Entreprises & Marchés

Le SIB pour donner un nouveau souffle au secteur


BTP. Le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) traverse une véritable période de turbulences. Et les opérateurs ne s’en cachent pas : ils misent sur le Salon International du Bâtiment (SIB) qui ouvre ses portes à Casablanca ce 26 novembre pour donner un nouveau souffle au marché. par  adama sylla

Les indicateurs sont clairs pour le secteur du BTP : l’embellie se fait attendre. En effet, les ventes de ciment au Maroc n’arrivent toujours pas à décoller en cette année 2014. Elles restent toujours en deçà des réalisations de 2013 en dépit d’une importante hausse enregistrée au cours du mois d’août écoulé atténuant, toutefois, la baisse annuelle enregistrée depuis janvier. Aussi, comparées à fin septembre 2013, les ventes de ciment ont baissé de 10,78 %. « 2014 est une année difficile avec pratiquement une récession sur la plupart des produits y compris le ciment, l’acier», confie un professionnel du secteur des matériaux de construction. Résultat des courses : les professionnels fondent de gros espoirs sur le SIB pour provoquer le déclic, ou du moins une légère reprise en décembre.

Sale temps pour les matériaux de construction

Il faut dire que la baisse est généralisée chez tous les principaux consommateurs de ciment, avec, côté BTP, des entreprises pénalisées par les retards des reports de crédit au niveau des administrations. Mais c’est surtout la petite forme de la promotion immobilière, qui absorbe historiquement 80% de la production nationale de ciment, qui a le plus pesé. Les mises en chantier ont stagné au premier semestre de l’année, à plus de 150 200 unités, et la production régresse de 11,5% à 104 200 unités, selon les chiffres officiels.
L’industrie de la brique, pour sa part, n’est pas bien lotie. Selon les opérateurs du secteur, la demande a beaucoup baissé. Certains parlent même d’une baisse de plus de 40 % depuis le début de l’année. Le bois ne s’en sort pas mieux. Le recul de la demande est de l’ordre de 10% en comparaison avec l’année 2013 qui, elle-même n’était pas une bonne année, selon les professionnels. Ces derniers, notent une recrudescence des exportations européennes vers le Maroc qui compensent la déconfiture du marché égyptien. Le secteur de l’industrie de la peinture n’a pas été également épargné par le marasme de l’immobilier. La demande de la peinture destinée au secteur du bâtiment, qui a crû annuellement de 8 à 10% de 2000 à 2010, est depuis sur la mauvaise pente. La consommation nationale plafonne actuellement à 250000 tonnes et elle descend à 200 000 tonnes durant les mauvaises années, selon les estimations des professionnels.
Du côté de l’industrie de la sidérurgie, c’est un secret de polichinelle. Les producteurs locaux opérant dans la filière du rond à béton et fil machine se plaignent. Ainsi, depuis l’année dernière, ils ne cessent de demander des mesures de sauvegarde. Car, selon eux, ils n’ont aucune chance de se faire une place sur le marché européen. Celui-ci est très protégé par les normes, alors que les producteurs européens peuvent aisément écouler leurs produits sur le marché marocain. C’est là, la source de toute la détresse de l’industrie marocaine de la sidérurgie, telle qu’elle est expliquée par les responsables de l’Association des Sidérurgistes du Maroc (ASM). Si les sidérurgistes ont été entendus par le Département du Commerce extérieur, tel n’a pas été le cas pour les céramistes qui avaient déjà bénéficié en 2005 d’une mesure de sauvegarde. En effet, les céramistes sont revenus à la charge en avril dernier. Ils ont exprimé publiquement «leur préoccupation par la situation alarmante du secteur». En cause, selon l’Association professionnelle des industries céramiques (APIC), les importations massives» écoulées dans le marché local à des prix dumping. «Nous assistons à une anarchie totale… L’importation des carreaux a augmenté de 40% sur les deux dernières années et la même tendance est observée sur le 1er semestre 2014», dit-on auprès de l’Apic.
Mais dans ce secteur des matériaux de constructions dans la tourmente, la filière sanitaire semble tenir bon. La multiplication des opérateurs (Roca, Jacob Delafon, entre autres) a permis la création d’un marché concurrentiel, et ce, malgré la présence d’un domaine informel très important. Jusqu’en 2010, le secteur a connu une hausse de plus de 20% des ventes, avec une évolution moyenne du chiffre d’affaires de 8%, selon les estimations des opérateurs. Car, parallèlement, la progression des importations asiatiques s’est accrue, provoquant une baisse des prix des appareils de plomberie, perceptible principalement sur les segments moyen et haut de gamme.
Aujourd’hui, seul le logement social continue à sortir du lot avec quelques difficultés au niveau de certaines villes. Sinon, notaires et promoteurs rapportent en effet, que les transactions dans le moyen et le haut standing se font de plus en plus rares, une situation qui se prolonge déjà depuis six mois. A quand alors l’embellie pour le BTP ?
 
Des marchés de 189 milliards de DH à saisir en 2015 !

Pour le gouvernement, au vu du budget d’investissement public pour l’année prochaine qui a été  augmenté à 189 milliards de DH contre 186,6 milliards de DH en 2014, les opérateurs du secteur auront des marchés à saisir. « Nous attendons de voir les instructions du Chef du gouvernement qui a décidé de placer l’entreprise au cœur des préoccupations. Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises de BTP ont déposé le bilan à cause des retards de paiement de l’Etat. Par rapport au budget d’investissement pour l’année 2015, le volume annoncé importe peu. Ce qui compte, c’est le taux de réalisation », souligne Bouchaib Benhamida, Président de la Fédération nationale de bâtiment et des travaux publics (FNBTP) qui s’interroge sur le taux de réalisation du budget d’investissement en cours. En tous les cas, selon le projet de Loi de Finances 2015, le Gouvernement poursuivra l’année prochaine, la réalisation du premier schéma National d’armature des autoroutes de 1.800 km. En effet, le Maroc dispose aujourd’hui de 1.511 km d’autoroutes ouvertes à la circulation avec la mise en service en 2014 de la desserte autoroutière Khouribga-Béni-Mellal d’une longueur de 95 kilomètres et 261 km d’autoroutes sont en cours de construction. De même, les travaux de l’autoroute El Jadida-Safi sur 143 km, de l’autoroute Berrechid- Khouribga sur 77 km et du contournement de Rabat (41 km) se poursuivront en 2015. Par ailleurs, le Gouvernement étudie la mise en œuvre d’un deuxième Schéma National d’Armature Autoroutière, à l’horizon 2030, en privilégiant le Partenariat Public-Privé.
Parallèlement au développement des autoroutes, il est prévu la poursuite des travaux au niveau des voies express Taza–Al Hoceima, Ahfir-Selouan, Larache-Ksar Kebir et Pont Oued Massa-Tiznit et le lancement des travaux de doublement de la RN 4 reliant Kénitra à la P2I, ainsi que l’aménagement de la RN9 reliant Marrakech-Ouarzazate-Zagora-Lamhamid.
Pour les infrastructures portuaires, l’année 2015 sera marquée par la poursuite des travaux dans les ports de Safi, de Tarfaya et de Jebha, le démarrage des travaux du port de pêche de Casablanca ainsi que le démarrage de la construction d’un nouveau port de pêche à Lamhiriz (300 km au Sud de Dakhla), afin de mettre à la disposition de la population locale un bassin protégé pour la pêche artisanale.
De même, l’année 2015 devrait connaître le lancement de la consultation pour la réalisation du nouveau complexe portuaire Nador West-Med, dont la maîtrise d’ouvrage est assurée par une société dédiée (société Nador West Med) pour un investissement global de 9.884 millions de dirhams à financer par des fonds propres (à hauteur de 4.590 millions de dirhams) et des emprunts pour un montant de 5.294 millions de dirhams. « La quasi-totalité de ces projets sont des annonces. Tant que les appels d’offres ne sont pas lancés, nous n’allons pas y croire. Pour l’heure, le seul domaine où les choses bougent véritablement, c’est celui des barrages », martèle Bouchaib Benhamida. A noter que pour ce volet hydraulique, l’année 2014 est marquée par l’achèvement des barrages Timkit sur l’Oued Assif N’Ifer dans la Province d’Errachidia et Moulay Bouchta sur l’Oued Moulay Bouchta dans la province de Tétouan. Et l’année prochaine, devra connaître la poursuite des travaux de construction des barrages suivants : le barrage Martil sur l’Oued Mhijrate à 15 Km de la ville de Tétouan, qui devrait s’achever en 2016 ; le Complexe Mdez-Aïn Tmedrine-Azghar sur le Haut Sebou dans la province de Sefrou dont l’achèvement des travaux est programmé pour l’année 2017 ; le barrage Ouljet Es Soltane sur l’Oued Beht dans la Province de Khémisset dont la date d’achèvement des travaux est prévue pour l’année 2015 ; le barrage Sidi Abdellah sur l’Oued Ouaar dans la Province de Taroudant et Dar Khrofa sur l’Oued Makhazine dans la Province de Larache, dont les dates d’achèvement des travaux sont prévues pour l’année 2015 ; le barrage Kherroub sur l’Oued Kherroub dans la province de Tanger, dont la date d’achèvement des travaux est prévue pour l’année 2017.
En outre, il est prévu en 2015, le démarrage effectif des travaux de construction de trois grands barrages. Il s’agit des ouvrages suivants : le barrage Kaddoussa sur l’oued Guir, dans la province d’Errachidia, dont le coût est estimé à 900 millions de dirhams ; le barrage Targa Ou Madi sur l’oued Zobzit, dans la province de Guercif et le coût est d’environ 1,3 milliard de dirhams ; le barrage Tiddas sur l’oued Bouregreg, dont le coût est d’environ 1,25 milliard de dirhams. Le secteur infrastructure ferroviaire n’est pas en reste, car l’année 2015 sera caractérisée par la poursuite des travaux de réalisation du TGV Casablanca-Tanger, du doublement partiel de la voie entre Settat- Marrakech, de la modernisation des gares et de la suppression des passages à niveau.

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