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L’Egypte, la Tunisie et nous

Ce que l’on a appelé le printemps arabe n’a pas fini de vivre des convulsions, dans une sorte de deuxième mi-temps avec des violences inouïes parfois. Parce que les élections avaient porté les Islamistes au pouvoir, des analyses avaient fleuri dans le sillage d’une vision anthropologique qui signifient l’incompatibilité de ces sociétés avec la démocratie.




L
a relance des manifestations, contre les Islamistes en Egypte et en Tunisie interpelle tous les observateurs. Il faut cependant éviter les analogies trop  hâtives, chaque pays étant marqué par sa propre histoire récente. Les frères musulmans en Egypte, par leur propension  à s’accaparer tous les pouvoirs, ont réussi à unifier les rangs d’une opposition très disparate. Celle-ci n’est pas laïque et ne se présente pas comme telle. Ce qu’elle conteste c’est la tentative des  Islamistes de faire main basse sur tous les rouages de l’Etat et non pas le rôle de la religion dans l’espace public. 

La situation était fluctuante dès le départ. Les frères musulmans ont perdu des millions de voix entre les  premières élections, celles de la constituante et la présidentielle. Par leur attitude, les Islamistes ont divisé l’opinion et exaspéré les jeunes et la   petite bourgeoisie. L’élément nouveau, c’est que la crise économique a mobilisé les couches populaires dont le niveau de vie, déjà peu élevé sous Moubarak, a drastiquement baissé. La conjonction entre les revendications sociales et les revendications  politiques est l’élément central de cette seconde phase de la révolution égyptienne. Les rapports de force sont difficiles à évaluer. Mais on peut voir dans la proposition de Morsi, le président islamiste, de réécrire la Constitution, un aveu de la force de la mobilisation.

L’analogie avec la Tunisie est surfaite. Il y a une vraie culture laïque qui n’existe pas en Egypte. Des pans entiers de la société y adhérent, les femmes  en particulier tiennent à la défense de leurs acquis. L’assassinat de Chokri Belaïd s’inscrit dans cet affrontement entre laïcs et Islamistes. Le parti Ennahda a montré une attitude conciliante envers la gauche tunisienne qu’il a associée dans la gestion des  affaires. Mais il a été dépassé par ses bases qui ont tenté « d’islamiser » la société par la violence. La crise politique actuelle pose clairement la  question de la sécularisation. Ennahda lui-même se divise, parce que certains de ses dirigeants, Hamadi Jebali et Rachid Ghannouchi en  particulier, plaident pour un Etat sécularisé (Addaoula Al Madania) depuis longtemps. L’impact de la crise économique est la seule analogie réelle  entre les deux pays. 

Le toit de ma maison…

 Tout Marocain sent ses oreilles écorchées quand on met le Maroc et son gouvernement  barbu dans le même sac. Les généralisations abusives aboutissent souvent à des contresens. Le Maroc n’a pas connu de  révolution, ni la moindre contestation de la légitimité monarchique. La réponse du discours du 09 mars 2011 a permis une avancée de la  construction démocratique dans la stabilité. La victoire électorale du PJD s’inscrit dans ce génome. Il n’y a aucune attaque généralisée,  ni contre les libertés individuelles ni contre les libertés publiques.

Même les Salafistes ont entamé une rédemption  reconnaissant que le « Taazir », l’emploi de la violence pour imposer le respect des préceptes religieux, relève des responsabilités du Sultan. La crise économique, bien que réelle, n’a pas l’acuité de celles que vivent nos voisins. L’opposition n’est pas dans la rue,  mais dans les travées du Parlement. L’exception marocaine est une réalité palpable, parce que l’institution monarchique jouit d’une réelle légitimité et  que la vie politique est canalisée au sein des institutions. Comparer une telle situation à la poudrière égyptienne relève  de la cécité politique.

Les manifestations des diplômés chômeurs existent depuis des décennies. Or certains, pour étayer leur thèse, y voient « un  ras-le-bol » à l’égyptienne. Cette cécité les empêche de voir un phénomène d’importance pour les pays de  la région. Sami Naïr, écrivain franco-algérien, disait au milieu des années 90 : « L’Islamisme, en violentant les sociétés imposera le choix de la  laïcité ». On est probablement face au début de ce cycle, les périodes révolutionnaires étant propices à l’accélération de l’histoire. ■

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