Blog de Jamal Berraoui

Législatives anticipées : why not ?

Finalement, contrairement à ce que j’avais pronostiqué, les barons du PJD auraient une nette préférence pour des élections anticipées. C’est un choix qui, lui aussi, s’inscrit dans le respect de la Constitution. Les dirigeants du PJD parient sur une majorité plus forte, mais c’est une autre histoire.


Si j’avais écarté cette hypothèse c’est au nom de la raison. Cette option signifie le blocage de l’exécutif pendant plusieurs mois. Il faut en compter deux avant le scrutin et au moins deux autres avant la constitution du gouvernement, puis un gros mois avant le passage devant les deux chambres. Cinq mois d’incertitude dans la situation du pays, la conjoncture économique difficile et l’environnement régional instable, c’est raisonnablement un luxe que le Maroc ne peut se payer.

Si ce choix se confirmait, cela signifierait de facto, que les élections locales ont renvoyées, au moins jusqu’en 2015, la seconde chambre est déjà dans une légalité fort contestable, elle aura une rallonge de deux ans. Or le PJD n’y est déjà pas présent. Elle est aux mains de l’opposition, qui n’a jamais utilisé ses prérogatives pour retarder les lois, par des amendements intempestifs. Cela pourrait changer dans l’avenir.

Enfin, chacun peut parier sur les résultats d’élections, mais nous ne disposons pas de moyens fiables de mesure de l’état de l’opinion publique. Ce que l’on sait d’évidence c’est que le contexte a changé. L’environnement régional est au désenchantement. Les forces non Islamistes qui avaient voté PJD en novembre 2011, pour diverses raisons ne sont plus dans les mêmes dispositions. Si le discours de la victimisation, « on ne nous laisse pas travailler » reste porteur dans certains milieux, il n’est pas rassurant pour tous. En face, à part l’Istiqlal lui aussi en campagne électorale depuis des mois, les autres partis sont pris de court et ne pourront que reprendre les mêmes et recommencer avec l’espoir que l’absence de résultat du gouvernement PJD leur profitera, comme on peut le subodorer, personne n’a d’assurances que ce retour aux urnes lui profitera.

Ce qui est sûr par contre, c’est que la participation sera plus faible. La faiblesse, la bassesse du débat public, l’absence de tout changement au quotidien, les difficultés socio-économiques majeures, renforcent l’idée largement partagée, que les élections ne servent à rien. L’alternance par les urnes, au lieu de renforcer l’adhésion à l’idée démocratique a agi en sens inverse. Enfin, le mode de scrutin, dans le contexte marocain, est une « garantie » contre l’émergence d’un seul parti majoritaire et on risque fort de se retrouver dans le même schéma.

C’est pour cela que le Conseil National du PJD devrait bien réfléchir avant d’opter pour le retour devant les électeurs. Il n’a aucune assurance d’en profiter, par contre le coût pour la gestion du pays est chiffrable. Cela dit, la stabilité du Maroc n’est pas en jeu, la Constitution est respectée dans tous les cas et c’est l’essentiel, même si tout ce qui est légal n’est pas nécessairement légitime.

Challengenews
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