’un commentateur, mais inquiétant dans la bouche d’un Chef d’Etat.

Son attaque contre le Hezbollah, « qui se croit plus fort qu’il n’est », il devrait la retourner contre la France. Au nom de quoi les Libanais devraient  appliquer sa feuille de route ? Historiquement, la France n’a des relations privilégiées qu’avec les maronites, or il faut composer avec plusieurs confessions. Le confessionnalisme a produit un système mafieux, c’est un fait. Mais c’est au peuple libanais de s’en défaire et de consacrer enfin le concept de nation. Il le fera, à son rythme, parce que les atavismes historiques ont la dent dure.

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Macron, par son agitation juvénile est en train de créer des crispations supplémentaires. Il aurait été plus avisé de négocier avec les puissances  régionales, les Saoudiens, l’Iran, sont omniprésents au Liban. Les traiter comme il le fait, les pousse à se raidir. Son action est vouée à l’échec, parce qu’il se prend pour un empereur et qu’il n’a pas les moyens de cette puissance. Il menace de sanctions, cela fait sourire à Beyrouth, parce que les dirigeants qu’il vise sont milliardaires en dollars, que leur fortune est sécurisée à l’étranger et que l’économie est déjà en faillite.

Donner une feuille de route à un peuple en crise, avec une arrogance folle est répugnant au siècle que nous vivons. C’est un discours colonial, alors que la France est déclassée et qu’elle n’a aucun moyen d’imposer ses vues. Le peuple Libanais est en mouvement, il a arrêté les manifestations parce qu’il a cru  Macron. Il va se rendre compte de l’imposture. Aucune société ne peut être transformée de l’étranger, surtout si la puissance qui s’y propose est déclinante, comme l’est la France. Ce sont les Libanais qui décideront et ils n’ont pas besoin d’une « amitié » aussi encombrante.

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