Dossier

Le milieu des affaires se mobilise contre le Covid-19

L’impact économique provoqué par la crise sanitaire du Coronavirus est massif. Comment faire face au ralentissement économique lorsque l’on est entreprise ou salarié ? A l’instar des pays occidentaux, le Maroc commence à prendre ses dispositions avec l’implication à tous les niveaux du monde des affaires.


Le dimanche 15 mars, SM le Roi Mohammed VI a ordonné la création immédiate d’un fonds spécial dédié à la gestion de la pandémie de Coronavirus. Celui-ci sera doté de 10 milliards de DH et devra financer « la prise en charge des dépenses de mise à niveau du dispositif médical, en termes d’infrastructures adaptées et de moyens supplémentaires à acquérir, dans l’urgence », indique le communiqué du Cabinet royal.

Fonds spécial : Et moi, et moi, et moi

Au-delà du volet sanitaire, ce fonds spécial devrait servir au soutien de l’économie marocaine. Il est censé financer une batterie de mesures pour l’accompagnement «des secteurs vulnérables aux chocs induits par la crise du coronavirus, tels que le tourisme, ainsi qu’en matière de préservation des emplois et d’atténuation des répercussions sociales de cette crise».  Sont attendus pour l’alimenter, selon ce décret, les collectivités territoriales, les institutions et entreprises publiques, le secteur privé et les organismes internationaux. L’amende de 3,3 milliards de DH infligée par l’ANRT à Maroc Télécom début février, sera versée au fonds. Au moment où nous mettions sous presse (mercredi 18 mars), les contributions au fonds spécial pour la gestion de la pandémie du Coronavirus (Covid-19) dont le décret de sa création, a été publié le 17 mars, ont largement dépassé le budget fixé. Il faut dire d’emblée que les secteurs public et privé ont fait preuve d’une grande solidarité. Les contributions des opérateurs au Fonds spécial pour la gestion du Coronavirus fusent de partout, accélérant ainsi son opérationnalisation. Il faut dire que sitôt l’appel lancé, les grands groupes privés y ont injecté d’importantes sommes.

Sur les 10 milliards de DH prévus, OCP a misé très gros. Le groupe phosphatier y contribuera à hauteur de 3 milliards de DH.  A en croire le groupe dirigé par Mostafa Terrab, cette contribution ne se limitera pas à cette manne financière. «Cette enveloppe fait partie d’un ensemble de mesures que le Groupe OCP compte déployer dans les jours à venir pour appuyer l’Etat dans ses efforts de lutte contre la propagation du Coronavirus, et ses conséquences sur l’économie nationale », a indiqué le leader mondial des phosphates. Le Groupe Al Mada s’est joint à cet effort collectif en contribuant de 2 milliards de DH à ce Fonds. Bank Of Africa a donné également l’exemple, après avoir consulté les principaux actionnaires. La Banque d’Othman Benjelloun a offert ainsi 1 milliard de DH au Fonds. 

Autre banque qui n’est pas en reste, le groupe BCP qui va consacrer 1 milliard de DH au fonds spécial dédié à la gestion du Covid-19. C’est le même montant, soit 1 milliard de DH que l’Agence nationale de la conservation foncière, du cadastre et de la cartographie (ANCFCC) a offert au fonds spécial. De son côté, le Groupe CDG a également apporté une contribution de  1 milliard de DH pour appuyer la Nation dans ses efforts de lutte contre la propagation du COVID-19, et ses conséquences sur l’économie nationale. S’inscrivant également dans cet élan de solidarité, Afriquia Gaz, filiale d’Akwa Group, a annoncé aux pouvoirs publics qu’elle contribue à hauteur de 1 milliard de DH au fonds. 

A son tour, le Groupe Crédit Agricole du Maroc, dirigé par Tariq Sijilmassi,  s’inscrit dans cet élan de solidarité et affecte 200 millions de DH au Fonds, soit 50% de son résultat annuel.  CIH Bank lui a emboité le pas. Cette dernière a décidé de contribuer à hauteur de 150 millions de DH au profit du Fonds spécial, soit un tiers du résultat net de l’année 2019. 

Le Groupe Tanger Med a également fait preuve d’une grande solidarité en ces temps de crise. Il a pour sa part, apporté une contribution de 300 millions de DH au Fonds spécial.

De son côté, la MAMDA va contribuer à hauteur de 500 millions DH pour le Fonds pour la gestion du Covid-19 et indemniser également pour 1 milliard de DH les agriculteurs victimes de sécheresse. Parallèlement, certains hommes d’affaires ont contribué au Fonds dédié au Covid-19 à titre personnel. C’est le cas de Moulay Hafid Elalamy et Anas Sefrioui, qui ont décidé de faire don chacun de 200 millions DH. 

Aux côtés des grands groupes, les PME ont également commencé à jouer leur partition. C’est ainsi que le Groupe Azura a apporté sa contribution au Fonds. La PME familiale présidée par Mohamed Tazi a misé une enveloppe de  25 millions de DH. Deux autres PME ont acté leur solidarité, notamment le groupe de communication Klem, dirigé par Hamid Kadiri, et Lamalif Group, dirigé par Moulay Lakbir Ismaili, ont annoncé chacune une contribution de 2 millions de DH au Fonds spécial.

A noter qu’outre le milieu des affaires, l’association des régions du Maroc a fait un don de 1,5 milliard de dirhams, dont 1 milliard provenant du Fonds de solidarité interrégionale et 500 millions de DH prélevés directement sur les budgets des régions. Le Fonds Hassan II contribuera quant à lui à hauteur de 1 milliard de DH.  Selon Mohammed Benchaâboun, ministre de l’Economie et des Finances, les 10 milliards de DH fixés initialement constituent en fait «le montant qui sera mobilisé du budget général de l’Etat à travers les ressources ordinaires ou exceptionnelles pour la gestion du compte». C’est dire que tous ces dons annoncés entre le 17 mars et le 19 mars sont à ajouter aux 10 milliards de DH. L’Etat a même donné la possibilité aux personnes physiques de déposer leurs dons directement sur le compte du Fonds. Pour l’heure donc, le montant cumulé des contributions dépasse, pour l’instant, les 25 milliards de DH. Ce mouvement va se poursuivre. Et Benchaâboun est attendu au Parlement au courant de la semaine du 23 au 27 mars pour les entériner et valider le mode de financement de ce fonds. Une Loi de finances rectificative semble s’avérer nécessaire. Les mesures ont en effet un coût.

C’est le 11 mars dernier que le Président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), Chakib Alj,  a sonné la mobilisation avec une rencontre tenue au siège du patronat avec l’ensemble des fédérations et régions du patronat, en vue d’évaluer les conséquences du coronavirus sur l’économie marocaine. A l’issue de cette réunion, le patron des patrons a annoncé que la CGEM proposera une série de mesures au Comité de veille économique (CVE) pour préserver la situation économique au Maroc face au nouveau Coronavirus. Il faut souligner que le ministère de l’Économie et des finances, a annoncé, la vieille, la mise en place d’un CVE, dans le cadre des efforts du gouvernement pour anticiper les répercussions économiques directes et indirectes de la crise sanitaire du Covid-19 sur l’économie nationale. Ainsi, quatre jours après sa mise en place, le 16 mars, le CVE tenait sa première réunion à Rabat pour discuter les mesures concrètes à prendre. Ce comité réunissant des membres du gouvernement avec les représentants du patronat et du groupement des banquiers, devrait arrêter jeudi 19 mars le plan d’action pour activer des mesures exceptionnelles, au premier rang desquelles la suspension du paiement des charges sociales (cotisations CNSS) et la mise en place d’un moratoire pour le remboursement des crédits bancaires au profit des entreprises. Toujours est-il que ces mesures devront être opérationnelles à partir du lundi 23 mars et font partie d’un plan d’action qui s’étalera jusqu’à fin juin 2020. Ces mesures ne seront sûrement pas suffisantes. C’est pourquoi, d’autres nouvelles mesures seront également annoncées ce jour-là par ce comité réunissant des membres du gouvernement avec les représentants du patronat et du groupement des banquiers. Il faut souligner que lors de la première réunion du CVE, le patronat avait proposé plusieurs mesures dont un  moratoire fiscal et social, une indemnité pour perte d’emploi pour les bas salaires, la suspension des contrôles fiscaux et les ATD (CNSS, DGI et la Douane), la suspension des charges fiscales au 31 mars et des charges salariales pour tous les secteurs, sauf ceux ne souffrant pas de la crise.

Par ailleurs, la CGEM a également tenu une réunion avec le ministre du Commerce et de l’Industrie, pour faire le point sur la situation d’approvisionnement du marché et pour s’enquérir des doléances des professionnels du secteur du commerce et de la distribution. Une batterie de 11 recommandations a été soumise à Moulay Hafid Elalamy par la fédération des commerçants. Des réunions sont prévues pour déterminer celles qui pourront être appliquées. Ceci est d’autant plus important que certains services sont à l’arrêt depuis lundi 16 mars à 18h, suite à une décision du ministère de l’Intérieur. Cafés, restaurants, salles de sport, hammams… ont fermé leurs portes jusqu’à nouvel ordre.

Du pain sur la planche pour le patronat. Ce dernier pourra compter sur les parlementaires. Lors d’une réunion de la Commission des finances et du développement économique à la Chambre des représentants pour présenter le décret portant création d’un compte spécial dédié au fonds de gestion du Coronavirus, les députés  ont formulé  des propositions visant à soulager les entreprises affectées par le Covid-19. Ils appellent ainsi à la mise en place de plans d’urgence pour sauver les secteurs gravement impactés et déclarer le Covid-19 comme cas de force majeure concernant les marchés publics. Ils préconisent également la suspension des Avis à Tiers Détenteur (ATD) et des contrôles fiscaux, ainsi que le report du règlement des impôts et charges sociales. Sur le plan socio-économique, ils ont plaidé pour un soutien accru à l’économie nationale, surtout pour les secteurs les plus vulnérables, afin de préserver les emplois et d’atténuer les incidences sociales de la propagation du Coronavirus. Il est également question de créer des comités régionaux de veille économique et d’augmenter le budget du Fonds spécial de gestion du Coronavirus. Les députés insistent également sur la nécessité de l’approvisionnement continu des marchés et de veiller sur la stabilité des prix. Autres propositions : l’adoption d’une aide directe de 2000 DH mensuels destinée aux classes fragiles ainsi qu’aux salariés du secteur informel et suspendre les factures d’eau et d’électricité et les crédits à la consommation et logement pour les démunis.

 
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