Blog de Jamal Berraoui

Le mauvais corporatisme

I


l est difficile, voire impossible de condamner un médecin ou un avocat au Maroc. Tout simplement parce que la profession a réussi à ériger des lois protectrices qui stricto-sensu, sont honorablement défendables, mais qui dans la réalité se transforment en mal absolu, parce qu’elles aboutissent à éviter la sanction à des délinquants et qu’en face, des citoyens perdent leurs droits.

Le métier de notaire est l’un des plus protégés. La loi marocaine le réservait… aux Français jusqu’à la fin du siècle dernier. Le parcours du combattant pour arriver au titre est ardu. Pendant longtemps, les charges étaient presque héréditaires. Cependant, depuis quelques années le nombre  de notaires tombés pour escroquerie est effarant. Selon un notaire, « il y a plus de notaires condamnés au Maroc que dans toute l’histoire de la profession en France ».

Il n’est pas question de jeter l’opprobre sur des professions. Le Maroc peut s’enorgueillir d’avoir des médecins, des avocats, des notaires de niveau international. La majorité écrasante de ces professionnels agit avec abnégation, dévouement, respect des lois. Dans le contexte politique difficile de l’après-indépendance, ces professions ont donné des leaders de la lutte pour la liberté et l’égalité. C’est un fait historique qui en fait, sans aucun doute, des représentants de l’élite marocaine. Cela n’est pas contestable.

Mais aujourd’hui, les comportements mafieux se sont généralisés. Les cliniques qui surfacturent, qui font du noir sont légions. Les avocats qui trahissent la confiance de leur client, qui s’approprient les dépôts sont quotidiennement à la une des journaux. Les notaires au service des faussaires, de la mafia de l’immobilier, quand ils n’agissent pas pour leur propre compte sont nombreux.

Les protections réclamées et obtenues par les Ordres, qui existent ailleurs n’ont rien de scandaleux dans une situation normale. Nous ne sommes pas dans ce cas de figure. A tort ou à raison, les Marocains ont le sentiment que tout est pourri. Personnellement, je pense que ce jugement est excessif. Si notre pays tient, c’est parce que des fils du peuple, formés par l’école publique agissent au quotidien dans le respect des valeurs de loyauté, de légalité. J’ai la conviction que les mafieux, aussi puissants soient-ils, n’ont pas gangrené la société, mais qu’ils bénéficient de l’atonie d’une justice inexistante.

J’appelle de mes vœux une réaction de ces corps organisés, pour lesquels j’ai un énorme respect. Cette réaction doit être institutionnelle. Il ne s’agit pas de multiplier les déclarations, ni les codes d’éthique. Ce que je propose c’est que ces professions proposent elles-mêmes une nouvelle organisation, qui permet la détection des faits frauduleux et la mise hors d’état de nuire des délinquants. Un notaire qui affirme que « X est un voleur qui fait des faux » parlant d’un confrère, doit avoir les moyens d’initier une enquête interne. Je sais pertinemment que c’est plus facile à écrire qu’à faire. Mais je sais aussi que le projet national n’a aucune chance d’aboutir si la vox populi considère ces professions libérales comme des repaires de voleurs, de faussaires.

 
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