Portrait

Le manager export d’Apple devenu revendeur

Brice Contassot, DG de Diagone

Il a réussi son retour. Pour ce manager dans les technologies de l’information et de la communication, vivre à l’étranger a été ce qui le définit depuis l’enfance. Comme le style c’est l’homme, de sa période chez Apple France, il a gardé le look “suit free”, sans costume ou du casual friday éternel. Par  Noréddine El Abbassi


Parmi “les déracinés”, nombreux sont ceux qui, néanmoins puisent dans les différentes cultures, dont ils sont issus, ou ont tout simplement côtoyé. Brice Contassot est l’un de ces “third culture children”, qui ont grandi entre plusieurs pays, sans appartenir à l’un deux. Ce qui ne les empêche pas, tout de même, d’en garder quelque chose, d’indéfini certes, mais bien réel. De sa ville natale de Melun, où il voit le jour en 1969, il n’aura retenu que très peu de souvenirs, la famille déménageant pour Ouarzazate dès 1970. C’est donc du Maroc que se situent ses premiers souvenirs, un pays dit à l’époque, en voie de développement. Ses parents, alors enseignants, empruntent la voie du VSN (volontariat au service national), qui permettait encore de “voir du pays”, tout en exerçant son métier. Ce “privilège” leur était acquis du fait de leur passage par le cursus de formation des enseignants qu’est l’Ecole Normale en France.

De Marrakech à Madagascar

La famille se retrouve donc, pour sa première expatriation à Ouarzazate, encore à l’état de petit village, aux portes du désert, mais déjà avec l’auréole d’une grande ville, au regard des critères encore balbutiants de l’environnement. “J’ai gardé des souvenirs vivaces de ces voyages dans le désert, de week-end en famille,  dans l’arrière-pays, si proche et néanmoins si différent, et où manger le méchoui avait un goût que le n’ai jamais retrouvé depuis… D’ailleurs, j’ai pris soin de garder une photo, où encore jeune enfant, je trônais sur un tracteur, à la découverte des dunes du Sahara”, se remémore-t-il, avec un brin de moquerie. Chemise ouverte sur jean, Brice a une apparence de bourlingueur, plus que d’homme d’affaires, et encore moins de père de famille “rangé”.
La famille quitte la vie “au grand air”, et aux confins  du désert  en 1975, mais pour une autre ville du Sud, plus mythique, Marrakech. C’est peut-être le souvenir de cette enfance tranquille, lorsque la cité impériale était encore à taille humaine, à la population accueillante, et dont on faisait le tour en bicyclette, moyen de locomotion le plus emprunté par les Marrakchis à l’époque. Ce n’est pas étonnant que cela  ramène notre interlocuteur à une période bénie, il y a plusieurs décennies. La vie est, on ne peut plus douce, et le jeune Brice et sa famille, n’hésitent pas à planter leur tente à Taghazout, ou à faire de la planche à voile, dans le lac du barrage, dans les environs  de la ville. Mais déjà, en 1979 la famille est appelée à quitter le Maroc pour une destination lointaine, Madagascar. Le changement est de taille: “C’est un des pays les plus pauvres du monde, mais humainement l’un de ceux où l’on apprend le plus. Nous avons eu du mal à nous adapter au début. A tel point que mes parents répétaient sans cesse que l’on quitterait ce pays dès  l’année scolaire terminée. Finalement, nous y sommes restés 9 ans, jusqu’à mon bac”… explique-t-il, le sourire en coin. Pour le niveau de vie de l’époque, la famille vit confortablement, mais sans superflu et Brice se passionne pour la moto.

Paris pour les études, Paris pour la carrière

Quoique ce plaisir est quelque peu gâché par le manque récurrent des pièces de rechange et également l’éloignement du pays d’origine. “ Il était difficile, voire impossible de se connecter aux chaînes françaises, Internet n’existait pas et les journaux rarement disponibles. Mais heureusement, il y avait des compensations non négligeables. En vacances, nous passions du temps en famille, souvent en bord de mer, seuls au Monde, sur les plages paradisiaques des îles Nosy-Be ou Sainte-Marie. Ce qui ne nous préparait guère à la vie en France”, commente-t-il. Brice décroche un Bac B en 1988, et c’est le temps de regagner  la “Métropole” et d’entreprendre des études supérieures.  Ce sera à Paris, où avec un groupe d’amis, ils recréent ensemble l’ambiance de l’époque malgache. Brice, prépare le concours d’entrée aux grandes écoles de commerce. “Certes, l’expérience était formatrice, mais le changement a été de taille. Pas seulement question de mentalité, mais également une certaine “hostilité” de milieu”. L’adaptation m’a  demandé beaucoup d’efforts”, confie-t-il, du bout des lèvres. Comme pour beaucoup de “Third culture children”, on est étranger autant chez soi, qu’ailleurs. Brice mène à bien sa “prépa” et intègre l’Institut Supérieur de Gestion. Dès sa sortie de l’école, il entre dans une start-up prometteuse, Business Objects.
L’entreprise propose alors un concept révolutionnaire pour l’époque, l’accès à l’information par les utilisateurs. “C’était s’affranchir du service informatique, pour accéder directement aux données de l’Entreprise, les collecter, les mettre en forme et les analyser simplement, afin de prendre les bonnes décisions. Le concept proposé permettait un gain de temps énorme et fort appréciable”, précise-t-il, encore enthousiaste. Il fait partie de la première équipe de la petite entreprise, qui finit par compter quelques milliers de collaborateurs. A cette même époque, Brice se marie, avec son amour de jeunesse. Ils s’étaient rencontrés à 15 ans, lors d’un séjour linguistique. Ils sautent donc le pas, frais émoulus: “Nous nous sommes connus très longtemps avant de nous marier. Nous avons pris nombre de décisions ensemble. Comme acheter notre premier bien immobilier, à la fin de nos études, ou, plus tard, décider du départ pour le Maroc, malgré les risques que cela comportait” expose-t-il. Trois années après,  1997, la famille s’agrandit par l’arrivée  de son premier enfant. Dans le pétillement des yeux de Brice, se lit un bonheur partagé et concrétisé. Auquel s’ajoutera un deuxième avec la naissance d’un second enfant en 2000;

100% Apple

Hasard du calendrier, c’est aussi l’année où Apple est en train de renaître de ses cendres et que Brice répond à une annonce anonyme: “j’ai toujours fait des choix risqués, au feeling. Lorsque je suis entré chez Business Objects, on m’avait reproché mon choix, estimé non viable. Pourtant, l’expérience m’a donné raison. C’était également le cas pour Apple  qui avait connu de meilleurs jours. J’ai rejoint Apple, juste après le retour de Steve Jobs et le lancement des iMac de couleur, mais également juste avant celui de l’iPod. L’arrivée de l’iPod, en 2001 annoncera le début d’une histoire phénoménale et la réussite unique d’Apple, que l’on connaît aujourd’hui. Chaque année, elle affichait des croissances à deux chiffres et cela ne s’est jamais arrêté depuis”, se rappelle-t-il, et justifiant ses critères de choix, qui concernent un projet plutôt qu’une entreprise.
L’expérience sera une réussite, puisqu’il devient responsable de zone de la région Moyen Orient, Afrique et Europe de l’Est. Période durant laquelle, Brice voyage souvent au Maroc, et renoue avec les revendeurs Apple. C’est lors de l’un de ses voyages, que Jacques Bertrand, leader de la marque au Maroc, fait part à Brice de son intention de vendre justement son affaire Diagone. Brice se jette sur l’opportunité et rachète l’Entreprise en 2005. Sa famille ne le rejoint qu’un an plus tard, lorsqu’il a déjà relancé l’entreprise sur le Marché des Arts Graphique et de la Vidéo, tout d’abord, avant de prendre, plus tard, le virage des « solutions mobiles entreprises » sur iPad et iPhone. Depuis, il a également ouvert, naturellement, Diagone Marrakech, et c’est dans la ville ocre que la famille s’est  installée.  Bon  retour à Brice Contassot, bon retour aux sources pour un enfant du pays… 

Bio Express

1969 : naissance à Meulin
1988 : Bac B au Lycée Français de Tananarive (Madagascar)
1993 : diplôme de Management à l’ISG (Paris)
service militaire dans la sécurité civile
1995 : débuts à Business Object
2000 : Directeur des ventes Afrique Moyen Orient et Europe Centrale chez Apple France
2005 : Reprend Diagone (Maroc)

 
Article précédent

La Fondation Zakoura active dans le milieu rural

Article suivant

Contrôle des concentrations économiques : le gouvernement garde la main