Politique

Le PAM : un échec programmé

Les luttes de clans ont atteint un niveau tel que la scission est inévitable au sein du Parti authenticité et modernité (PAM). Ce parti était construit autour d’un leurre. 


Exclusions réciproques, menaces de procès, accusations de détournements, les protagonistes de la crise du PAM ne se sont fixés aucune limite. Tout replâtrage paraît impossible, la scission est actée, quelle que soit la partie gagnante. Elle pourrait même avoir lieu avant le congrès prévu en octobre. Il est futile de rechercher les divergences d’idées dans ce conflit peu civilisé. Ce ne sont que des coalitions d’intérêts qui s’entrechoquent depuis le départ d’El Omari.

Le PAM est vicié dès la naissance. Le mouvement pour tous les démocrates avait réuni des personnalités différentes autour d’une plateforme qu’on peut qualifier de moderniste. Le passage au parti n’a surpris personne. La plateforme nécessitait un bras politique. La manière de le faire n’avait rien à voir avec le contenu de la plateforme. Réunir des intellectuels et des notables sous la même bannière ne pouvait tenir que si un parrain externe régissait le parti. Cela rappelait le FDIC, le Front dirigé par Réda Guedira en son temps et qui n’a duré que le temps d’une élection. Seulement, le Maroc avait des acquis qui ne correspondent pas à la situation de 1963. Les élections partielles vont démontrer avec les échecs retentissants de Habib Belkouch et Salah El Ouadie, que la force électorale reste les notables. Ils affluent en masse et donnent au PAM le contrôle de plusieurs municipalités. Le PAM se présente comme le barrage aux islamistes et grappille des voix au sein de couches sociales se disant modernistes, même si le jeu démocratique est un peu égratigné.

« Réunir des intellectuels et des notables sous la même bannière ne pouvait tenir que si un parrain externe régissait le parti »

Le printemps arabe a chamboulé la donne. Le discours du 09 mars 2011 a été interprété comme un nouveau contrat démocratique. Le PJD en a profité. Le PAM pensait gagner les législatives de 2017, grâce au clivage. C’est l’inverse qui s’est produit, des voix modernistes se sont portées sur les Islamistes en défense de la démocratie. Le discours de Benkirane sur le « Tahakkoum » a porté.

Les convulsions actuelles ont leur origine dans cette défaite. Mais elles ne sont que le résultat des contradictions originelles. Le parti attrape-tout n’est viable que dans la configuration d’une intervention externe. Or, celle-ci est en contradiction avec la construction démocratique.

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On peut dire que la construction a été retardée par la création du PAM, parce qu’elle a réduit les anciens partis, non pas au nom de pratiques nouvelles, mais juste en leur piquant les notables. Mais surtout le clivage factice avec le PJD, a fait de celui-ci un étendard de la démocratisation. Cela a empêché le débat sur le bilan de Benkirane qui n’est pas reluisant. Le résultat, c’est que les deux partis ont réalisé un grand score, mais que la vie politique en sort très affaiblie et les institutions décrédibilisées.

Le sort du PAM n’intéresse en rien les démocrates. L’illusion du barrage aux islamistes est tombée lors des dernières législatives. Le combat idéologique ne peut pas passer par le biais de notables douteux. La création de ce parti était une véritable erreur conceptuelle. Les faits le démontrent. 

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