Diplomatie

Le renseignement militaire espagnol avait alerté Pedro Sanchez que le Sahara est un «casus belli» pour le Maroc [Rapport]

Suite au développement des différentes péripéties dans la crise diplomatique liant l’Espagne et le Maroc, le gouvernement de Pedro Sánchez ne peut prétendre qu’il ignorait les conséquences de l’accueil de Brahim Ghali, leader du Front Polisario. En juin 2018, alors que Pedro Sánchez était élu à la tête du gouvernement, un rapport préparé par un colonel analyste du renseignement militaire espagnol avait souligné que le Maroc considérait le Sahara comme étant pratiquement une question sacrée.


Il s’agit d « un territoire qu’il revendique comme une province et une affaire qu’il considère comme casus belli ». En d’autres termes, Rabat considère tout affront lié au Sahara comme une raison de déclencher une guerre avec ses voisins. Les exemples dans ce sens étaient nombreux et le plus récent avant l’Espagne n’est autre que le différend maroco-allemand.

Le rapport en question ci-dessus, « document de recherche 13/2018 », s’intitule Maghreb Security Scenario 2040 et porte le cachet du Centre des hautes études de défense nationale (CESEDEN) et de l’Institut espagnol d’études stratégiques (IEEE). Tous deux sont des centres d’analyse dépendant du ministère de la défense.

Son auteur est le colonel Fernando Caballero Echevarría, qui signe le rapport de 20 pages en tant que « chef de l’organe de coordination de la sous-direction du soutien au renseignement de l’état-major général/centre de renseignement des forces armées ». Le colonel Caballero est un expert des affaires marocaines et l’auteur de l’essai Annual : los factores que llevaron al desastre : análisis del intervencionismo español en Marruecos entre 1898 y 1928 (ndlr : Annuel : les facteurs qui ont conduit au désastre : analyse de l’interventionnisme espagnol au Maroc entre 1898 et 1928).

Lire aussi| Le conflit entre l’Espagne et le Maroc met en danger le retour de plus de 12 600 travailleurs saisonniers

Le rapport analyse les « divergences manifestes entre les principales puissances de la région (Maroc et Algérie) », qui « génèrent des barrières, aujourd’hui insurmontables, pour faire face aux défis sécuritaires de la rive sud de la Méditerranée ». Il analyse et traite également des menaces qui guettent l’Europe à sa porte. L’auteur décortique les principales clés des relations entre les deux pays, en analysant le scénario possible dans lequel cette zone pourrait se trouver à l’horizon 2040. Et l’une des questions qui ressort est celle du Sahara, « un territoire qu’il revendique comme une province et une question qu’il considère comme un casus belli ».

Le colonel Echevarria explique que ce sont ces revendications de souveraineté sur le Sahara qui provoquent la plus grande méfiance avec les pays voisins. « Le Maroc, isolé physiquement par le « mur sahraoui », mise sur la méfiance de ses voisins, en particulier l’Algérie [l’auteur ne cite pas expressément l’Espagne], avec laquelle il entretient un conflit actif au Sahara occidental », indique le rapport.

Lire aussi| Casablanca : la crise du Covid-19 aggrave la situation d’Anfa Place

Le rapport avait précisé que « les forces armées et de sécurité marocaines, fortes de 250 000 hommes, sont orientées pour contrebalancer toute menace algérienne et surveiller le Front Polisario, une organisation militaire qualifiée de terroriste par le Maroc.

Le rapport du colonel des renseignements militaires note que « la question du Sahara (…) est le nœud gordien du scénario Maghreb 2040″. Une question gelée qui empêche le rapprochement entre les deux puissances, le Maroc et l’Algérie, et freine le développement d’initiatives crédibles ». Le Sahara, est un « problème pour lequel il n’y a aucune solution en vue pour les deux prochaines décennies ». Et il conclut : « Le scénario du Maghreb 2040 n’est pas du tout flatteur ».

Pour rappel, les avertissements des analystes sur les risques pour l’Espagne de toute décision sur le Sahara sont nombreux et remontent à l’époque du gouvernement de José Luis Rodríguez Zapatero. En effet, et comme le rapporte OKDIARIO, un autre rapport du ministère de la Défense, daté de septembre 2011 : » Le risque sur Ceuta et Melilla est permanent. S’il n’est pas géré correctement depuis le niveau politique, il risque de dégénérer en guerre et conflit « . Aujourd’hui, le Maroc est arrivé au stade où une potentielle rupture des relations diplomatiques avec l’Espagne est envisageable.

 
Article précédent

Évolution du coronavirus au Maroc : 346 nouveaux cas, 520 769 au total, vendredi 4 juin 2021 à 16 heures

Article suivant

Quarantaine obligatoire même pour les Marocains vaccinés au retour d'un voyage autorisé à l'étranger