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Le Qatar… malgré tout

Fini les quolibets


Bien sûr, et comme d’habitude, la presse occidentale (française en particulier) n’a pu s’empêcher de se livrer à son jeu de fléchettes favori : à savoir épingler les personnes, les régimes et même les pays au gré de leurs préjugés.

Ainsi que n’a-t-on pas lu sur le Qatar, d’abord présenté comme État rentier gaspillant des fortunes pour soutenir les causes les plus dangereuses et déstabiliser les « démocraties » avec ses reportages de la célébrissime chaîne T.V Al Jazeera.

Le Qatar fut présenté alors comme un pays sulfureux où allait s’épancher, s’abreuver et se réfugier tous ceux qui n’avaient aucun respect pour les Droits de l’Homme. Mais ça, c’était avant…

Depuis, le Qatar a fait son bout de chemin vers la respectabilité.  Voici comment. 

D’abord, il sera à l’origine de la plus grosse déflagration que subira le football mondial, et donc la FIFA. 

Retenez-le bien, si Blatter a été obligé de faire ses bagages et de quitter son somptueux fauteuil dans le non moins magnifique domaine de Zurich d’où il contrôlait le football de la planète, c’est bien parce qu’en 2022, le Qatar organisera le Mondial du ballon rond aux lieu et place… des USA qui était le candidat favori pour ce faire.

Toute l’enquête du FBI, les condamnations de la justice fédérale américaine, ont été motivées par l’affront fait au pays de l’Oncle SAM qui avait postulé pour les phases finales de la Coupe du Monde.

Que le même jour, au siège de la FIFA, Blatter ait «donné» le Mondial 2018 à la Russie de Poutine, et laisser Obama sans rien, alors que le Qatar raflait la mise pour 2022, n’a fait qu’exacerber encore plus les rancœurs.

On connaît la suite de l’Histoire et ses conséquences.

Il n’est pas innocent que parmi les premières décisions du nouveau patron de la FIFA, il y ait eu ce Mondial 2026 attribué quasi obligatoirement aux USA de Donald Trump, malgré tous les efforts du Maroc pour avoir droit à sa place historique dans le concert mondial.

Que par la suite, Gianni Infantino ait tenu les discours rassurants pour nous, n’est que chose diplomatique.

A la FIFA, l’argent va à l’argent… L’Histoire, les valeurs, le fair-play, d’accord, mais à condition que cela reste des slogans.

Lorsque Donald Trump sentant la menace marocaine bien réelle, car pouvant s’attirer la sympathie des pays arabes, africains et d’Amérique Latine, il a fait feu de tout bois et rappelé dans un de ces fameux « Tweet » que personne ne devait oublier ce qu’il doit à l’Amérique, à ses sponsors et à ses dollars. Message entendu cinq sur cinq par tous les intéressés et surtout par Infantino qui est loin d’être sourd.

Que Trump ait poussé le cynisme jusqu’à dire, le jour où les USA ont eu le Mondial 2026 : «J’ai le plaisir de vous annoncer que les USA ont obtenu la Coupe du Monde 2026 et que c’est l’Arabie Saoudite qui va nous la financer », n’a fait qu’ouvrir les yeux des plus naïfs d’entre nous, leur faisant comprendre la réalité des choses.

Pour en revenir au Qatar, comment donc cet État minuscule a pu alors, souffler le mondial 2022 au nez et à la barbe des « Yankees » ?

L’affaire est au fond très simple. D’abord le Qatar a montré que, non seulement il avait les ressources financières que l’on sait, mais qu’il possédait une vision d’avenir et qu’il savait s’investir et investir.

Or, le meilleur des investissements à long terme, c’est l’investissement sur le capital humain. Le Qatar va entrer à la FIFA par la petite porte. Si 24 dignitaires votaient, à l’époque, on était en 2010, pour l’attribution d’une phase finale d’un Mondial, le Qatar avertit que Blatter était déjà au mieux avec les USA et qu’il était inutile de songer à acheter (corrompre) les voix de tous les votants, même si certains étaient très disposés à le faire, le Qatar donc fit ami-ami avec Platini qui pensait sincèrement qu’un Mondial au Qatar allait ouvrir de nouveaux horizons au football. Platini acquis, le Qatar fit sa campagne à l’intérieur du bureau exécutif. Comment, et avec qui ? Les réponses appartiennent à l’histoire secrète de la FIFA, et c’est ainsi que pour la première fois Blatter annonça avec sa fameuse enveloppe du vote, le nom d’un pays qu’il n’avait pas soutenu. On connaît la suite et surtout ce qui en coûta à la FIFA de Blatter que les USA et ses enquêtes judiciaires se chargèrent de faire disparaître.

Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et de grains de sable dans les déserts. Avec l’acquis du Mondial 2022 le Qatar ne s’arrêtant pas là, va devenir désormais partenaire incontournable et indiscutable dans le système footballistique mondial.

Pour remercier la France de Michel Platini et Nicolas Sarkozy, il s’est lourdement investi dans le PSG et le football français qu’il a sauvé quasiment de la faillite.

Il n’est pas exagéré de dire que depuis l’arrivée à Paris des Qataris, les droits du football ont connu une explosion exponentielle, car, fins stratèges, les Qataris, outre les stars attirées au PSG, ont contribué aussi à la surenchère qui a fait le bonheur de la Ligue professionnelle française.

Oublié Al Jazeera dont le simple nom provoquait de l’urticaire à beaucoup, bienvenue donc à Bein Sports qui va donner une image plus sportive et surtout plus professionnelle aux Qataris.

Installé dans le paysage médiatique télévisuel, Bein Sport va, avec ses pétrodollars, insuffler une perspective dynamique au football français qui commençait à s’essouffler avec le seul Canal Plus comme solide pourvoyeur de fonds. Bein sports ratisse large, elle achète les droits des principaux championnats européens et acquiert un poids considérable. Le Qatar, intelligemment, y va doucement dans son travail de conquête. Il pourrait  -il en a les moyens- tout acheter, tout diffuser, mais il ne veut passer ni pour un prédateur, ni un cannibale, il se veut rassurant et amical même avec les autres opérateurs, laissant une (petite) place aux chaînes traditionnelles des pays.

En même temps, il se propose d’accueillir et d’organiser toutes les compétitions à Doha, sa capitale futuriste. Cyclisme, Handball, et moult autres disciplines sportives ont table ouverte dans l’émirat. L’hospitalité qatarie s’étend aussi aux congrès et conférences, et séminaires internationaux . Le fils de Platini, reconnaissance oblige, y a trouvé une profession à sa mesure. 

Les compétences s’agglutinent à Doha, notre Karim Alami national y organise un ATP de tennis de haute volée comme le Maroc ne peut même pas rêver d’accueillir. Tout cela, et tant d’autres choses encore qu’il serait trop long  d’énumérer ici, ont bâti la crédibilité d’un État que même les menaces de boycott aérien proférées par les puissants états voisins, n’ont pu entamer. Les championnats du monde d’athlétisme s’y déroulent actuellement, malgré toutes les piques venimeuses -et totalement gratuites – sur la chaleur et l’humidité. 

Ceux qui perdent râlent, bien sûr, mais les autres relativisent, : «On est là, et on doit s’accommoder, on était prévenu et on a accepté de participer, alors, il faut faire avec ».

Infantino n’est pas le moindre des supporters lui, dont la FIFA vient d’accorder les deux prochaines Coupes du monde des clubs au Qatar, alors que l’Inde et la Chine voulaient accueillir ces deux compétitions. 

Non, aucune critique n’y pourra rien. Désormais, le bateau Qatar a largué ses amarres.

Il est prêt à voguer sur les flots tumultueux du sport mondial.

Les plus malins ont déjà pris place à bord et profitent de la croisière.

Les autres auront toute la vie pour regretter leur scepticisme. 

Le Qatar est là. Et bien là.

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