Sport

Le stade de la violence : A la recherche du Père perdu

Des excités armés viennent « foutre » le bazar autour d’un match de football et voilà que tous, (journalistes, analystes, consultants, autorités civiles et politiques) se retrouvent à chanter en chœur le refrain sempiternel sur les hooligans, les ultras et tutti quanti.


Le pire c’est qu’à chaque fois ces gens-là donnent l’impression d’avoir redécouvert l’eau chaude ou le fil à couper le beurre.

A force de lire ou d’écouter leurs analyses, raisonnements et jugements, on devient aussi perdus qu’ils le sont et l’on rejoint le clan de tous ceux qui veulent exclure le football de la société, sous le prétexte que ce sport n’augure que des comportements de bruts et de criminels qui viennent y assouvir leurs bas instincts.

Et puis il y a les autres, les intellos qui, du haut de leurs convictions, vous assènent que tout cela n’est que le fait de groupes d’extrême droite qui prennent les stades en otage pour déverser leur haine et fourbir leurs armes, pour plus tard, prendre le pouvoir. 

Bigre, rien que ça… Alors donc le football serait devenu dangereux pour le régime d’un Etat qui le cautionne et l’alimente à coups de milliards? Qui pourrait croire à cette inversion des données ? 

Données qui voulaient faire du football, l’opium des peuples, le moyen d’endormir toutes velléités de contestation sociale.

A suivre les analyses de pseudo-connaisseurs de la chose politique, on y perdrait son latin si tant est que quelqu’un pigerait encore goutte aux versions grecques et latines d’antan.

Cela fait longtemps que la langue latine a disparu des manuels scolaires mais l’expression «perdre son latin» est restée, comme quoi il y a des axiomes qui ont la vie dure. Tout autant que la bêtise humaine qui, de son côté, n’est pas près de disparaitre du monde où nous vivons.

C’est ce qui explique que de nombreuses personnes ont des avis contradictoires sur le football qui passe de sport-roi à sport dangereux pour les populaces.

En vérité, le football n’est ni le meilleur ni le pire des loisirs que le monde a engendrés. Pensez bien que s’il avait été aussi dangereux que veulent le faire croire les bien-pensants, il y a longtemps qu’il aurait disparu, car les dirigeants des pays se seraient arrangés pour l’éradiquer. Aucune personne sensée ne peut tolérer quelque chose capable de provoquer sa perte, et disons-le tout net, si le foot ne sert pas le Pouvoir, le Pouvoir a tous les moyens de s’en passer.

Or, le football, malgré ses dérives est plus populaire et plus soutenu que jamais.

Son économie, on devrait dire son industrie, engendre des milliards à longueur d’années, et il n’est pas appelé à disparaitre. Sa magie passionne les foules à travers le monde, et les droits T.V, sont devenus une véritable guerre économique pour en obtenir le privilège des retransmissions.

Alors de quoi parle-t-on en fait, et surtout comment expliquer le raisonnement de ceux qui veulent clouer le football au pilori ?

La réponse est toute simple, c’est que le football, hyper médiatisé, est en fait sous analysé. Et quand les « intellos » de façade daignent s’y intéresser, c’est pour le dénigrer, et pour, à la moindre incartade, au moindre débordement, venir hurler les «Je vous l’avais bien dit, » qui font l’essentiel de leur constat.

En vérité, le foot n’est ni l’opium ni le vomissoire du peuple. Il en est tout simplement le miroir, un miroir qui reflète la société au sein de laquelle il vit.

Tant que l’on n’a pas compris les évolutions et les circonvolutions de notre société, on ne comprendra rien à ce qui se passe dans notre football.

Les interdictions des stades aux mineurs, les huis-clos, les sanctions à tour de bras, les arrestations et emprisonnements de jeunes écervelés et déboussolés, après chaque escalade, sont aussi efficaces qu’un cautère sur une jambe de bois.

On multiplie les agents d’autorité dans les tribunes et autour des champs de jeu, mais cela ne fait qu’amplifier la grogne et dorénavant les dégâts que subissent les forces de l’ordre, pris régulièrement pour cibles, connaissent des proportions inquiétantes. A Safi et Rabat, pour ne parler que des matchs les plus récents, les véhicules officiels de la Sûreté Nationale ont été plus endommagés que les voitures particulières. 

Alors où va-t-on et surtout contre qui se bat-on ?

Contre une société qui a perdu tout repère depuis qu’elle a abandonné les principales valeurs éducatives. 

Chaque société est un groupe formé de citoyens et citoyennes, ces individus sont le fruit d’une éducation, laquelle éducation commence d’abord dans le cercle familial. Avant que d’aller à l’école où l’instituteur doit continuer l’éducation de l’enfant, celui-ci est sous la responsabilité de ses parents. Si ceux-là n’accomplissent pas cette première étape qui doit être faite de respect, d’attention et d’autorité, l’enfant est quasiment perdu pour la société. Qui n’a jamais appris à respecter l’autorité familiale sera rétif à toute forme d’autorité, sauf à celle de la force et de la violence.

Au Maroc, hélas, pour des raisons que tout le monde connait, et qu’il serait trop long et inutile de développer ici, beaucoup de nos enfants arrivent à l’adolescence sans n’avoir jamais compris ce que c’est d’obéir. Un enfant peut s’autoriser à dire à son propre père : « Tu n’avais qu’à ne pas me mettre au monde si tu n’as pas les moyens de m’élever ». Phrase horrible que bien des parents avouent avoir déjà entendu de la part de leurs rejetons.

C’est là le comble de l’irrespect et il est partagé plus qu’on ne le suppose. Ce scandale est général et on l’attribue plus à la démission des parents qu’à la paupérisation des familles. Certes, pauvreté est mère de tous les vices, mais c’est aussi une excuse bien commode car il doit y avoir des limites à ne pas dépasser. Au sein de la famille, les limites normales ont été dépassées, alors aucune autre force ne peut plus corriger quoi que ce soit. Le reste, dans les stades et ailleurs découle de cette terrible évidence.

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