Modèle de développement

L’économie nationale est en manque de règles de jeu

L’économie marocaine a besoin de règles garantissant son bon fonctionnement. C’est pourquoi, la crédibilité du nouveau modèle de développement passe par des recommandations concrètes et courageuses dans ce sens. 


De l’aveu de tout le monde, toutes tendances politiques et toutes couches sociales confondues, notre modèle de développement (si on admet qu’on en a un) bat de l’aile et il est arrivé à ses limites. Actuellement, notre pays est en pleine réflexion sur un nouveau modèle de développement. C’est un projet d’une importance que nul ne peut sous-estimer vu ses conséquences sur notre vie future et sur celle des générations à venir.

Un modèle de développement est une notion qui n’est pas facile à cerner dans toutes ses dimensions. Mais sans tenter de se lancer dans un débat théorique, disons-le dans des termes très simples: il s’agit d’un projet de développement qui a pour objectif unique de faire de notre pays une nation prospère où ses enfants jouissent sur un pied d’égalité de leurs droits politiques, économiques et sociaux.

C’est pourquoi, un modèle de développement est avant tout une vision dont la mise en œuvre nécessite une stratégie qui s’impose à tous les acteurs politiques. Tous les projets, quels que soient leurs initiateurs doivent être en ligne avec cette vision et obéir à la stratégie adoptée. Ainsi, les actions spontanées basées sur des considérations subjectives ou émotives n’auront plus de place.

Mais le modèle de développement qui sera adopté, une fois les travaux de la Commission ad-hoc terminés, ne devrait pas s’arrêter à l’élaboration d’une vision et d’une stratégie. Sa valeur sera mesurée à l’aune de la pertinence des réformes qui seront retenues pour les différents secteurs (éducation, santé, économie, culture, justice…).

Pour ce qui est de l’économie, objet de notre propos, il est indéniable que le Maroc a mené des réformes intéressantes et ce, depuis le début des années quatre-vingt-six. Et c’est grâce à ces réformes que notre pays figure actuellement parmi les nations qui disposent du meilleur cadre réglementaire pour faire des affaires. Est-ce suffisant ? La réponse est sans hésitation, non.

Certes, le cadre réglementaire est important et il pèse lourdement sur l’acte d’investir. Mais il n’est pas suffisant. Et si on veut faire un parallèle avec le monde du football, le fait de disposer d’un bon terrain et de bonnes équipes ne garantit pas que les joueurs donnent le meilleur d’eux-mêmes. Il faut aussi que le jeu soit régi par des règles strictes et claires et surtout appliquées aux deux équipes sur le terrain de la même manière. Et c’est là où résident les vrais problèmes de l’économie marocaine ; les opérateurs économiques ont besoin de règles claires et applicables à tous.  

Quelles sont ces règles ? La première qui est indispensable dans toute économie libérale (le seul modèle économique existant depuis la chute du mur de Berlin), est la règle de la libre concurrence. Notre économie nationale a terriblement souffert du non-respect des règles basiques de la concurrence. Le prix payé est trop élevé ; de nombreux secteurs n’ont pas décollé faute de concurrence entre les opérateurs. La deuxième est celle relative au flou qui caractérise les frontières entre la politique et l’économie ; nos hommes politiques sont en même temps nos grands hommes d’affaires.

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Un modèle de développement qui ne s’attaquera pas à ces deux problématiques est voué à l’échec. Notre économie a besoin d’être libérée de ces contraintes et nos opérateurs économiques attendent avec impatience un régime juridique qui leur garantit un traitement égalitaire. Pour y arriver, il faudrait que le Maroc passe à une nouvelle génération de réformes. 

Dans l’immédiat, deux réformes s’imposent. Tout d’abord, une batterie de chantiers mériterait d’être lancée pour instaurer une vraie concurrence entre les opérateurs. Il est temps de mettre fin aux privilèges de toute nature qui, au-delà du fait qu’ils faussent la concurrence, créent un sentiment d’injustice chez les opérateurs qui n’admettent pas que l’Etat intervienne pour favoriser certains au détriment d’autres. Dans ce cadre, l’ère des agréments, des cadeaux fonciers prélevés sur le patrimoine privé de l’Etat et des autorisations octroyées sur des bases purement subjectives mérite d’être tournée définitivement. En un mot, les opérateurs économiques ont besoin de l’égalité devant l’Etat.

La deuxième réforme qui s’impose est celle qui consiste à dresser une véritable muraille de Chine entre la politique et le business. A l’instar des pays démocratiques qui ont vécu les mêmes problèmes par le passé, notre pays a besoin de mettre en place un dispositif juridique pour renforcer la transparence de la vie publique. C’est important pour préserver la crédibilité des institutions. Dans ce cadre, une action mérite d’être priorisée : la mise en place d’un système de prévention des conflits d’intérêts dans la vie publique à travers deux mécanismes. Le premier a trait à la déclaration du patrimoine et des conflits d’intérêts par les hauts responsables. Le second porte sur l’encadrement du pantouflage, c’est-à-dire le mouvement des cadres entre le secteur public et le secteur privé.

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