Interview

« Le Maroc pourrait mobiliser jusqu’à 5% de son PIB par an en financement privé »

En visite au Maroc, fin août, le vice-président de la Banque mondiale pour la région MENA, a fait savoir que l’institution financière internationale va réorienter ses priorités et son approche au Maroc. Désormais, un nouveau cadre de partenariat liera les deux parties. Marie Françoise Marie-Nelly, directrice des opérations de la Banque mondiale pour le Maghreb et Malte, revient sur les détails de ce nouveau cadre de partenariat et les nouvelles perspectives que cela offre au Maroc.


Challenge : Le vice-président de la Banque mondiale pour la Région Moyen-Orient et Afrique du Nord, Ferid Belhaj, en visite officielle au Maroc du 27 au 29 août dernier, a annoncé une réorientation de son approche au Maroc. Qu’est-ce qui justifie cette décision ?

Marie Françoise Marie-Nelly : Dans le cadre du partenariat précédent, nous avons accompagné le pays sur des problématiques importantes telles que la question des disparités sociales, la performance des services de base, les défis d’intégration économique, en particulier des jeunes et des femmes, les problématiques de résilience climatique. Ces questions sont toujours d’actualité. Pour la préparation du nouveau CPF pour les années 2019-2023, il ne s’agit donc pas d’une réorientation de notre stratégie, mais plutôt d’une amplification de nos efforts et d’une forte concentration des actions que nous allons entreprendre pour l’atteinte de résultats beaucoup plus importants et visibles. La problématique importante qui se pose à l’heure actuelle n’est pas le « que faire ? », mais plutôt le « comment faire, comment faire plus et mieux ? », et tout ce que cela implique en termes de recherche de plus d’efficience à travers une meilleure allocation et utilisation des ressources et une meilleure gouvernance dans toutes les actions menées. C’est à cet impératif que nous souhaitons nous attaquer dans cette prochaine phase : faire que nos actions et notre appui soient beaucoup plus intégrés afin d’avoir un effet de transformation (effet de levier) qui puisse être répliqué à une plus grande échelle. Notre appui à la mise en place du Registre unique de la population, au rendement des services municipaux de la ville de Casablanca ou encore l’appui à la modernisation du secteur agro-alimentaire (tous des projets en cours) sont des exemples concrets de cette ambition.

Challenge : Quelles sont les nouvelles perspectives que ce nouveau cadre de partenariat avec la Banque Mondiale offre au Maroc à court et à moyen terme ?

Aujourd’hui, nous sommes heureux de travailler étroitement avec le gouvernement et diverses parties prenantes pour la préparation du futur CPF (2019-2023). Nous voulons bâtir sur les acquis de la période précédente mais être beaucoup plus incisifs pour mieux traiter les préoccupations d’aujourd’hui. Avec le positionnement unique dont dispose le Groupe de la Banque mondiale, nous offrons au Maroc, pays à revenu intermédiaire, une palette d’instruments pour répondre à ses défis. Je citerais par exemple la problématique du montage des Partenariats Public-Privé (PPP) et des investissements en infrastructures. Dans ce dernier domaine, le modèle actuel reposant principalement sur des investissements publics (plus de 13% du PIB sont dédiés aux investissements en infrastructures) n’est plus soutenable pour les finances publiques. Le Maroc est en train de réfléchir à des solutions pour maximiser l’utilisation de ressources du secteur privé pour financer cet effort d’investissement. Nous estimons que le Maroc pourrait ainsi mobiliser jusqu’à 5% de son PIB par an en financement privé pour appuyer cet effort. Le Groupe de la Banque mondiale, à travers ses agences spécialisées, notamment l’IFC (agence dédiée à la promotion du secteur privé) et MIGA (agence spécialisée dans la mobilisation de garanties pour des investissements d’envergure), dispose des instruments nécessaires pour faciliter ce type de montages qui mobilisent le secteur privé tout en réduisant les risques. Nous sommes pleinement disposés à mobiliser ces outils pour les mettre à la disposition du Maroc et accompagner le pays dans la poursuite de réformes indispensables à l’opérationnalisation du programme PPP au Maroc dans des secteurs clés. Bien entendu, notre expertise multisectorielle et internationale et la mise à disposition de nos connaissances globales et notre capacité à faciliter des échanges entre Etats, sont des atouts supplémentaires qui font de nous un partenaire de choix pour le Maroc.

Challenge : Dans le cadre de ce nouveau partenariat, quelles sont les priorités de la Banque Mondiale au Maroc pour la période 2019-2023 ?

En ligne avec les défis que j’ai mentionnés, 3 axes principaux ont été identifiés et ils s’articulent autour des priorités du gouvernement ainsi que des domaines où le Groupe de la Banque mondiale a un avantage comparatif en termes d’expertise et de capacité à mobiliser l’expérience internationale. Il s’agit notamment de redynamiser la croissance et la création d’emplois avec une attention particulière sur les jeunes, de transformer le capital humain et de promouvoir un développement territorial inclusif, durable et résilient. Des axes transversaux comme la gouvernance, l’engagement citoyen et le genre ont également été identifiés pour être mis en place à travers l’ensemble de nos programmes d’appui. Enfin, une attention particulière sera accordée à la digitalisation et aux nouvelles technologies tant comme niche de création d’emplois que pour leur capacité de simplifier le fonctionnement de l’administration et de réduire les coûts de transaction pour le citoyen et les opérateurs.

Ces objectifs feront l’objet de discussions approfondies avec les autorités mais aussi les autres acteurs du secteur privé, de la société civile et des partenaires au développement du Maroc avant la présentation de notre stratégie à notre conseil d’administration, prévue en début d’année prochaine.

Challengenews
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