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Le mandarin prend bien

Suite à une convention conclue, vendredi 20 juin, entre la Fondation BMCE Bank et l’Institut Confucius de formation et d’enseignement de langue chinoise de l’Université Hassan II-Casablanca, le réseau Medersat.com a commencé à dispenser des cours de mandarin.

A l’heure de la mondialisation et de la prise de pouvoir économique de la République Populaire de Chine, la Fondation BMCE Bank marque un tournant dans sa formation. Depuis tout récemment, l’école MedrasatCom de Bouznika propose l’enseignement du chinois pour les 5ème et 6ème années de primaire. L’occasion de revenir sur une langue qui, et de plus en plus, perce au Maroc. 


La fondation BMCE Bank et l’Université Hassan II ont signé le 20 juin dernier, un protocole d’accord visant l’introduction de la langue Chinoise en l’occurence le mandarin en 5e et 6e année de primaire de l’école MedrasatCom de Bouznika. Selon Leila Meziane Benjelloun, présidente de la Fondation, cette langue vient s’ajouter à l’enseignement de l’arabe, de l’amazigh et du français. La signature de ce partenariat entre la fondation et l’université Hassan II, est une indication   intéressante de l’ampleur du phénomène d’une mondialisation galopante. Dès lors, une première interrogation vient à l’esprit: qu’en est-il donc de l’enseignement du Mandarin au Maroc?  Selon les précisions de l’Ambassadeur de la République Populaire de Chine au Maroc, SE Shun Su tung il existe déjà un centre culturel au Maroc: l’Institut Confucius. Ce ne sera que l’un des quelques 440, implantés de par le monde et qui dispensent des cours de langue au sein de 646 classes de 120 personnes. C’est dire l’élan qu’a pris le mandarin dans le monde. A cet égard, Driss Mansouri, président de l’Université Hassan II avance un autre chiffre révélateur: plus de 500 marocains apprennent actuellement le mandarin dans le Royaume. D’une certaine manière, c’est logique: en géopolitique, les nouveaux déterminants du pouvoir, le “soft power”, se traduit par le rayonnement culturel. Ainsi, plus que les facteurs  population, étendue du territoire, ou encore la richesse en or d’un pays donné, la consommation de sa production culturelle, est l’un des déterminants de la puissance. Cela va du cinéma, de la peinture à la littérature entre autre, à la langue nationale et son rayonnement. Une raison qui, du côté de la Chine, motive l’expansion de sa culture dans le monde. Il faut dire que l’Empire du Milieu a une tradition d’ouverture qui date de son époque impériale. Les chinois étaient de grands explorateurs par le passé, comme le rappelle Leila Meziane Benjelloun. Sauf qu’à cette époque, la Chine n’explorait pas pour conquérir, comme l’ont fait les pays occidentaux, mais pour découvrir. La Chine se plaisait à montrer la grandeur de l’Empire en offrant des cadeaux, porteurs  de son développement technologique. La soie (dont le secret de fabrication restait secret et dont la divulgation était punie par la peine de mort) et la céramique étaient des cadeaux coûteux. Les expéditions devenant ônéreuses pour un pays sur le déclin,  l’Empire se replia sur lui-même, se contentant de gérer des tensions intérieures. Il faudra attendre le XXème siècle et l’avénement de la République Populaire pour que le pays s’ouvre à nouveau sur l’extérieur. On connait depuis, la place que la Chine occupe sur l’échiquier  international, aussi bien politiquement qu’économiquement. 

Apprendre le Mandarin par pragmatisme économique 

D’un point de vue concret, apprendre le mandarin représente un intérêt certain pour les hommes d’affaires casablancais. Déjà dans les années 90, nombre d’étudiants se voyaient conseiller de suivre un cursus de Commerce international ou de diplomatie et d’apprendre le mandarin en parallèle. Pour les moins doués intellectuellement, on lorgnait du côté de la République populaire en cherchant des opportunités d’affaires. On ne peut pas réellement dire que les relations marocco-chinoises soient récentes, et le fait que l’année 2014-2015 soit celle de l’amitié sino-arabe, comme le pointe l’ambassadeur de la Chine n’est qu’une conséquence logique. Pas plus que les marocains qui se rendent en Chine pour prospecter des opportunités d’affaires ou revenir avec un partenariat. Mais reste qu’à Casablanca, l’Institut Confucius n’en est qu’à sa deuxième année d’enseignement. Abdelkrim est de ses étudiants: “je suis venu au mandarin après quelques années de japonais. Au début, cette langue est plus difficile en raison de son utilisation exclusive d’idéogrammes. Mais une fois les débuts dépassés, on s’accroche à l’apprentissage de la langue. On s’y attache alors, comme pour tout ce que l‘on intègre”, explique-t-il sans jamais se départir d’une certaine appétence pour les études. Abdelkrim, à l’image de beaucoup d’autres étudiants est venu au mandarin par pragmatisme: “la Chine est une économie forte, et à terme, toutes les transactions économiques passeront par le Mandarin. Celui qui maîtrisera cette langue aura un avantage par rapport aux autres,” développe-t-il. Cependant, Abdelkrim n’a pas réellement d’ambition de se lancer dans le commerce international ou l’interprétariat. Sans se fermer aucune porte, son métier reste l’infographie, mais il sait que parler cette langue confère un avantage comparatif. Rachid, lui, a baissé les bras devant l’adversité. Son projet était d’étudier le mandarin à l’Institut des Langues Orientales, mais le destin en a décidé autrement: “après des années à apprendre le mandarin dans ma chambre, et avec des logiciels d’apprentissage, j’ai dû me faire à la réalité: je suis sourd aux intonations. Le fait de prononcer “merci” en Mandarin “chiuchi” au lieu de “xiaxia” est déjà un désavantage. Je préfère me taire plutôt que de risquer d’insulter quelqu’un involontairement. Je vous rappelle que selon la longueur du “a” dans “ma”, signifie à la fois “mère” ou “cheval”, question politesse on repassera”.  

Le Mandarin à défaut de japonais 

Pour Mohamed Aksim, étudiant à l’Institut Confucius, apprendre le mandarin relève plus de la passion et de l’appétence pour la culture. S’il n’a aucun projet de travail qui découlerait de l’apprentissage de cette langue, il se passionne pour les langues étrangères par hobby. Un peu comme un collectionneur d’idiomes étrangers. D’autres se sont tournés vers le Mandarin depuis le japonais. Il faut dire que depuis l’arrêt de l’enseignement de la langue de l’Empire du Soleil levant, il fallait trouver à rentabiliser des années d’apprentissage de kanjis (idéogrammes chinois utilisé en japonais). Le Mandarin se présentait comme une alternative intéressante, mais ce n’est pas la seule raison. Le fait est qu’il existe une Association d’amitié marocco-asiatique. Cette dernière promeut les cultures extrêmes orientales dans le pays. Ainsi, si on trouve la culture japonaise et coréenne en première position, la Chine tient une bonne place dans ce paysage. Ces jeunes se passionnent essentiellement pour la culture, mais également pour l’histoire et le cinéma du pays. Question littérature, même si des auteurs chinois ont décroché des prix Nobel, lire Gao Xinjian dans le texte s’avère ardu même pour les plus rompus aux idéogrammes. Reste qu’apprendre le mandarin dès le primaire est une bonne initiative pour les enfants du réseau MedrasatCom, même si tout bon casablancais se demande : “si on apprend le mandarin à ces enfants, que doit-on enseigner à un enfant de la classe moyenne?” Une question pleine de bon sens, qu’il serait judicieux de poser au ministère de l’Education. 

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